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Drame de Wilno : N’ayez pas peur d’aider les agresseurs, dit la fille d’une des victimes

Valerie Warmerdam en entrevue.

Valerie Warmerdam, photographiée ici en 2016, a témoigné, le lundi 6 juin, lors de l’enquête publique sur le meurtre de sa mère et de deux autres femmes dans le comté de Renfrew et dans les environs, en 2015 (archives).

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle

Radio-Canada

Au premier jour d’une enquête publique sur le meurtre de trois femmes dans les environs de Wilno, dans le comté de Renfrew, la fille d’une des victimes a demandé aux jurés de ne pas avoir peur de faire des recommandations pour venir en aide aux auteurs d’actes de violence conjugale.

La menace de la prison est une solution de fortune pour protéger les victimes, a déclaré, lundi, Valerie Warmerdam, la fille de Nathalie Warmerdam, et ce, en particulier lorsque les auteurs de ces crimes n’accordent pas beaucoup de valeur à leur vie hors de la prison et ne sont pas capables d’envisager et d’accepter les conséquences de leurs actes.

Les ordonnances de non-communication et les conditions strictes de mise en liberté sous caution, qui visent à protéger les victimes de mauvais traitements après les faits, n’empêchent pas non plus les agresseurs de sortir et de trouver d’autres personnes à blesser, a-t-elle ajouté.

C’est ce qu’a fait à maintes reprises Basil Borutski, qui a assassiné Nathalie Warmerdam, Carol Culleton et Anastasia Kuzyk la nuit du 22 septembre 2015.

Les portraits des trois femmes victimes de meurtre le 22 septembre 2015, dans le comté de Renfew.

Anastasia Kuzyk, Nathalie Warmerdam et Carol Culleton ont été tuées à trois endroits différents dans le comté de Renfrew, le 22 septembre 2015. Une enquête publique sur ce drame a débuté le lundi 6 juin, à Pembroke.

Photo : CBC News

Pour cette raison, les outils employés pour aider les auteurs de ces actes à changer sont les meilleurs pour prévenir de futures victimes, a déclaré Valerie Warmerdam, l'une des trois parties à prendre la parole dans le cadre de cette enquête publique.

Je veux être très claire : ce que nous voulons, ce sont des recommandations qui permettent aux gens, à tout le monde, d’être en sécurité. Même si cela peut signifier moins de préjudices aux auteurs, la meilleure option est celle où il y a le plus grand nombre de gens qui sont en sécurité, a-t-elle déclaré.

Peu de confiance envers le système

Même après tout ce qui s’est passé, Valerie Warmerdam a affirmé, dans le cadre de l’enquête publique, que si elle avait été à la place de sa mère aujourd’hui, elle ne sait pas si elle aurait porté plainte.

« C’est très difficile de voir la peine d’emprisonnement comme un moyen qui améliore réellement la situation des victimes. »

— Une citation de  Valerie Warmerdam, fille de Nathalie Warmerdam

J’ai l’impression que les ex qu’il n’a pas tuées sont encore en vie, aujourd’hui, parce qu’elles n’ont pas porté plainte, et c’est en partie pourquoi je pense que ce processus [d’enquête] est si important, a-t-elle souligné. Les gens devraient avoir le sentiment que l’utilisation de ces systèmes est une bonne idée qui les aidera à être plus en sécurité.

Mme Warmerdam a également déclaré que la décision de s’adresser à la police était probablement particulièrement difficile dans le cas de sa mère, parce qu’elle ne faisait pas confiance aux agents locaux après avoir entendu parler et avoir été témoin d'incidents possibles de harcèlement policier.

Sa mère ne manifestait aucune rancune à l'égard de Basil Borutski. Elle ne voulait pas qu’il lui arrive du mal et elle souhaitait même une fin heureuse pour lui — un trait commun chez les victimes d’abus, a souligné Valerie Warmerdam.

Une photo de la police montre Basil Borutski avec les mains derrière le dos

Basil Borutski se tient dans une pièce du détachement de la Police provinciale de l’Ontario à Pembroke, après son arrestation le 22 septembre 2015 (archives).

Photo : Fournie par la Cour supérieure de justice de l’Ontario

Elle a ajouté que sa mère s’est probablement rendu compte que des accusations contre Basil Borutski la mettraient en danger de mort. Ce dernier lui avait dit plus tôt que si l’une de ses ex réussissait à le mettre en prison, elle ne devrait pas attendre qu’il soit sorti, car à ce moment-là, il les tuerait pour obtenir justice.

Bien que cela lui ait pris quelques années, cela semble certainement être le même processus de réflexion qui s’est appliqué le 22 septembre 2015 [le jour des meurtres], à savoir qu’il est d’abord allé tuer toutes les ex qui avaient réussi à le faire emprisonner, a témoigné Valerie Warmerdam.

La vie avec un tueur imminent

Au sujet de sa vie en compagnie de Basil Borutski, à la ferme de sa mère, de 2010 à 2012, Valerie Warmerdam a dit que tout n’était pas si mal. Il lui a appris à plumer des poulets et il avisait ses petits amis de l’époque de la ramener à la maison pour 22 h et de bien la traiter, sinon…, y compris le petit ami qui est devenu son mari.

Si l’on ne se concentre que sur le mauvais, a-t-elle lancé, cela n’arrêtera pas les vraies personnes qui perpétuent ces actes.

« Il faut construire un système qui ne sert pas uniquement à attraper des monstres, parce que vraiment, la plupart des gens ne les verront pas comme des monstres jusqu’à ce que ce genre d’événements se produise. Et cela ne sert les intérêts de personne. »

— Une citation de  Valerie Warmerdam

Basil Borutski était alcoolique, et Nathalie Warmerdam et lui se criaient souvent après. Il se faisait constamment passer pour la victime, disant que tout le monde voulait sa peau et qu’il croyait réellement à ses interprétations de la réalité, ce qui le rendait crédible, a indiqué Valerie Warmerdam.

Après deux ans, la situation s’est certainement détériorée, a-t-elle poursuivi, soulignant que la consommation d’alcool et les chicanes étaient plus fréquentes. Bien qu’elle ne sache pas quelle a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour sa mère, le souci pour la sécurité du frère de Valerie constituait un facteur important.

Lorsque Nathalie Warmerdam a finalement demandé à Basil Borutski de partir, il a refusé, et sa réaction lui a rappelé le danger dans lequel elle se trouvait, a témoigné sa fille, lundi.

La ferme de Nathalie Warmerdam.

Basil Borutski a vécu à la ferme de Nathalie Warmerdam, près d’Eganville, en Ontario, pendant deux ans.

Photo : Fournie par la Police provinciale de l'Ontario/Cour de justice de l’Ontario

Malgré ses réserves, elle a été au poste de police et a porté plainte afin d’assurer sa sécurité et celle de sa famille.

En décembre 2012, Basil Borutski a été reconnu coupable d’avoir menacé le fils et les animaux de compagnie de Nathalie Warmerdam, parmi d’autres chefs d’accusation. Il a passé environ un mois en prison après sa condamnation.

Quand Basil Borutski est sorti de sa vie, Nathalie Warmerdam s’est procuré une arme à feu avec laquelle elle s’est entraînée. Elle la gardait sous le lit au cas où son ex petit ami se présenterait chez elle. Un dispositif de sécurité a été installé, et elle se garait à reculons dans les places de stationnement au cas où elle aurait besoin de sortir rapidement, en plus d’avoir préparé des plans de secours pour toute éventualité.

Lorsqu’elle a appris que son ex, Basil Borutski, avait battu Anastasia Kuzyk, Nathalie Warmerdam a communiqué avec cette dernière pour l’encourager à témoigner par souci pour les futures victimes, a indiqué sa fille.

Montage de deux photos : l'une, d'un fusil de chasse à l'extérieur d'une pochette sur un lit, et l'autre, d'un bouton de panique à côté d'un oreiller.

Nathalie Warmerdam dormait avec un fusil de chasse sous son lit (image de gauche) et un bouton de panique à côté de son oreiller (image de droite).

Photo : Fournie par la Police provinciale de l'Ontario/Cour de justice de l’Ontario

Il a aussi été question de savoir si Basil Borutski avait lui-même été victime de mauvais traitements dans sa jeunesse. Valerie Warmerdam a souligné qu’elle se demandait si une éducation adéquate et des soins appropriés pour lui, dans sa jeunesse, auraient pu changé le cours des choses.

Elle aimerait entendre des recommandations concernant des programmes d’intervention précoce dans ce genre de cas.

Valerie Warmerdam espère aussi en apprendre davantage sur un élément qui a pesé sur sa conscience dans les années qui ont suivi les meurtres : pourquoi la police n’a-t-elle pas prévenu Nathalie Warmerdam du danger qu'elle courait après la mort d’Anastasia Kuzyk? La sœur d'Anastasia avait pourtant composé le 911 quelques instants après l’arrivée de Basil Borutski.

C’est un long trajet entre Killaloe et la maison de ma mère, a-t-elle dit aux jurés de l’enquête publique.

En effaçant les messages de la boîte vocale après les meurtres, les membres de sa famille ont remarqué qu’une personne de la communauté avait téléphoné pour lui dire que la situation n’était pas sécuritaire, et ce, probablement une dizaine de minutes après le meurtre par balle de Nathalie Warmerdam.

Si les membres de la communauté étaient en mesure de faire passer ça, j’aimerais voir un système qui aurait pu lui fournir de l’information de façon plus fiable et un peu plus rapidement, a déclaré Valerie Warmerdam.

Avec les informations de Kristy Nease, de CBC News

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