•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des patients d’une clinique de Sherbrooke orphelins à la suite d’un tri « aléatoire »

Une médecin de famille et sa patiente.

Des patients se retrouveront sans médecin de famille parce qu'une praticienne veut réduire sa charge de travail.

Photo : iStock

Radio-Canada

Des patients de Sherbrooke ont récemment reçu une bien mauvaise nouvelle : ils deviendront patients orphelins, puisqu'une médecin de la clinique de santé Jacques-Cartier a décidé de réduire sa pratique. Pour diminuer sa charge de travail, la docteure a toutefois choisi de manière « aléatoire, sans égard au dossier médical » ceux qui devront se trouver un nouveau praticien.

On m'avait appelé vers 9 h pour me demander mon courriel, parce qu'il faisait supposément une mise au point des dossiers. Dix minutes après, je recevais la lettre comme quoi j'étais délesté! déplore Marcel Carey, un de ces patients qui sont tombés sur cette mauvaise loterie.

Disons que le délestage aléatoire, je ne comprends pas vraiment comment ils ont fait, souligne-t-il. Ils ont pigé des noms comme ça? Il me semble que ce n'est pas très logique.

Marcel Carey est d'autant plus dans l'incompréhension qu'il soutient avoir des problèmes cardiaques. J'ai besoin d'un suivi un peu plus fréquent pour contrôler la médication. J'ai un bon service quand je vois mon cardiologue, mais les résultats devraient aller à mon médecin de famille, qui lui, me donne les résultats.

« Je suis pénalisé davantage que quelqu'un qui est en bonne santé. »

— Une citation de  Marcel Carey, patient
Marcel Carey, assis sur une chaise, tenant une lettre dans les mains.

Marcel Carey a reçu une lettre l'avisant qu'il perdra son médecin sous peu. Il deviendra donc patient orphelin sous peu.

Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Rousseau

Sarah* a aussi reçu cette lettre qui l'avisait sans préavis qu'elle perdait sa médecin de famille. Elle aurait aimé être avisée au préalable, et dénonce la méthode utilisée pour sélectionner les patients.

J'étais à cette clinique-là depuis mon adolescence. La mienne a quitté pour la retraite, et j'en avais eu une nouvelle, mais à la même clinique. Je ne m'attendais pas à retomber à la case départ!

Dès septembre, si je ne me retrouve pas un autre médecin, je perds aussi mon accès à la clinique sans rendez-vous, ajoute-t-elle. On s'en va engorger l'urgence!

« Avec les soins présentement, c'est difficile. Il faudrait une approche plus facilitante. Peut-être nous référer à un autre médecin avant de nous envoyer au guichet unique. »

— Une citation de  Sarah, patiente

Une procédure qui a suivi les règles

Selon la lettre reçue par les patients, l'objectif de ce délestage est de permettre d'offrir des rendez-vous médicaux dans un délai raisonnable. Une problématique confirmée par Marcel Carey, qui affirme n'avoir réussi à voir son médecin que deux fois depuis sa prise en charge.

La directrice des opérations de la clinique, Karen Levesque, a confirmé par courriel que selon les directives du Collège des médecins du Québec, la docteure a identifié de façon aléatoire les dossiers des patients dans le processus de diminution de sa clientèle.

« La procédure donnée par le Collège était entièrement respectée, et je ne peux que vous confirmer que les consignes de sélection ont été respectées, et faites selon les recommandations des instances concernées. »

— Une citation de  Karen Levesque, directrice des opérations de la clinique de santé Jacques-Cartier

Le Collège des médecins a toutefois refusé de commenter la situation, expliquant qu'il n'a pas suffisamment d'informations pour déterminer si le choix s'est bien fait en respectant les priorités médicales.

Cependant, il estime que sur le plan déontologique, il n’est pas interdit au médecin de diminuer son rythme de travail, tant que celui-ci respecte certaines règles, comme s'assurer que celui-ci peut continuer à obtenir les services professionnels requis et y contribuer dans la mesure nécessaire [...] et advenant une cessation d'exercice complète ou partielle, en informer ses patients en leur donnant un préavis dans un délai raisonnable.

Quant à la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, elle a admis qu'elle avait été surprise du contenu de la lettre et des mots utilisés. Selon la Fédération, il ne s'agit pas de la manière de procéder pour réduire la charge de travail d'un médecin.

La Fédération soutient toutefois qu'elle est persuadée que la médecin n'a pas voulu mal agir et tentera de mieux comprendre ce qui s'est passé.

* Cette patiente a demandé de conserver l'anonymat pour éviter les risques de représailles.

Avec les informations de Marie-Hélène Rousseau

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !