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Une grippe aviaire qui se répand comme une traînée de poudre

Le virus a été détecté pour la première fois au Canada en décembre dernier dans une ferme d’Avalon à Terre-Neuve-Labrador. Cette grippe arrivait d’Europe, transportée par des oiseaux migrateurs. Quatre mois plus tard, il y a des éclosions partout au Canada et dans une trentaine d’États américains.

Un fou de Bassan aux Îles-de-la-Madeleine

Un fou de Bassan aux Îles-de-la-Madeleine

Photo : Gracieuseté : Francine Renaud

L’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) s’est répandue à une vitesse jamais vue en Amérique du Nord.

Les premiers cas au Québec ont été repérés en avril. En Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent, les oiseaux marins morts se comptent maintenant par centaines.

Carl Gagnon, vétérinaire et virologiste à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, rappelle qu’il y a déjà eu des éclosions de H5N1 au Canada. Il s’agissait toutefois d’éclosions localisées.

Cette fois-ci, le virus se répand comme une traînée de poudre.

« Si vous parlez aux plus anciens vétérinaires qui sont encore sur le terrain, qui ont 30 ans est plus d'expérience. De cette ampleur, on n’a jamais vu ça en Amérique du Nord. »

— Une citation de  Carl Gagnon, vétérinaire et virologiste à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

C’est une inquiétude énorme pour les élevages commerciaux. Le Canada comptabilisait, en début de semaine, 91 éclosions dans des milieux d’élevage.

Des équipes s'habillent pour travailler dans des lieux où la grippe aviaire a été détectée.

En avril dernier, trois des élevages de Canards du lac Brome ont été infectés par la grippe aviaire.

Photo : Radio-Canada / Daniel Mailloux

Il y a au Québec des élevages qui comptent des milliers de poules. La mortalité peut atteindre 80 %.Imaginez quand le virus entre dans un élevage, c’est catastrophique, commente le vétérinaire.

Le H5N1 a une force de transmission énorme, poursuit M. Gagnon. Les oiseaux se le transmettent entre espèces et entre individus d’une même espèce de façon extrêmement efficace. C'est pourquoi il se répand aussi aisément.

Impacts chez les oiseaux marins

Dans le Bas-du-Fleuve, en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, c'est surtout la découverte de plusieurs oiseaux marins morts, notamment les fous de Bassan, qui inquiète.

Ces mortalités sont plutôt inhabituelles, confirme le spécialiste en virologie animale. En général, dit-il, on les [oiseaux aquatiques] considère comme plutôt résistants et c'est eux qui vont disperser le pathogène.

Un goéland mort sur la berge.

Un nombre anormal de carcasses d'eiders et de goélands a été retrouvé sur les berges du fleuve Saint-Laurent et leur mort serait liée à l'influenza aviaire.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Damphousse

Il reste cependant très difficile de prédire le taux de mortalité d’une espèce d’oiseaux Je dis en général, mais ce n’est toutefois pas impossible que la mortalité soit tout de même importante parmi un groupe d’oiseaux.

Carl Gagnon ne croit pas que le virus puisse exterminer une espèce, mais il pourrait causer de graves dommages dans une colonie, notamment si cette colonie est affaiblie comme ça pourrait être le cas des fous de Bassan qui peinent parfois à s’alimenter ou qui sont porteurs d’un autre pathogène.

Ce qui est difficile dans une colonie, dit-il, surtout dans les colonies d’oiseaux qui se retrouvent dans des régions géographiques très restreintes, sur une île, par exemple, les oiseaux sont collés les uns sur les autres. Quand ils vont nicher souvent ils sont proches les uns des autres et ça favorise la transmission.

Une colonie de fous de Bassan.

La plus importante colonie de fous de Bassan, à l'île Bonaventure, compte entre 100 000 et 110 000 oiseaux (archives).

Photo : Radio-Canada

Il est encore trop tôt pour bien évaluer l’impact de la mortalité des fous de Bassan sur les colonies du Québec et de l’Atlantique.

Gestionnaire de l'évaluation de la faune et des habitats au service canadien de la faune au ministère de l’Environnement et des Changements climatiques, Frédéric Fournier, confirme qu'on est vraiment au début du phénomène et que les colonies de fous de Bassan, notamment celles du Québec, comptent des milliers d’individus.

Une grippe qui pourrait ne pas être passagère

On n’est pas encore certains, mais plusieurs indices laissent croire que ça pourrait rester, indique Carl Gagnon.

Un des facteurs qui permet de croire à la persistance du virus, c’est le fait qu'historiquement, les éclosions en Amérique du Nord ont toujours été géographiquement limitées. En raison de sa capacité à se transmettre à toutes les espèces, la grippe pourrait sévir un certain temps, croit l’enseignant universitaire.

Par contre, les spécialistes s’attendent à ce que graduellement, d’ici la fin de l’été, on puisse voir une diminution des éclosions et des mortalités. L’hôte se sera alors adapté, explique Carl Gagnon.

Les oiseaux domestiques vont rester à risques puisque la volaille d’élevage, sans les anticorps nécessaires pour résister au virus, développe rapidement la forme aiguë de la maladie.

Des poules dans des cages.

La présence du virus peut décimer un élevage de volailles (archives).

Photo : iStock

Même très faiblement transmissible à l’humain, le virus reste étroitement surveillé. Au Canada, la faune est une responsabilité partagée. Le Service canadien de la faune est en mode vigilance. Frédéric Fournier observe par contre que ce sont les provinces qui sont responsables de surveiller le virus. Son service, dit-il, reste à l’affût pour soutenir les provinces.

Les gens sont d'ailleurs invités à contacter le ministère de la Faune lorsqu'ils trouvent des oiseaux morts, puisque cela permet de faire un certain décompte de la prévalence chez les oiseaux sauvages.

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