•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Et maintenant, d’où viendra l’opposition à Doug Ford?

Chargement de l’image

Plusieurs secteurs de la socitété pourraient avoir des motifs de mécontentement, selon des experts.

Photo : CBC/Grant Linton

Compte tenu de l’importante défaite du Parti libéral de l'Ontario et du Nouveau Parti démocratique aux dernières élections provinciales, certains groupes se demandent à quel point l'opposition sera efficace à l’Assemblée législative.

Selon Emmanuelle Richez, professeure de sciences politiques à l’Université de Windsor, cette opposition pourrait venir de la société,

Si la grogne ne se fait pas sentir à l'Assemblée législative de l'Ontario, elle va se faire sentir dans le reste de la population. Il faut savoir que Doug Ford va devoir faire face à des défis de taille. Le problème de l'inflation ne sera pas réglé demain, ça risque d'empirer, explique-t-elle.

« Et la province n'a pas les leviers nécessaires pour faire face à ce problème. Elle peut donner des rabais comme elle a commencé à le faire, mais les gens vont demander plus et la province ne pourra pas forcément donner plus.  »

— Une citation de  Emmanuelle Richez, professeure de sciences politiques
Chargement de l’image

Pour Emmanuelle Richez, l'absence d'une opposition forte à l'Assemblée législative n'est pas synonyme de chèque en blanc pour les progressistes-conservateurs.

Photo : Radio-Canada

Mme Richez rappelle qu’en dépit de l’écrasante victoire des progressistes-conservateurs, le taux de participation à l’élection est tel que ce sont seulement environ 4 Ontariens sur 10 qui ont voté. Et donc, le potentiel de personnes mécontentes reste important, selon elle.

Contestation sociale en perspective?

Le politologue Peter Graefe abonde dans le même sens. Il affirme qu’avec l’importante inflation qui frappe le Canada en ce moment, il n’est pas impossible que des mesures telles que le gel de salaires finissent par devenir un problème politique.

C'est une perte du pouvoir d'achat [...] pour les employés du secteur public. Donc, on pourrait attendre quand même des négociations assez chaudes, surtout dans le secteur de l'éducation et autour des salaires dans le secteur de la santé, précise-t-il.

Il entrevoit lui aussi une opposition citoyenne et rappelle qu'à plus d’une reprise, durant le premier mandat de Doug Ford, l’opposition politique s’est inscrite dans le sillage d’une opposition citoyenne.

Là où M. Ford a dû reculer après 2018, c'était surtout sur des enjeux environnementaux, surtout par rapport à l'expansion dans la ceinture verte, l'utilisation des différents arrêtés ministériels de zonage, indique-t-il.

« En fin de compte, ce n’étaient pas les partis dans la législature qui faisaient cela, c'étaient les mouvements sociaux qui ont ouvert une porte pour donner plus d'importance aux partis d'opposition. »

— Une citation de  Peter Graefe, professeur de sciences politiques à l’Université McMaster

M. Graefe fait remarquer que les obstacles aux décisions du gouvernement Ford en matière de francophonie n’ont pas non plus été le fait des partis politiques, mais bien des Franco-Ontariens eux-mêmes après ce qu’on a appelé le jeudi noir.

Toute cette grogne autour de la décision de ne pas aller de l'avant avec l’Université de l’Ontario français, d'enlever l'indépendance au poste du commissaire aux services en français [était le fait des citoyens], affirme-t-il.

Chargement de l’image

Peter Graefe pense que l'appétit de certains députés de la majorité peut également constituer un problème.

Photo : Radio-Canada

M. Graefe s’attend également à voir une opposition politique, mais en provenance notamment de certains conseils municipaux, qui voudront peut-être barrer la route à l’étalement urbain ainsi qu’à la construction de nouvelles autoroutes dans des régions agricoles dans les alentours de Toronto.

Risque de luttes fratricides?

Quand l’opposition politique n’existe pas à l’extérieur d’un caucus, elle peut tout à fait naître au sein même de ce caucus. C’est en somme ce qu’explique Lydia Miljan, professeure de sciences politiques à l’Université de Windsor.

Lorsque vous avez une majorité vraiment forte comme celle-ci, cela rend en fait beaucoup plus difficile de gouverner au sein du parti. Le plus grand défi de Doug Ford est de travailler au sein de son caucus pour récompenser les personnes qui sont cohérentes avec son message [...], mais aussi de s'assurer de satisfaire les députés d'arrière-ban, indique-t-elle.

« Pendant la pandémie de COVID, il a perdu un certain nombre de ces personnes et même avant cela, lorsqu'elles n'étaient pas d'accord avec lui. »

— Une citation de  Lydia Miljan, professeure de sciences politiques

Par exemple, selon Mme Miljan, des situations similaires à celle de Rick Nicholls pourraient se produire. Celui-ci a été exclu du caucus progressiste-conservateur pour avoir refusé de se faire vacciner.

Finalement, M. Nicholls a été défait dans Chatham-Kent–Leamington, donc la situation ne reviendra pas hanter M. Ford, mais des situations similaires pourraient se produire à l'avenir.

Chargement de l’image

Lydia Miljan souligne que la discipline de parti est une source potentielle de discorde.

Photo : Elvis Nouemsi Njiké

Peter Graefe pense que la répartition du pouvoir peut rapidement devenir un enjeu.

On a vu au début du premier mandat de M. Ford une certaine grogne par rapport à la centralisation du pouvoir autour de M. Ford et surtout du fait que M. Ford n'avait pas de très bons conseillers pour l’utilisation de ce pouvoir, affirme-t-il.

« Il se peut qu'il y ait des gens dans le Conseil des ministres qui sont ministres depuis une certaine période de 3, 4 ans, qui vont chercher à avoir un peu plus d'autonomie et se pensent capables de prendre leurs propres décisions. »

— Une citation de  Peter Graefe, professeur des sciences politiques

Il note, tout comme Mme Miljan, qu’il va falloir tenir compte de l'appétit de certains députés qui depuis attendent leur tour dans l’ombre.

Il y a aussi des gens qui sont là depuis quatre ans qui n'ont jamais goûté au pouvoir ministériel et donc leurs ambitions se retrouvent limitées et il se peut qu'ils soient moins aptes à suivre la ligne du parti, indique-t-il.

Quoi qu’il en soit, chacun des analystes affirme que l’affaiblissement de l’opposition politique au sein de l’Assemblée législative est loin d’être synonyme de chèque en blanc pour les progressistes-conservateurs.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !