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Pénurie de personnel et manque de formation culturelle : des obstacles aux soins

Garnet Angeconeb assis dans un fauteuil roulant à l'extérieur.

Garnet Angeconeb, un survivant des pensionnats pour Autochtones, demande une meilleure formation culturelle des infirmières d'agences.

Photo : Avec l'autorisation de Garnet Angeconeb

Radio-Canada

Garnet Angeconeb, un aîné autochtone hospitalisé depuis trois mois au Centre de santé Meno Ya Win de Sioux Lookout, est parmi ceux qui font les frais de la pénurie de main-d'œuvre en santé, alors qu’il a parfois dû attendre de nombreuses heures pour obtenir des soins.

M. Angeconeb, de la Première Nation de Lac Seul, dans le nord-ouest de l'Ontario, est atteint de la maladie de Kennedy, un trouble neuromusculaire rare qui cause une dégénérescence des muscles, particulièrement dans les jambes, les bras, la bouche et la gorge.

Il a confié en entrevue avec la CBC qu'il a dû attendre sept heures avec une couche souillée avant qu'elle ne soit changée.

Il dit qu'une infirmière lui a dit plus tard qu'il n'était pas sur la liste des patients prioritaires à voir, et qu'ils travaillaient avec un patient en soins palliatifs qui était en train de mourir.

Je me suis certainement senti coupable d'avoir retiré des services à quelqu'un qui en avait davantage besoin, a déclaré M. Angeconeb.

Il croit tout de même que cette longue attente est inacceptable et qu'elle démontre que les hôpitaux ont un besoin aigu de personnel.

L'extérieur du Centre de santé Meno Ya Win de Sioux Lookout

Le Centre de santé Meno Ya Win de Sioux Lookout peine à pourvoir tous les postes vacants, comme la plupart des hôpitaux.

Photo : CBC/Matt Prokopchuk

Un autre jour à l'hôpital, M. Angeconeb a demandé à une infirmière de lui donner un jus de fruits pour faire remonter son taux de glycémie.

L'infirmière ne l'a pas cru et ce n'est qu'après avoir fait beaucoup d'efforts pour défendre ses intérêts qu'il a obtenu ce dont il avait besoin.

L’aîné autochtone affirme que les deux incidents impliquaient des infirmières d’agences.

CBC/Radio-Canada n’a pas été en mesure de vérifier indépendamment le témoignage de M. Angeconeb.

La direction du Centre de santé Meno Ya Win de Sioux Lookout a refusé de faire des commentaires sur un patient en particulier et les soins qu’il reçoit, mais indique que des processus internes sont en place pour répondre aux enjeux soulevés par les patients.

Le Centre de santé n’a pas non plus partagé le nom des agences privées avec lesquelles il fait affaire pour pourvoir les postes vacants.

L'histoire de Garnet Angeconeb trouble profondément Sol Mamakwa, qui vient d'être élu pour un second mandat comme député provincial de la circonscription de Kiiwetinoong, où se trouve Sioux Lookout.

M. Mamakwa raconte avoir travaillé avec M. Angeconeb à plusieurs occasions. Je suis vraiment désolé pour lui.

Sol Mamakwa, député réélu de la circonscription de Kiiwetinoong.

Avant d'être député, Sol Mamakwa a été directeur de la santé pour le Conseil des Premières Nations Sibogama puis conseiller en santé pour la Nation Nishnawbe Aski.

Photo : CBC/Logan Turner

Il martèle que la discrimination et le racisme n'ont pas leur place dans le système de santé. Je dis ça d'une manière très constructive.

« Il y a une très grande place à l'amélioration. La direction du centre de santé devrait être en mesure d'établir un plan afin d'améliorer la situation. »

Ce que j'ai entendu pendant la campagne électorale, c'est que l'on devrait avoir un meilleur accès aux soins, ajoute M. Mamawka.

Manque de connaissance des réalités autochtones

Garnet Angeconeb affirme que des barrières culturelles entre lui et plusieurs infirmières d’agences, la plupart provenant du sud de la province, nuisent à la qualité des soins qu’il reçoit.

Il s'agit d'une situation où certains ne comprennent pas notre culture, notre mode de vie, et cela pourrait poser des problèmes en matière de soins aux patients, ajoute M. Angeconeb.

L'aîné rappelle que le Centre de santé Meno Ya Win de Sioux Lookout, ouvert depuis 2010, a été conçu pour mettre fin à la ségrégation des patients autochtones et allochtones de la région.

Le paneau routier indiquant la Première Nation Lac Seul.

Sioux Lookout est un pôle de services pour plusieurs communautés autochtones, dont la Première Nation de Lac Seul.

Photo : Radio-Canada / Caroline Bordua

M. Angeconeb croit que son expérience depuis trois mois montre que l’hôpital de Sioux Lookout n’est pas à la hauteur de cette promesse.

Avec la fusion de l'hôpital fédéral et de l'hôpital provincial, les Autochtones se sont fait dire que le niveau de service serait mieux, renchérit Sol Mamakwa.

L'élu croit que les infirmières d'agences devraient passer du temps directement dans les communautés autochtones, et pas seulement dans les villes comme Sioux Lookout.

La Dre Sarah Newbery est la doyenne associée de la stratégie de la main-d'œuvre médicale à l'Université de l'École de médecine du Nord de l'Ontario.

Elle souligne que le Nord de l’Ontario est touché de façon disproportionnée par la pénurie de main-d’œuvre en santé.

Portrait de la Dre Sarah Newbery de l'École de médecine du Nord de l'Ontario.

La Dre Sarah Newbery

Photo : Twitter/Dre Sarah Newbery

La Dre Newbery ajoute que les communautés de la région sont de plus en plus dépendantes aux médecins remplaçants et aux infirmières d’agences.

« Il n'est pas déraisonnable de demander que les prestataires de soins de santé qui viennent travailler dans le Nord-Ouest de l'Ontario reçoivent une formation sur la sécurité culturelle autochtone afin qu'ils puissent fournir des soins d'une manière plus acceptable et plus respectueuse. »

— Une citation de  Dre Sarah Newbery, doyenne associée de la stratégie de la main-d'œuvre médicale à l'Université de l'École de médecine du Nord de l'Ontario

Janet Gordon, directrice des opérations pour l’Autorité sanitaire des Premières Nations Sioux Lookout (SLFNHA), abonde dans le même sens.

Plusieurs membres du personnel de l’organisme entretiennent des relations de longue date avec les 33 Premières Nations desservies, affirme-t-elle.

Le roulement de personnel peut toutefois nuire à l’offre de soins culturellement appropriée, car la SLFNHA n’a pas toujours l’occasion de former les employés temporaires, admet Mme Gordon.

Avec les informations de Logan Turner de CBC

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