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Boris Johnson survit à un vote de confiance des conservateurs britanniques

Le premier ministre a conservé le soutien de 59 % de ses députés dans la foulée du « partygate ».

Boris Johnson, assis, les bras ouverts, la bouche fermée.

Boris Johnson est embourbé dans des scandales éthiques, particulièrement en ce qui concerne les révélations selon lesquelles il a organisé des fêtes dans sa résidence officielle malgré le confinement.

Photo : Getty Images / AFP/Pool/ALBERTO PEZZALI

Radio-Canada

Le premier ministre Boris Johnson a survécu à une nouvelle fronde de certains de ses députés, en obtenant l'appui de 211 des 359 élus de son parti lors d'un vote de confiance, lundi. Quelque 148 autres souhaitaient plutôt lui montrer la porte.

M. Johnson avait besoin de l'appui de 180 députés du Parti conservateur pour sauver sa peau, lui qui dirige le pays depuis le 24 juillet 2019.

Une défaite de M. Johnson aurait automatiquement lancé une course à la direction de son parti. Sa victoire lui permet de se mettre à l’abri de tout autre vote de confiance pendant un an.

En tant que gouvernement, nous pouvons aller de l'avant et nous concentrer sur ce qui, je crois, importe vraiment pour les gens, a déclaré le principal intéressé, moins d'une heure après avoir appris qu'il demeurait à la tête du gouvernement.

Boris Johnson a par ailleurs appelé ses troupes à reléguer les déchirements internes au passé.

Plus tôt, dans une lettre envoyée aux députés conservateurs, Boris Johnson avait plaidé pour sa cause, soulignant que le vote offrait une occasion en or de laisser [le scandale] derrière nous.

Si nous pouvons nous montrer unis dans les jours à venir, alors nous pourrons gagner de nouveau et regagner la confiance des 14 millions d'électeurs qui ont voté pour nous, avait-il écrit.

Il s'était aussi exprimé en après-midi devant sa députation, en faisant miroiter, selon une source, des baisses d'impôt et un plan pour stimuler la croissance.

Le temps de Boris Johnson est-il compté?

Les réactions des opposants du premier ministre n'ont pas tardé à fuser après l'annonce des résultats : si les partisans de M. Johnson affirment que celui-ci a obtenu un appui fort, du côté des « rebelles » – les conservateurs qui souhaitaient le départ de leur chef –, le portrait tracé est on ne peut plus différent.

Ainsi, le député Roger Gale, qui a voté contre M. Johnson, affirme que le résultat est bien mauvais pour le chef conservateur.

En entrevue sur les ondes de la BBC, cet élu a indiqué qu'il ne s'attendait pas à ce que plus du tiers de la députation retire sa confiance au premier ministre.

M. Gale estime ainsi qu'il serait bien surprenant que Boris Johnson soit toujours aux commandes au 10, Downing Street, une fois rendu à l'automne.

Les ministres les plus loyaux au premier ministre avaient pour leur part passé la journée à défendre M. Johnson à la télévision. Rishi Sunak et Liz Truss, respectivement ministres des Finances et des Affaires étrangères, ont notamment pris sa défense, en invoquant son leadership durant la pandémie et sa réponse à l'invasion de l'Ukraine.

Le député Jesse Norman, partisan de longue date de M. Johnson, avait cependant retourné sa veste, en l'accusant d'avoir dirigé une culture de violation de la loi désinvolte et de diriger un gouvernement déconcentré et à la dérive.

Le député John Penrose, chargé de la lutte contre la corruption auprès de Boris Johnson, a pour sa part démissionné et invité le premier ministre à faire de même, estimant qu'il avait enfreint le code de conduite du gouvernement.

Chez les partis d'opposition, on juge aussi que les jours du premier ministre tirent à leur fin.

Les députés conservateurs sont maintenant pleinement responsables du comportement du premier ministre : ils ont voté pour qu'une personne menteuse et ayant violé la loi demeure au 10, Downing Street, a lâché le chef des libéraux-démocrates, Ed Davey.

Il est clair que le premier ministre et le Parti conservateur rient de la population.

Pour sa part, la cheffe du Scottish National Party, Nicola Sturgeon, affirme que le Royaume-Uni se retrouve dans les limbes avec un premier ministre qui est l'équivalent d'un canard boiteux et qui a perdu la confiance du public – et de plus de 40 % de ses propres députés –, tout en vivant sur du temps emprunté, pendant que le Parti conservateur s'enfonce dans les déchirements acrimonieux.

Nombreux députés frondeurs

La tenue d'un vote de confiance envers le controversé premier ministre avait été annoncée en matinée par Graham Brady, président du comité 1922, chargé des questions d'organisation interne au Parti conservateur.

Il avait expliqué avoir reçu 54 lettres de députés conservateurs réclamant la tenue d’un tel vote, franchissant ainsi le seuil de 15 % requis par les statuts du parti.

Depuis environ six mois, le premier ministre Johnson est pris à partie pour des violations des règles sanitaires anti-COVID constatées à sa résidence officielle du 10, Downing Street.

La publication, la semaine dernière, d'un rapport administratif détaillant l'ampleur de ces violations a suscité de nouveaux appels à la démission, annoncés au compte-gouttes.

M. Johnson, qui a lui-même reçu une amende de la police dans l'enquête sur ces violations – du jamais-vu pour un premier ministre en exercice –, a dit assumer l'entière responsabilité de tout ce qui s'est passé, mais estimé devoir continuer son travail.

Le scandale, ainsi que la flambée des prix qui provoque un recul historique du pouvoir d'achat des ménages, a déjà fait chuter sa popularité, entraînant de lourds revers pour les conservateurs dans des élections locales au début mai.

Un homme tient une toile montrant le premier ministre Johnson en train de se noyer. « Mensonges », « corruption », a-t-il écrit en guise de commentaire.

L'artiste Kaya Mar s'est installé devant le parlement britannique lundi pour faire connaître son avis sur le premier ministre. « Mensonges », « corruption », a-t-il écrit sur une toile montrant Boris Johnson en train de se noyer.

Photo : La Presse canadienne / AP/David Cliff

Des problèmes qui pourraient s'accumuler

Même s'il a remporté le vote de confiance, il n'est pas certain que les problèmes seront terminés pour Boris Johnson. En décembre 2018, sa prédécesseure Theresa May avait survécu à un vote de confiance similaire, mais avait été contrainte de démissionner quelques mois plus tard, trop affaiblie.

Qui plus est, une enquête parlementaire sur le partygate est toujours en cours. Si cette dernière devait conclure que Boris Johnson a induit la Chambre des communes en erreur en affirmant ne pas avoir enfreint les règles, il devrait normalement démissionner.

La chute de sa popularité a déjà causé de lourds revers aux conservateurs lors d'élections locales au début mai. Il a même été hué par la foule à des célébrations du jubilé de la reine.

La majorité doute de plus en plus de sa capacité à remporter les législatives de 2024.

Le député Jeremy Hunt, qui s'était incliné face à M. Johnson lors de la course au leadership de 2019, a fait écho à ce sentiment en se rangeant derrière les détracteurs du premier ministre. Aujourd'hui, la décision est entre le changement et la défaite [électorale]. Je voterai pour le changement, a-t-il déclaré.

Avec les informations de Associated Press, Agence France-Presse, Reuters, et BBC

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