•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Cible des talibans, des Afghanes ayant fui leur pays ont été accueillies à Saskatoon

Maryam Masoomi regarde la caméra.

Maryam Masoomi travaillait dans une école réputée pour ses valeurs progressistes en Afghanistan. Elle a dû fuir son pays quand les talibans ont repris le pouvoir.

Photo : Radio-Canada / Don Somers

Radio-Canada

De jeunes Afghanes ont fui leur pays parce qu’elles craignaient pour leur vie. Leur faute : jouer de la musique, chanter et fréquenter l’École Marefat, une école progressiste mixte qui encourage ses 4000 élèves à développer leur potentiel, à promouvoir les droits des femmes et à questionner l’autorité. Il a fallu une véritable opération internationale pour parvenir à faire sortir d’Afghanistan 400 personnes liées à cette école. Certaines d’entre elles ont trouvé refuge au Canada, à Saskatoon.

Le retour au pouvoir des talibans après le départ des troupes américaines a bouleversé la vie de Maryam Masoomi. À 24 ans, cette Afghane était la directrice musicale adjointe de l'école quand les talibans ont repris le pouvoir. Elle dirigeait entre autres un groupe de 22 chanteuses, un collectif qui s’appelait Sound of Afghanistan. Présentes sur YouTube, elles sont devenues des vedettes dans leur pays et ailleurs dans le monde.

Avec les talibans au pouvoir, tous les élèves de l’école sont devenus des cibles, en particulier le collectif de chanteuses.

Les talibans, qui s'étaient engagés à permettre la scolarisation des filles de plus de 11 ans, sont revenus sur leur parole. Ils ont limité l’accès des femmes au travail, instauré à nouveau le port obligatoire de la burqa et décrété que les femmes ne peuvent désormais quitter leur maison qu'en cas d'absolue nécessité.

Quand les talibans sont rentrés à Kaboul, Maryam Masoomi et ses élèves ont compris qu’elles étaient en danger.

Trop connues, elles étaient faciles à repérer, y compris par les talibans. Je me suis dit : ils vont nous trouver et nous tuer, raconte Maryam Masoomi.

C’était un choc pour tout le monde et la panique était partout. Nous avons simplement pris nos sacs et nous nous sommes mis à courir, du travail vers la maison.

Elles ont immédiatement effacé tous les messages textes et les vidéos de leurs téléphones, tout ce qui pouvait démontrer qu’elles étaient éduquées et qu’elles chantaient. Maryam Masoomi a aussi brûlé ses certificats d’enseignement.

Dans les semaines qui ont suivi, elles sont toutes restées chez elles, les rues de Kaboul étant trop dangereuses.

Une aide inespérée

Pendant ce temps, loin de chez elles, un groupe se mobilisait pour aider ces jeunes femmes et leurs familles à fuir leur pays le plus rapidement possible.

Ce groupe, la fondation 30 Birds, est constitué de huit personnes influentes habitant aux États-Unis et au Royaume-Uni. Ses membres sont avocats, journalistes, militants pour les droits de la personne.

Mohammad Behroozian, un consultant en communication afghan qui vit maintenant à Chicago, a aidé la fondation à organiser la fuite des familles afghanes.

Il explique qu’ils se sont mis à collecter des fonds et à planifier un itinéraire, parlant à des ambassadeurs, des diplomates et d’autres personnes susceptibles de les aider.

Chaque élève devait attendre des instructions, dit-il. Elles arriveraient par un message texte qu’il fallait effacer après en avoir pris connaissance.

L’une après l’autre, des familles ont commencé à quitter Kaboul.

Zainab Nazari regarde la caméra, Elle porte un chandail avec les lettres : DREAM.

Zainab Nazari est un des chanteuses qui a fui l'Afghanistan avec ses parents et son grand frère. Elle se souvient de la peur qu’elle a eue pendant leur voyage. “Nous sommes dans un hôtel et les talibans arrivent pour fouiller l’hôtel”, dit-elle en se rappelant qu’elle pleurait. “Et je me suis dit qu’ils étaient ici pour nous tuer.”

Photo : Radio-Canada / Don Somers

Leur fuite a tout du périple : des talibans les arrêtent à plusieurs reprises sur la route de Mazar-I-Sharif où ils doivent prendre un vol affrété par la fondation 30 Birds. Mais bientôt, l’aéroport est occupé par les talibans et le vol est annulé. Les familles retournent à Kaboul, avant de repartir vers l’est, à Torkham, où 30 Birds leur obtient des documents de voyages pour leur permettre de franchir la frontière au Pakistan.

Les familles resteront à Islamabad pendant des mois avant d’obtenir l’asile au Canada.

En octobre 2021, environ 250 personnes liées à l’École Marefat sont arrivées à Saskatoon, tandis que 200 autres sont restées au Pakistan, dont 60 jeunes femmes et filles sans famille.

Accueillies à Saskatoon

Sultan Ali Sadat est le directeur des ressources humaines de l’organisme Open Door Society à Saskatoon. Cet Afghan venu au Canada en 1998 connaît bien le collectif de chanteuses Sound of Afghanistan, dont il regarde les vidéos sur YouTube chaque soir avant de se coucher.

Il se rappelle le moment où le gouvernement du Canada a demandé au maire de la ville et au personnel d’Open Door Society s'ils pouvaient accueillir 200 Afghans ayant des liens avec l’école Marefat.

J’ai répondu : on peut en accueillir 1000! Vous n’avez qu'à nous les envoyer, dit-il.

Sultan Ali Sadat assis à son bureau.

Sultan Ali Sadat est le directeur des ressources humaines de l’organisme Open Door Society à Saskatoon.

Photo : Radio-Canada / Don Somers

Aujourd’hui, Maryam Masoomi travaille dans un café et met de l’argent de côté pour acheter une voiture pour sa famille. Elle est bénévole dans une radio communautaire et espère devenir journaliste. Elle s’inquiète aussi constamment des 60 filles et femmes restées à Islamabad.

Selon Mohammad Behroozian, la fondation 30 Birds se consacre à faire avancer leurs demandes auprès du gouvernement et cherche à récolter 4 millions de dollars pour les faire venir à Saskatoon. 30 Birds a obtenu l’appui du prince Charles, qui a rencontré Maryam Masoomi et ses élèves à Ottawa le 30 mai dernier.

Le maire de Saskatoon, Charlie Clark, a écrit au gouvernement fédéral pour demander que le processus soit accéléré.

Les élèves de Maryam Masoomi qui vivent maintenant à Saskatoon se concentrent sur leurs études, reconnaissantes de pouvoir aller à l’école tous les jours. Elles rêvent de devenir avocates, éducatrices, entrepreneures et de continuer à se battre pour les droits des femmes et des filles en Afghanistan.

Avec les informations de Leisha Grebinski

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !