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Comment le couronnement de la reine a pu être diffusé « en direct » au Canada en 1953

Voici l'histoire d'une mission inhabituelle impliquant les aviations canadienne et britannique et CBC/Radio-Canada.

La reine Élisabeth II, sceptre à la main avec sa lourde couronne sur la tête, en procession à la suite de son couronnement.

Le 2 juin 1953, la reine Élisabeth II est couronnée dans une cérémonie à l'abbaye de Westminster.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le 2 juin 1953, le couronnement de la reine Élisabeth II a été le premier grand événement mondial télévisé en Amérique du Nord le même jour qu’il se produisait de l’autre côté de l’Atlantique. Comment cela a-t-il été possible?

La famille Nickerson de Thunder Bay, en Ontario, pensait détenir la réponse à cette question. Rob Nickerson explique que, selon la légende familiale, son oncle George avait piloté l’avion qui avait traversé l’océan Atlantique en transportant les enregistrements du couronnement jusqu’au Canada.

George Nickerson était le héros de la famille. Son neveu Rob, qui a cherché à en savoir plus à l’approche du jubilé de la reine, s'est rendu compte que l’histoire familiale n’était pas tout à fait exacte.

Le bombardier CF-100 piloté par son oncle ne pouvait contenir suffisamment de carburant pour un vol transatlantique.

La vérité, a-t-il découvert, était beaucoup plus complexe, et surtout beaucoup plus excitante.

Elle implique l’aviation canadienne, l’aviation britannique, la BBC et CBC/Radio-Canada, qui était une toute jeune société à cette époque. Sans oublier, bien sûr, un commandant d’escadre stationné à Winnipeg, George Nickerson, qui avait reçu l’ordre de réaliser une mission inhabituelle qui allait changer ce que le monde croyait possible, dans les airs comme sur les ondes.

L’opération Pony Express

La British Broadcasting Corporation (BBC) s’était engagée à filmer le couronnement grâce à un procédé qu’elle avait développé et nommé telerecording, qui enregistrait les images sur un écran plat de télé à la fine pointe de la technologie.

Les tout nouveaux avions bombardiers Canberra de la Royal Air Force britannique (RAF) ont été réquisitionnés pour transporter les bobines de film au Canada.

Selon l'historien militaire Mike Bechthold, l’armée était à l’avant-garde des technologies de communications à cette époque.

Ils devaient filmer puis développer le film. Il fallait que ça parte vers l’aéroport de Heathrow à partir de l'endroit où c’était tourné à Londres. Ce transfert a eu lieu en hélicoptère. On a ensuite mis les films dans un avion bombardier, qui a franchi l'Atlantique, raconte-t-il.

Coupure de presse montrant la photo d'un avion bombardier accueilli par de nombreuses personnes sur le tarmac de l'aéroport.

Le commandant d'escadre de l'aviation canadienne, George Nicherson, atterrit à l'aéroport de Saint-Hubert le 2 juin 1953 avec les bobines de film du couronnement de la reine.

Photo : Gracieuseté Rob Nickerson

Il a fallu cinq heures et demie pour franchir l’océan, dit-il. Le bombardier britannique a atterri sur la base des Forces canadiennes à Goose Bay, au Labrador, où se trouvaient un bombardier CF-100 de l’aviation canadienne et son pilote, George Nickerson.

Le rôle du commandant d’escadre était de transporter à bord de son avion les 17 bobines qui pesaient 190 kilos vers l’aéroport de Saint-Hubert au Québec, où un hélicoptère allait les cueillir pour les porter aux studios de CBC/Radio-Canada à Montréal.

À cette époque, la société diffusait des émissions de télévision depuis tout juste neuf mois.

En planifiant l'opération Pony Express, le directeur de l’information du British Air Ministry, L.M. MacBride, a écrit une lettre présentant ce plan comme une occasion de renforcer le respect pour l’armée et l’appui à la monarchie, tant au Canada qu’aux États-Unis.

Réussir à présenter de façon quasi simultanée le couronnement sur le continent nord-américain offrait à ses yeux une magnifique occasion d’obtenir une publicité internationale pour la RAF tout en contribuant au prestige de la Grande-Bretagne partout sur le continent américain.

Objectif : battre les Américains

CBC/Radio-Canada devra dépenser une somme rondelette pour utiliser les services de l’aviation canadienne. Elle a dû débourser 11 650 $, soit l'équivalent, de nos jours, de 1,5 million de dollars. Mais un vol commercial aurait mis 10 heures à faire le trajet, et Radio-Canada n’avait pas de temps à perdre.

Pour le diffuseur public, ce qui comptait le plus, c’était d’être le premier à montrer ces images en Amérique du Nord, selon Mike Bechthold. Ils voulaient "scooper" les Américains. Ils seraient probablement arrivés les deuxièmes avec un vol commercial, alors ils devaient trouver une autre solution.

Du lieu de tournage à Londres jusqu’aux studios de Montréal, l’opération Pony Express a pris le temps que met la Terre à tourner sur elle-même. Et les fuseaux horaires étant ce qu’ils sont, cela a permis de diffuser le couronnement au Canada à la même heure locale que l’événement lui-même à Londres.

La reine Élisabeth II suivie par six femmes tenant la traîne de sa robe lors de son couronnement à l'abbaye de Westminster.

La reine Élisabeth II lors de son couronnement.

Photo : AFP/Getty Images

C’est ainsi que CBC/Radio-Canada a pu diffuser des images en direct du couronnement.

Chez nos voisins américains, le réseau NBC avait lui aussi organisé le transport d'images par avion, en retenant les services d’un bombardier Canberra de l’armée vénézuélienne, sans que CBC/Radio-Canada le sache.

CBC/Radio-Canada a tenu son pari en entrant en ondes 30 minutes avant les Américains.

Les avions ont mis un peu plus de cinq heures pour atteindre la base canadienne de Goose Bay, et CBC/Radio-Canada a diffusé ces images deux heures et demie plus tard, à 16 h 15, heure de l’Est, le 2 juin 1953.

Et ensuite?

La direction du diffuseur public en fut épatée. Dans un télégramme à la BBC, le président de CBC/Radio-Canada, Arnold Dunton, a qualifié la mission de brillante réalisation.

Le diffuseur public a par la suite offert à l'Aviation royale canadienne la toile Indian Village Yellowknife de l’artiste A.Y. Jackson, du Groupe des Sept, en remerciement pour son rôle dans l’opération Pony Express.

La toile The Indian Village Yellowknife de A.Y. Jackson.

CBC/Radio-Canada a offert cette oeuvre de A.Y. Jackson, un artiste du Groupe des Sept, pour remercier l'Aviation royale canadienne. La toile se trouve toujours à la base de Winnipeg.

Photo : Gracieuseté : Aviation royale canadienne

La toile se trouve encore aujourd’hui à la base de l’aviation à Winnipeg. On pourra la voir dans un livre que prépare Mike Bechthold à l’occasion du centenaire de l’Aviation royale canadienne en 2024.

Quant à l’opération Pony Express, elle a failli ne pas se produire. La reine Élisabeth II était réticente à autoriser toute cette pompe à l’occasion de son couronnement. Elle a changé d’idée parce qu’un plus grand nombre de gens pourraient la voir.

Pour Alan MacEachern, professeur d’histoire à l’Université Western en Ontario, ce couronnement figure parmi les événements qui ont imposé la télévision comme un média important.

Les gens ont pris conscience que la télévision était là pour de bon, dit-il.

George Nickerson est mort dans l’écrasement d’un CF-100 un an après l’opération Pony Express. Pour sa famille, il restera le héros de cette histoire. Trouver la vérité a été pas mal cool, résume son neveu Rob. Pas mal cool, surtout pour lui.

Avec les informations de Jon Thompson

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