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Qualité de l’air à Rouyn-Noranda : des médecins estiment qu’il est urgent d’intervenir

Les médecins Claudel Naud-Bellavance, Marie-Pier Lemieux et Frédéric Bonin, posant devant les bureaux du CISSS-AT, à Rouyn-Noranda.

Les docteurs Claudel Naud-Bellevance, Marie-Pier Lemieux et Frédéric Bonin.

Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

En octobre 2019, 99 médecins, dont plus de 85 de Rouyn-Noranda, ont réclamé la réduction rapide des émissions d’arsenic en provenance de la Fonderie Horne.

Près de trois ans plus tard, les émissions ont été réduites, mais pas de façon significative. Nous avons rencontré trois médecins généralistes de Rouyn-Noranda qui avaient signé cette lettre, Frédéric Bonin, Claudel Naud-Bellavance et Marie-Pier Lemieux.

Ils estiment maintenant que les données de santé de la population présentées il y a deux semaines démontrent qu’on ne peut plus attendre pour diminuer les émissions de façon importante.

Ce n’est plus possible de dire qu’il n’y a pas d’impact. On voit très clairement qu’il se passe quelque chose au niveau de la santé de nos populations. Comme médecin de famille, ça nous inquiète, ça nous préoccupe et on demande à ce que ça change, affirme d’emblée la docteure Marie-Pier Lemieux.

La docteure Marie-Pier Lemieux, posant devant les bureaux du CISSS-AT à Rouyn-Noranda.

Marie-Pier Lemieux, médecin généraliste à Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

Respecter la norme

Ces trois médecins généralistes réclament que la norme québécoise de trois nanogrammes par mètre cube soit respectée. Ils estiment qu’on ne peut pas en tolérer davantage.

En 2021, la concentration d’arsenic moyenne était de 87 nanogrammes par mètre cube, selon les données mesurées à la station légale de la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda.

Avec les chiffres qui sont sortis, on ne peut pas mettre des délais et dire que c’est suffisant à 40 ou à 30 et dire qu'on va remettre ça aux calendes grecques encore. Il y a peu de choses qui se sont passées dans les dernières années, là avec les données qui sont sorties, il faut agir, agir très rapidement et de façon décisive, on ne peut pas remettre ça à demain, ajoute pour sa part le docteur Frédéric Bonin.

Le docteur Frédéric Bonin, posant à l'extérieur, devant les bureaux du CISSS-AT à Rouyn-Noranda.

Frédéric Bonin, médecin généraliste à Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

Le Dr Bonin affirme que si un patient était exposé de cette façon dans son milieu de travail, par exemple, il lui recommanderait tout de suite de quitter son emploi.

Tu as 30 % de chances de plus de développer un cancer du poumon, tu as 50 % plus de chances de développer une MPOC (maladie pulmonaire obstructive chronique), tu as 25 % plus de chances d’avoir un enfant de petit poids, tu vas vivre un an de moins. La CNESST n’accepterait pas ces chiffres-là et retirerait ce patient du travail ou modifierait son environnement de travail et nous autres, on va accepter ça pour toute la population en générale? Ça me semble complètement inacceptable, ajoute-t-il.

« On comprend qu’il y a eu des choses historiques avant et peut-être des moments où on ne savait pas. Maintenant on sait et quand on sait, on ne peut plus faire semblant qu'il n'y a rien. »

— Une citation de  Dre Marie-Pier Lemieux

De l’aveuglement volontaire

Les trois médecins sont d’avis qu’il est impossible de dire qu’une maladie comme un cancer aura été causée par la qualité de l’air, par exemple, mais ils estiment qu’il est évident que celle-ci a un impact sur la santé des gens de Rouyn-Noranda.

Il se passe quelque chose, il y a des impacts sur la mortalité, sur la morbidité. À partir du moment qu’on a ça, il faut se demander pourquoi, qu'est-ce qui différencie Rouyn-Noranda des autres villes de l’Abitibi? Je pense que cette réponse-là est quand même évidente, précise la docteure Marie-Pier Lemieux.

À un moment donné, on peut dire que 2 + 2 fait peut-être 4 et demie, mais c’est pas vrai. On voit les chiffres, on ne peut pas prouver de lien direct avec la Fonderie, mais c’est la Fonderie qui nous distingue du reste de la région [...] Les chiffres sont clairs et précis, c’est de l’aveuglement volontaire en ce moment ou de la méconnaissance si tu n'es pas capable de faire le lien entre les deux, ajoute pour sa part le docteur Frédéric Bonin.

S’il y avait une industrie qui voulait démarrer ailleurs au Canada ou au Québec et qui présentait les chiffres à la population et qui dirait "on veut implanter cette industrie, mais l’impact sur votre santé c’est que vous avez beaucoup plus de chances de faire un cancer ou d’avoir une maladie pulmonaire", personne n’accepterait que l’industrie s’installe et démarre. C’est pas acceptable pour notre population de vivre avec ce risque, ajoute la docteure Claudel Naud-Bellavance.

La docteure Claudel Naud-Bellavance posant les bureaux du CISSS-AT à Rouyn-Noranda.

Claudel Naud-Bellavance, médecin généraliste à Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

Des patients inquiets

Les médecins expliquent avoir de plus en plus de questions de la part de patients concernant la qualité de l’air.

Ils sont inquiets par rapport à leur santé. Ils me posent des questions pour savoir si ça a un impact sur leur santé les émissions de la Fonderie et honnêtement, avec les chiffres qu’on a vus de la santé publique, on ne peut pas leur dire non. On est face au fait, on doit leur dire : "oui vous avez plus de chances d’être malade". Après ça, nous comme médecin, on aime ça avoir des solutions. Si quelqu’un fume, on va lui dire d’arrêter de fumer, que le risque va diminuer de beaucoup. Là, on n’a rien à leur proposer pour améliorer ce risque, précise la docteure Claudel Naud-Bellavance.

C’est comme si Rouyn-Noranda était le siège d’une étude et que là on essaie de démontrer l’impact sur la population de certains contaminants. Là, la santé publique vient de nous donner des données préliminaires dans cette étude et ils disent "il y a une tendance, on remarque des choses". Dans le monde de la recherche, probablement qu’on dirait : "oh! c’est inquiétant, on devrait cesser l’étude à ce point-ci et enlever l’exposition, car on a des données qui nous inquiètent suffisamment pour dire qu’il pourrait y avoir un lien de causalité." Nous autres, on pense qu’on en est là, explique la docteure Marie-Pier Lemieux.

« Ils doivent trouver des solutions, ce n’est pas une option qu’ils n’en trouvent pas.  »

— Une citation de  Marie-Pier Lemieux, médecin à Rouyn-Noranda

L’entreprise assure ne pas pouvoir atteindre la norme québécoise de trois nanogrammes par mètre cube, mais pour les médecins, c’est la santé de la population qui doit être la priorité. Ils estiment que la Fonderie Horne a deux choix : soit elle respecte la norme, soit elle ferme ses portes.

Les installations de la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda

Les installations de la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Dans une entreprise, ils sont supposés être assez au courant de leur processus pour comprendre quelles activités entraînent des émissions importantes. À partir de ce moment-là, ils auront des choix à faire et des décisions à prendre qui vont leur appartenir, mais la finalité doit rester la même, c’est-à-dire que les émissions doivent être réduites pour protéger la santé de la population. On ne peut pas se permettre que ça continue comme ça, ajoute la docteure Marie-Pier Lemieux.

Difficulté de recrutement

Des entreprises et organismes de Rouyn-Noranda nous ont confirmé que certains candidats en entrevue posent beaucoup de questions concernant la qualité de l’air et que ce serait parfois un frein pour attirer des travailleurs.

Le docteur Frédéric Bonin estime que l’impact se fera aussi sentir dans le milieu de la santé puisque ces spécialistes connaissent bien les conséquences d’une exposition à long terme à certains métaux lourds comme l’arsenic.

Le Centre de radio-oncologie régional près de l'hôpital de Rouyn-Noranda.

Le Centre de radio-oncologie régional (archives)

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Présentement, le Centre de cancérologie n’est pas ouvert, pourquoi? Parce qu'on n’a pas de radio-oncologue, parce qu’on n’a pas de techniciens en radio-oncologie. Essaie de convaincre ces gens-là de venir s’installer à Rouyn-Noranda, ils ont toutes sortes d’offres d’emplois en ce moment puis là tu vas leur dire : "viens à Rouyn-Noranda, tu vas avoir plus de chances d’attraper un cancer du poumon, moins d’espérance de vie", donc on perd au niveau des services qu’on peut offrir aux citoyens dans un contexte comme ça, ajoute le docteur Frédéric Bonin.

Le ministère de l’Environnement et la Fonderie Horne négocient en ce moment la prochaine attestation d'assainissement, qui déterminera la norme que devra respecter l’entreprise.

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