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Pêcheurs pélagiques : Ottawa tarde à se prononcer sur des dédommagements

Le bateau de Lauréat Lelièvre, photographié au coucher du soleil.

En Gaspésie, 22 pêcheurs se consacrent exclusivement à la pêche de poissons pélagiques, qui se pêchent loin en mer. Sur cette photo, on aperçoit le navire de Lauréat Lelièvre.

Photo : Gracieuseté de Lauréat Lelièvre

Il est minuit moins une pour les pêcheurs de maquereau et de hareng de la Gaspésie. Alors que les élus fédéraux ne siègent que pour encore environ trois semaines à Ottawa, Pêches et Océans Canada (MPO) tarde à se prononcer quant à une compensation financière qui pourrait leur permettre de se maintenir la tête hors de l’eau.

Le MPO a interdit la pêche au hareng de printemps au sud du golfe ainsi que la capture du maquereau dans les eaux côtières des provinces de l’Atlantique et du Québec le 30 mars, soit deux jours avant l’ouverture de la pêche commerciale au hareng.

Selon Ottawa, il est impératif de régénérer les stocks des deux espèces qui sont, selon ses dernières évaluations, en zone critique.

Le Regroupement des pêcheurs pélagiques professionnels du sud de la Gaspésie indique que 22 pêcheurs se consacrant entièrement à la capture du maquereau et du hareng ont dû se résigner à rester à quai, sans revenu.

En incluant leurs aides-pêcheurs, une cinquantaine de personnes sont touchées par cette situation.

Lauréat Lelièvre, à bord de son bateau de pêche.

Comme plusieurs de ses confrères pêcheurs, Lauréat Lelièvre se consacre entièrement à la pêche pélagique. On l'aperçoit ici à bord de son bateau.

Photo : Gracieuseté de Lauréat Lelièvre

Deux mois après l’annonce du MPO, le mécontentement persiste alors que plusieurs pêcheurs gaspésiens se retrouvent en mauvaise posture financière. Ils espèrent une aide d’Ottawa.

Il y en a une gang qui va tomber dans le trou noir assez vite, si ce n’est pas déjà fait, résume tristement Lauréat Lelièvre, porte-parole et secrétaire du Regroupement des pêcheurs pélagiques professionnels du sud de la Gaspésie.

Il fait référence à cette période où un travailleur saisonnier a épuisé toutes ses prestations d’assurance-emploi sans encore pouvoir retourner au travail.

Des maquereaux.

La pêche commerciale au maquereau devait débuter le 1er juin.

Photo : Gurcan Ozturk/AFP/Getty Images

Si certains membres du regroupement se sont trouvé un emploi temporaire en attendant de pouvoir reprendre la pêche pélagique où ils l’avaient laissée, d’autres comme M. Lelièvre refusent de quitter le bateau.

Je suis un pêcheur professionnel au même titre qu’un homardier ou un crabier. Ce n’est pas parce que je pêche le pélagique que je n’ai pas le droit de gagner ma vie.

Une citation de Lauréat Lelièvre, porte-parole et secrétaire du Regroupement des pêcheurs pélagiques professionnels du sud de la Gaspésie

Le Gaspésien souhaite que le fédéral délie les cordons de la bourse en faveur des pêcheurs touchés, mais il ne se fait pas d’illusions. Ils ne veulent pas nous aider du tout, s’indigne-t-il. Ils ne nous considèrent pas. S’ils ne veulent plus qu’on pêche, qu’ils nous rachètent nos permis!

Lauréat Lelièvre rappelle que la nouvelle de l'interdiction de pêche a causé toute une commotion parmi les acteurs de l’industrie gaspésienne, qui se préparaient activement à une nouvelle saison en mer.

Ça a été un choc pour tout le monde. Nos pêcheurs se sont retrouvé le bec à l’eau.

Une citation de Lauréat Lelièvre, porte-parole et secrétaire du Regroupement des pêcheurs pélagiques professionnels du sud de la Gaspésie

Il raconte que de jeunes pêcheurs venaient d’acquérir un permis ainsi qu’un bateau et s’apprêtaient à prendre la mer ce printemps pour la première fois. Ils n’ont même pas eu le temps de prendre la queue d'un poisson, déplore celui dont le bateau de pêche est amarré au port de Sainte-Thérèse-de-Gaspé.

Quatre pêcheurs préparent le hareng pour appâter le crabe.

Alors que le maquereau est principalement utilisé par les homardiers, le hareng est quant à lui généralement l'appât de prédilection des crabiers. Sur cette photo, des pêcheurs préparent le hareng (archives).

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

D’autres pêcheurs comme lui venaient tout juste d’améliorer leurs équipements en vue de la saison de pêche 2022. Je dois avoir investi à peu près 50 000 dollars, sans exagération, mais il y en a des pires que moi, lance M. Lelièvre.

Pas de réponse… ni d’échéance

Si les problèmes vécus par les pêcheurs pélagiques ont été évoqués lundi lors de l'étude des crédits pour les pêches, le MPO n'a pas ouvert la porte à des dédommagements. La porte-parole bloquiste en matière de Pêches, Océans et Garde côtière canadienne, Caroline Desbiens, a talonné la ministre Joyce Murray.

La députée lui a demandé si elle avait bien pris connaissance de la motion adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale le 7 avril, qui exhorte Ottawa à offrir une aide financière aux pêcheurs pélagiques. Joyce Murray a répondu de façon très succincte.

Je suis consciente de cette motion. […] Nous allons l’étudier et nous allons répondre.

Une citation de Joyce Murray, ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne

Caroline Desbiens a ensuite demandé à la ministre Murray si un échéancier était prévu afin de fournir cette réponse, ce à quoi la ministre a répondu par la négative.

Caroline Desbiens, en studio

Caroline Desbiens.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Bilodeau

Je sais que c’est très difficile, mais ce n’est pas l’habitude de Pêches et Océans de compenser tous les pêcheurs quand il y a une diminution [des pêches], a-t-elle rappelé.

La députée Desbiens a souligné que de nombreux outils sont offerts aux agriculteurs qui font face à l’imprévisibilité des conditions météorologiques et a demandé à la ministre s’il était envisageable de proposer des solutions concrètes adaptées au domaine des pêches.

La ministre Murray s’est limitée à dire que de l’aide a été apportée par le gouvernement Trudeau aux pêcheurs qui ont été confrontés à l’arrêt des activités pendant la pandémie de COVID-19.

Joyce Murray, debout à la Chambre des communes, prend la parole.

Joyce Murray, ministre fédérale des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, le 9 mai 2022 à la Chambre des communes, à Ottawa.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Elle a aussi mentionné que des programmes d’aide étaient disponibles à Services Canada, faisant ainsi référence à l’assurance-emploi. Les provinces ont des programmes quand [leurs citoyens ont] des problèmes, a-t-elle renchéri.

Cette réponse est loin d’avoir plu à la députée d’Avignon-La Mitis-Matane-Matapédia, Kristina Michaud.

C’est déplorable d’entendre ça parce qu’on a des gens qui veulent travailler, qui aiment travailler et qui ont hâte de le faire. […] Se faire répondre ça, c’est presque insultant, je dirais, se désole la bloquiste.

L’intervention de la députée Lebouthillier revendiquée

Kristina Michaud rappelle que le temps presse. Demeurant réaliste quant aux chances que le MPO donne une réponse positive aux pêcheurs d’ici la fin de la session parlementaire, elle se tourne vers la députée libérale de Gaspésie-Les Îles-de-la-Madeleine, Diane Lebouthillier.

La députée Kristina Michaud, pendant la période de questions à la Chambre des communes le 9 mars 2020.

La députée bloquiste Kristina Michaud aimerait également éviter qu'une telle situation survienne de nouveau dans le futur (archives).

Photo : Bernard Thibodeau

Elle somme son homologue de la circonscription voisine d’intervenir.

On l’entend souvent dire qu’elle défend les pêcheurs. J’aimerais qu’au-delà des paroles, on voie des actions concrètes, qu’elle parle au conseil des ministres, qu’elle parle à ses collègues pour tenter de trouver une solution pour les gens de chez elle.

Une citation de Kristina Michaud, députée d’Avignon-La Mitis-Matane-Matapédia

La députée et ministre Lebouthillier n’était pas disponible pour une entrevue jeudi.

La ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier, à la Chambre des communes le lundi 4 février 2019 à Ottawa

La députée de Gaspésie-Les Îles-de-la-Madeleine et ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier (archives).

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Dans une déclaration écrite acheminée par courriel, l'élue libérale convient qu’annoncer à quelques semaines du début de la saison que la pêche n’aurait pas lieu est inacceptable. Selon elle, cette façon de faire dénote d’une méconnaissance du milieu.

Celle qui dit être consciente de la nécessité de protéger la ressource mentionne également comprendre le mécontentement des principaux concernés.

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