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La disparition du mégalodon causée par le grand requin blanc?

Impression artistique d'un C. megalodon chassant deux baleines appartenant au genre Eobalaenoptera.

Impression artistique d'un C. megalodon chassant deux baleines qui appartiennent au genre Eobalaenoptera.

Photo : Musée d'histoire naturelle de la Virginie

Agence France-Presse

Un requin géant, Otodus megalodon, régnait dans les océans, sans concurrence, il y a 5 millions d'années. Il a pourtant disparu, au profit d'un cousin plus « petit », le grand requin blanc, selon une étude européenne.

Dans la chaîne alimentaire, O. megalodon a occupé à un moment le niveau trophique – le rang – le plus élevé, celui de superprédateur. Une conclusion tirée notamment de la taille de ses dents, des triangles acérés dépassant aisément la dizaine de centimètres, soit la largeur d'une paume de main. C'est l'un des seuls restes utilisables pour étudier l'animal, dont le squelette cartilagineux, comme celui de tous les requins, se prête mal à la fossilisation.

Une équipe internationale de chercheurs apporte dans Nature Communications un éclairage inédit sur ce géant dépassant 15 mètres, qui régnait dans les océans il y a plus de 3 millions d'années.

La disparition soudaine, dans les fossiles enregistrés, de ce carnivore, parmi les plus grands ayant jamais vécu, reste une énigme, souligne l'étude signée par Jeremy McCormack, géoscientifique à l'Institut allemand Max Planck.

Elle propose un nouvel outil d'analyse du niveau trophique d'O. megalodon et de ses concurrents, à partir du zinc contenu dans l'émail de leurs dents. Ce métal, essentiel à la vie, se trouve dans l'alimentation et se fixe dans la dentition.

Compétition pour les ressources

On l'y retrouve sous la forme de deux isotopes – deux types d'atomes –, dont la proportion plus ou moins grande de l'un d'eux, le zinc 66, a un lien direct avec la place de l'animal dans la chaîne alimentaire. Plus sa proportion est faible et plus l'animal se situe à un niveau élevé dans la chaîne alimentaire.

Les chercheurs ont mis à l'épreuve cette technique récente avec l'analyse de fossiles issus de nombreux musées et d'espèces actuelles. Chez ces dernières, le grand requin blanc et le requin Mako se trouvent aujourd'hui au plus haut niveau trophique.

Mais il y a 20 millions d'années, au Miocène, cet honneur revenait à Otodus chubutensis, un requin géant friand de poissons et de cétacés. Otodus megalodon va lui succéder au poste de superprédateur, mais à un niveau trophique plus bas, jusqu'à l'ère du Pliocène, il y a environ 5 millions d'années.

Les analyses montrent que le mégalodon perd alors du terrain face à Carcharias carcharodon, le grand requin blanc. Bien que plus petit en taille – il n'atteint pas plus de six mètres –, on sait ce dernier très opportuniste en matière d'alimentation. L'étude dans Nature relève que les deux espèces se trouvent alors au même niveau dans la chaîne alimentaire.

On ne sait pas exactement pourquoi O. megalodon a finalement disparu. Une étude de 2016 voyait une coïncidence entre l'effondrement de sa population et une baisse dans la diversité des cétacés dont il se repaissait, avec la disparition notamment des baleines mysticètes. Les auteurs de l'étude dans Nature soutiennent cette hypothèse d'une co-évolution et co-extinction des deux espèces de requin et de baleine.

Ils voient aussi un facteur important dans la compétition avec le grand requin blanc. Leur étude évoque une possible compétition pour les ressources alimentaires entre ces deux lignées de requins. Que le grand requin blanc a fini par gagner.

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