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Le FRAPRU s’inquiète des centaines de logements achetés par Devcore à Sept-Îles

Sept-Îles est au sommet du palmarès dans l'Est du Québec en ce qui a trait au prix des logements.

En plus des coûts liés aux rénovations, l’entreprise Devcore investit un total de 50 M$ pour acquérir cet ensemble de 555 logements septiliens (archives).

Photo : Radio-Canada / ICI Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

L'entreprise Devcore va réaliser l’acquisition de 555 logements à Sept-Îles d’ici la mi-juin. Elle compte effectuer des travaux majeurs de rénovations et indique ne pas être disposée à accueillir tous les « types de locataires », ce qui inquiète le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).

Une pancarte qui indique « Logements à louer - Complet » sur un immeuble.

La disponibilité des logements a chuté à Sept-Îles. Selon les résultats d'une enquête sur les logements locatifs de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) publiée en février 2022, le taux d’inoccupation à Sept-Îles est passé, d’octobre 2020 à octobre 2021, de 5,8 % à 4,1 % (archives).

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Devcore a déjà fait l’acquisition des logements aux Jardins de Chambord et au 200 Régnault. Elle compte être aussi propriétaire de l’Immobilière Joie de vivre d’ici la mi-juin, pour un total de 555 logements.

L’entreprise souhaite offrir aux Septiliens des logements rénovés dignes de la réputation de Devcore.

Pour y parvenir, elle prévoit aussi investir entre 5 et 6 M$ dans les deux prochaines années dans des travaux de rénovation, explique le président de Devcore, Jean-Pierre Poulin.

On rénove ces logements pour avoir des places qui sont vraiment à la page. Il n’y a pas de raison que ça ne soit pas pareil à Sept-Îles comme au centre-ville de Montréal, raconte-t-il.

Jean-Pierre Poulin répond aux questions d'une journaliste dans son bureau.

Jean-Pierre Poulin, président du groupe Devcore (archives)

Photo : Radio-Canada

Jean-Pierre Poulin ne souhaite pas expulser les bons locataires qui sont là depuis longtemps, mais ne cache pas ses intentions quant aux futurs locataires de Devcore.

M. Poulin dit ne plus vouloir que ces logements soient disponibles à tous les types de locataires.

« Devcore, ce n'est sûrement pas pour tous les types de locataires. Si c’est des locataires à problème, on aime mieux quand ils sont chez nos compétiteurs. »

— Une citation de  Jean-Pierre Poulin, président de Devcore

On a de la misère avec des gens qui font des problèmes, qui font de la casse ou qui ne paient pas leur loyer, mais qui boivent ou ces choses-là. On n'est pas vraiment flexible avec ce type de clientèle là. Ce n’est pas notre clientèle, affirme le promoteur.

Il ajoute que lui et d’autres responsables du projet chapeautent déjà la rénovation d’une quarantaine de logements qui sont vides depuis plusieurs mois. Même si tous les logements se vidaient, je ne pourrais pas rénover plus que probablement 60 à 70 logements [en ce moment]. Ça va se faire graduellement, dit M. Poulin.

Le FRAPRU, qui défend les droits des locataires, déplore les propos de Jean-Pierre Poulin.

« Quand on lit les commentaires de ce promoteur-là, qui dit ne pas souhaiter avoir n’importe qui comme locataire, c’est inquiétant. »

— Une citation de  Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU
Véronique Laflamme est debout devant une série d'immeubles d'habitation.

Véronique Laflamme est porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (archives).

Photo : Radio-Canada

Dans ce cas-ci, le propriétaire annonce faire des rénovations, note Mme Laflamme, qui rappelle que les locataires ont des droits, notamment, lorsqu’ils se voient imposer une reprise de logement pour effectuer des rénovations.

Rénovations : que dit la loi?

Au Québec, les locataires bénéficient généralement d'un droit au maintien des lieux. Toutefois, le Tribunal administratif du logement encadre les rénovations qui exigent le départ permanent ou temporaire (Nouvelle fenêtre) des locataires.

  • Éviction

    Sauf certaines exceptions, un propriétaire peut évincer des locataires s’il effectue des travaux pour subdiviser, agrandir substantiellement ou changer l'affectation d’un logement. Un avis distinct doit être envoyé six mois avant la fin d’un bail d’un an et le locataire doit recevoir une compensation financière.

  • Travaux majeurs

    Un propriétaire qui souhaite faire des améliorations ou des réparations importantes dans un logement doit aviser le locataire trois mois à l’avance si son départ est requis pour plus d’une semaine. Un avis indiquant la nature des travaux et le montant de la compensation financière doit être envoyé. Le locataire pourra réintégrer le logement et une augmentation de loyer entrera en vigueur à la reconduction du bail.

La porte-parole de FRAPRU espère que les locataires seront bien informés pour éviter qu’ils se retrouvent dans une situation plus précaire.

Avec un propriétaire qui achète une aussi grosse partie du parc locatif [de Sept-Îles] et qui exerce notamment plus au moins ouvertement de la discrimination, les locataires se retrouvent avec de moins en moins d’options, explique-t-elle.

Un projet qui freine l’accessibilité au logement?

Une fois rénovés, les appartements de Devcore cibleront une clientèle ayant des salaires élevés, admet le promoteur Jean-Pierre Poulin. On offre un autre produit qu’il n’y a pas présentement dans le marché. La moyenne des salaires à Sept-Îles est plus haute que partout ailleurs au Québec, affirme-t-il.

Oui, il y a des locataires qui ont des revenus plus élevés, notamment ceux qui sont de passage. Mais, les gens qui travaillent au salaire minimum ou presque, les gens qui ont des petits revenus et les retraités ont une capacité de payer qui est limitée, et il faut s’assurer qu’il y a des logements pour répondre à ces besoins, considère la porte-parole de FRAPRU.

Circulation automobile au centre-ville de Sept-Îles.

Selon un rapport publié le 5 mai 2022 par l'Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), une personne seule doit gagner 34 814 $ par année pour vivre convenablement à Sept-Îles. Parmi les sept villes étudiées par l’IRIS, c'est encore une fois cette année à Sept-Îles où il coûte le plus cher pour vivre dignement (archives).

Photo : Radio-Canada

Le maire de Sept-Îles, Steeve Beaupré, est d’avis que ce projet immobilier ne contribue pas à l’accessibilité au logement.

Ça ne crée pas d’appartements supplémentaires, c’est une transaction entre parties privées, dit-il, même s’il ajoute que Devcore a de très bonnes intentions en désirant embellir le paysage de Sept-Îles avec des travaux de rénovation.

Steeve Beaupré est dehors, debout, il regarde la caméra.

Steeve Beaupré, maire de Sept-Îles (archives)

Photo : Radio-Canada / Lambert Gagné-Coulombe

M. Beaupré invite les promoteurs intéressés à la construction de nouveaux logements à contacter la Municipalité.

« Les élus et l’administration, on va tout faire en notre possible pour mettre des terrains à la disposition des promoteurs afin de construire des unités de logement. »

— Une citation de  Steeve Beaupré, maire de Sept-Îles

C’est impossible pour moi de construire une unité avec deux chambres à Sept-Îles en bas de 350 000 $ coûtant, même si la Ville me donnait un terrain gratuit, répond le promoteur Jean-Pierre Poulin.

Pour l'instant, Devcore n’a pas l’intention de construire de nouveaux logements à Sept-Îles pour en augmenter l’accessibilité.

En plus des coûts liés aux rénovations, l’entreprise investit un total de 50 M$ pour acquérir cet ensemble de 555 logements septiliens.

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