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« Louisianisation » du Québec : deux experts contredisent Legault

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Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

La Presse canadienne

L'affirmation du premier ministre François Legault selon laquelle le Québec risque de se transformer en Louisiane si la province ne contrôle pas davantage l'immigration traduit davantage un comportement préélectoral que la réalité, ont déclaré cette semaine des politiciens de l'opposition et des experts.

M. Legault a été accusé d'attiser les craintes à l'égard des nouveaux arrivants après avoir déclaré aux délégués du congrès de son parti, le week-end dernier, que la survie de la nation québécoise dépendait du transfert par le gouvernement fédéral de pouvoirs supplémentaires en matière d'immigration dans la province.

Le premier ministre a même averti que le Québec pourrait devenir comme l'État américain de la Louisiane – autrefois sous le contrôle de la France –, où seule une fraction de la population parle encore le français.

Ses commentaires ont suscité les critiques des partis d'opposition, qui l'ont accusé d'inventer une crise et de suggérer que les immigrants sont une menace.

M. Legault est revenu sur ses propos mercredi en affirmant que la comparaison avec la Louisiane avait pour but de susciter un débat. Il a déclaré que les statistiques suggèrent que moins de personnes parlent le français à la maison et au travail au Québec, ce qui, selon lui, est une preuve de sa précarité.

À partir du moment où il y a un déclin, on peut faire une projection, a-t-il dit. Est-ce que ça va prendre 25 ans, 50 ans, 60 ans? Mais à partir du moment où il y a un déclin, tous ceux qui veulent que les prochaines générations parlent français devraient être inquiets.

Legault exagère, selon un professeur d'histoire

Deux experts de l'histoire de la Louisiane qui ont parlé à La Presse canadienne ont déclaré que la situation du français au Québec ne peut pas vraiment être comparée à celle de l'État américain, qui avait une base plus petite de locuteurs natifs et où le français était interdit comme langue d'enseignement.

Louis-Georges Harvey, professeur émérite d'histoire à l'Université Bishop's de Sherbrooke, au Québec, a déclaré qu'il était très exagéré de comparer une province où plus de 90 % des gens parlent français à un État où seulement 2 % l'utilisent.

« Le français, à ma connaissance, n'a pas du tout de statut officiel en Louisiane. Il n'est pas enseigné dans la majorité des écoles. »

— Une citation de  Louis-Georges Harvey, professeur émérite d'histoire à l'Université Bishop's de Sherbrooke

C'est plus une question d'héritage qu'autre chose, a-t-il déclaré lors d'un entretien téléphonique.

Il explique qu'au moment où la Louisiane a été absorbée par les États-Unis, au début du 19e siècle, l'État n'avait plus la masse critique de locuteurs pour maintenir l'usage de la langue, surtout en l'absence de soutien gouvernemental.

M. Harvey dit avoir l'impression que le français perd du terrain à Montréal et il comprend le désir du gouvernement québécois de renégocier pour sélectionner davantage d'immigrants. Mais invoquer la Louisiane est un gros raccourci, a-t-il dit, et plus un enjeu électoral qu'autre chose. La province doit se rendre aux urnes en octobre.

Exploiter « une sorte de peur populiste »

Clint Bruce, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales à l'Université Sainte-Anne, en Nouvelle-Écosse, estime qu'il n'y a rien de mal à ce que le Québec s'intéresse à ce qui s'est passé ailleurs, à condition que cela soit fait avec nuance et non en exploitant une sorte de peur populiste.

Dans le cas de la Louisiane, il est clair, selon lui, que le nombre de personnes parlant français est en chute libre. De 500 000 à un million de francophones il y a 50 ans, ils sont aujourd'hui entre 100 000 et 200 000.

Mais il a dit que cela s'est produit après des années où le français a été supprimé et considéré comme une langue étrangère – le contraire de ce que fait le Québec.

Les commentaires de M. Legault, a-t-il ajouté, ne tiennent pas compte du fait que la Louisiane a récemment fait des efforts pour raviver son patrimoine français en adhérant à des organisations internationales francophones, en mettant en place des programmes linguistiques dans les écoles, ainsi que des activités artistiques et culturelles.

« Est-il utile de dénigrer d'autres sociétés et de puiser dans les peurs d'autres cultures? Je ne pense pas que cela aide. »

— Une citation de  Clint Bruce, Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales, Université Sainte-Anne, Nouvelle-Écosse

MM. Bruce et Harvey soulignent tous deux que le raisonnement de Legault n'a rien de nouveau : des exemples de personnalités publiques québécoises invoquant la Louisiane comme symbole du déclin de la langue française remontent aux années 1830, disent-ils.

Tollé dans l’opposition

L'opposition politique au Québec a critiqué les propos de M. Legault mardi. La porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a accusé le premier ministre d'utiliser les immigrants pour détourner l'attention des gens des échecs de son gouvernement sur des questions telles que le logement et les changements climatiques, tandis que la chef libérale Dominique Anglade a déclaré qu'il manquait d'empathie envers les immigrants qui veulent retrouver leurs parents. Pour la chef libérale, Legault « s’est inventé une crise » en immigration.

Selon M. Legault, si le Québec a le droit de sélectionner environ la moitié des 50 000 immigrants qui s'installent dans la province chaque année, le reste est choisi par le gouvernement fédéral. Il a ajouté que les immigrants sélectionnés par le fédéral – réfugiés et personnes du volet de la réunification familiale – sont beaucoup moins susceptibles de parler français à leur arrivée que ceux choisis par le Québec, qui sont principalement des immigrants économiques.

Il a déclaré mercredi que, même si le Québec ne demande pas le contrôle des réfugiés, Ottawa devrait transférer au Québec le pouvoir de sélectionner les immigrants dans le cadre du regroupement familial. Il a ajouté que même quelques milliers d'immigrants par an qui ne parlent pas français ont un impact significatif.

Trudeau dit non

Le premier ministre Justin Trudeau n'a pas attendu longtemps pour lui signifier une fin de non-recevoir. Pas question de concéder un transfert de pouvoirs supplémentaires au Québec, a-t-il dit.

Il est certain qu'un pays doit avoir son mot à dire sur son immigration, a-t-il déclaré à Ottawa mardi, ajoutant que la compétence est partagée avec le Québec pour permettre à la province de prioriser l'immigration francophone.

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