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Les Québécois réduisent peu leur consommation d’essence, malgré le prix

Plan rapproché d'une enseigne de station-service affichant des prix de 205,9 ¢ pour le litre d'essence ordinaire et de 255,9 ¢ pour le litre de diesel.

Le prix du litre d'essence ordinaire dépasse le seuil des 2 $ en moyenne au Québec, selon la Régie de l'énergie.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Vachon

Avez-vous réduit vos déplacements avec votre voiture à essence depuis que le prix à la pompe dépasse les 2 $ le litre? Il semble que les Québécois soient peu enclins à changer leurs habitudes en la matière, selon une récente analyse du ministère des Finances obtenue par Radio-Canada.

En 2008, le ministère avait produit une étude sur l’impact d’une hausse de prix des hydrocarbures sur la demande, mais elle n'a été mise à jour que tout récemment.

Les économistes du gouvernement ont observé sur plus de 20 ans qu’une hausse de 10 % du prix à la pompe entraîne une baisse de 1,2 % de la consommation en moyenne. Cette année, elle a même augmenté avec la forte reprise de l’économie, malgré l’explosion des prix.

Bref, à part maudire la pompe, les automobilistes réagissent peu à une hausse du prix parce que la demande est très inélastique. En microéconomie, l’élasticité-prix est une façon de calculer notre sensibilité à une variation de prix.

Depuis un an, selon la Régie de l'énergie du Québec, le prix de l'essence ordinaire est passé de 1,30 $ le litre à 2 $ le litre en moyenne. C'est une hausse de 54 %, mais, théoriquement, la consommation a diminué pendant ce temps de seulement 6,5 %.

Au-delà de l’incertitude quant à l’offre mondiale de pétrole et à la capacité limitée de raffinage, la demande est tellement inélastique qu’elle permet à l'industrie de maintenir ses prix élevés. Si elle était plus élastique, les prix chuteraient, explique Pierre-Olivier Pineau, professeur et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal.

C'est une élasticité de court terme et, dans le court terme, c'est très difficile pour les gens de s'ajuster, ajoute-t-il. Ils ont choisi un logement et des véhicules, et ils ne peuvent pas changer radicalement leurs moyens de mobilité dans l’immédiat.

« On a souvent l'impression que c'est un mauvais moment à passer et que le répit va arriver par la suite. C'est ce qu'on observe à peu près toujours dans le cycle des prix de l'essence. »

— Une citation de  Pierre-Olivier Pineau, professeur et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal

La flambée des prix ne se traduit d’ailleurs pas par le recours aux transports en commun, au dire même de la Société de transport de Montréal. La hausse doit être de longue durée pour que des effets se fassent ressentir dans le transfert modal, souligne l’organisme.

Une absence de données

Nous avons tenté de connaître les volumes de carburant consommés au Québec dans la dernière année pour avoir une idée plus concrète de l’impact des variations de prix. Mission impossible.

Pierre-Olivier Pineau déplore que ces chiffres ne soient pas divulgués par les gouvernements et les vendeurs d’essence au Canada. Pourtant, ces données seraient très utiles au public alors que la politique énergétique québécoise prévoit une réduction de 40 % des produits pétroliers consommés d’ici 2030.

Un effet marginal sur les finances publiques

Normalement, l'augmentation du prix de l'essence devrait être synonyme d’une hausse de revenus pour l’État.

Or, récemment en entrevue, le ministre des Finances, Eric Girard, nous indiquait que l'effet est somme toute marginal sur les finances du Québec.

La TVQ appliquée sur le prix à la pompe augmente les revenus de l'État, mais il faut comptabiliser la croissance des dépenses en carburant et chauffage pour le gouvernement. Ajoutons que les revenus découlant de la taxe spécifique du Québec sur l’essence, fixe à 19,2 ¢ le litre, diminuent au même rythme que la demande.

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