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Inflation : l’aide offerte par Fredericton n’est pas suffisante, selon les plus démunis

Les personnes seules admissibles recevront une somme de 225 $ et les familles 450 $.

Un chariot de supermarché dans une allée d'épicerie.

Les Néo-Brunswickois ont constaté depuis des mois que l'inflation a un impact sur leur panier d'épicerie (archives).

Photo : getty images/istockphoto / Aleksandr_Vorobev

Fredericton va consacrer 20 millions de dollars pour venir en aide aux Néo-Brunswickois les plus touchés par l'inflation qui frappe depuis plusieurs mois déjà. L'opposition réclamait une intervention du gouvernement depuis plusieurs semaines.

Le gouvernement versera une aide financière directe

Le gouvernement va verser une aide financière unique aux personnes, aux familles et aux aînés à faible revenu.

Les personnes seules, dont les aînés, auront droit à 225 $, les familles auront droit quant à elles à 450 $, en un seul versement. Ces montants seront distribués aux personnes qui reçoivent des prestations du ministère du Développement social.

Selon les évaluations du gouvernement, plus de 75 000 personnes auront droit à cette aide.

Deux enfants traversent la rue dans un quartier pauvre de Saint-Jean au Nouveau-Brunswick.

Seuls les personnes et ménages bénéficiaires de l'aide du Développement social auront droit à une aide pour faire face à l'inflation.

Photo : Radio-Canada

Le gouvernement versera aussi 1 million de dollars aux banques alimentaires de la province, par l'entremise de l'organisme Food Dépôt Alimentaire.

Le premier ministre Blaine Higgs a déjà indiqué que l'aide sera disponible dès ce mois-ci.

L'inflation est plus forte au Nouveau-Brunswick qu'ailleurs au pays. Elle était de 7,6 % le mois dernier, au-dessus de la moyenne canadienne de 6,8 % et tout juste derrière l'Île-du-Prince-Édouard à 8,9 %. Pourtant, le Nouveau-Brunswick est la seule province qui n'avait pas encore annoncé d'aide pour soutenir les ménages à faible revenu.

Une aide bien modeste selon certains

Solange Thébeau devant un comptoir avec des pots en grès.

Solange Thébeau, qui vit d'un revenu de pension, estime que le gouvernement n'en fait pas assez pour aider les personnes dans sa situation.

Photo : Radio-Canada

Solange Thébeau, de Saint-Louis-de-Kent, vit grâce à sa petite pension. Elle trouve que la province n'en fait pas assez pour aider les gens qui vivent avec de très faibles revenus.

Je trouve, 225 [dollars] c'est pas assez, pour le gaz, quand tu vas à Moncton pis que tu t'en reviens, c'est trente dollars que tu mets dans ton char, trente dollars, pi tu vas à la grocerie pis tu magasines pour de quoi, j'ai été à Moncton, ça m'a couté 84 piasses, raconte-t-elle.

Ce 225 $ partira très vite, dit-elle, et il faudra à nouveau faire face à une dure réalité.

« On n'arrache, on ménage! »

— Une citation de  Solange Thébeau

Il y a beaucoup de fruits qu'on achète pas, parce qu'ils sont trop chers, les légumes, je surveille les légumes, on achète des carottes ou des navets, mais c'est pas toute les légumes que j'achète non plus, les pommes sont rendues chères, si j'en achète, j'en achète deux trois, c'est tout, d'habitude on en achetait un sac, mais asteure, c'est juste ça qu'on achète à la fois, explique Solange Thébeau, qui constate qu'il en coûte de plus en plus cher pour se nourrir.

Elle s'inquiète pour ce qui s'en vient, surtout qu'il y a de moins en moins de loyers vraiment abordables pour elle. Le niveau de stress est très élevé, reconnaît cette femme de 75 ans.

Je me couche le soir, pis je pense, j'espère que demain ça va aller mieux, on va aller de même, de jour en jour, pis de mois en mois, je veux dire le mois prochain si je peux payer ma rent, mais c'est OK pour un petit peu, laisse-t-elle tomber.

Fredericton n'aidera pas les travailleurs et la classe moyenne

Le premier ministre Blaine Higgs dit que le gouvernement n'a prévu aucune aide pour les personnes qui travaillent au salaire minimum, ou pour la classe moyenne. Ils ne reçoivent rien dans cette phase particulière, a-t-il confirmé.

Le premier ministre n'exclut toutefois pas la possibilité que plus tard, à l'automne peut-être, cette question soit évaluée à nouveau. Je n'exclus pas une sorte de programme dans ce cas, mais nous n'avons pas la flexibilité dont dispose une province avec des réserves, comme l'Alberta, ou les plus grandes provinces, alors nous essayons de trouver un équilibre, a-t-il expliqué.

Une photo rapprochée de Blaine Higgs.

Blaine Higgs, le premier ministre conservateur du Nouveau-Brunswick, estime que la province n'a pas les moyens d'aider les travailleurs.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Même s'il parle de première phase, Blaine Higgs reconnaît que son gouvernement n'a pas prévu un processus en plusieurs phases. Ce qui est offert est ce qui est annoncé aujourd'hui, a-t-il tenu à préciser.

Ainsi, pas question de réduire la taxe sur l'essence, pour soulager l'ensemble des contribuables avec des prix sans précédent à la pompe. Si nous modifions la taxe sur l'essence, nous obtiendrions 5 cents [de rabais], et plus tard la semaine prochaine, c'est 10 cents le litre [d'augmentation], est-ce que quelqu'un voit une différence en termes de prix ?, s'est-il interrogé.

Le premier ministre a reconnu que l'aide de 20 millions de dollars accordée par son gouvernement sera financée à même la hausse des revenus tirés de la taxe provinciale sur l'essence. Nous sommes bien dans la fourchette des 20, 25, 30 millions [de dollars] , dans ce voisinage, mais nous ne disposons pas d'informations concrètes, a-t-il précisé.

Ce n'est pas assez, croit l'opposition

Roger Melanson devant des drapeaux.

Roger Melanson, chef intérimaire du Parti libéral du Nouveau-Brunswick, demande plus d'aide pour les Néo-Brunswickois.

Photo : Radio-Canada

L'opposition officielle reproche au premier ministre de n'avoir rien prévu pour aider les travailleuses et travailleurs de la province. Je pense qu’il aurait dû davantage aller plus loin pour aider les travailleurs et les travailleuses du Nouveau-Brunswick qui ont de la difficulté, on connaît plein de gens qui font en moyenne une cinquantaine de milles dollars par année et n’ont pas d’aide aujourd’hui avec cette annonce, déplore Roger Melanson, chef intérimaire du Parti libéral du Nouveau-Brunswick.

Les libéraux avaient demandé une aide de 500 $ pour tous les ménages gagnant 25 000 $ ou moins annuellement, ainsi qu'une réduction de la taxe sur l'essence. Les autres provinces ont appliqué une réduction de la taxe provinciale sur l’essence, pourquoi le Nouveau-Brunswick ne le fait pas, se demande Roger Melanson.

Les verts auraient souhaité une aide mensuelle

Le versement d'une aide unique, comme prévoit le faire le gouvernement provincial, n'est pas suffisant pour venir en aide aux personnes qui devront faire face à l'augmentation des prix de façon permanente, selon le chef du Parti vert, David Coon.

David Coon donne une conférence de presse.

Le chef du Parti vert du Nouveau-Brunswick, David Coon, soutient que le gouvernement devrait prévoir une aide mensuelle, et non seulement une aide ponctuelle.

Photo : CBC/Joe McDonald

C’est pas suffisant, pas du tout, c’est juste une fois seulement, pourquoi une fois seulement? Pas de raison. C’est important, très important de s’assurer que les personnes avec des revenus faibles vont recevoir plus d’argent chaque mois, lance-t-il.

David Coon suggère plutôt une aide, par exemple, de 100 $ par mois, plutôt qu'un unique chèque au mois de juin. Il invite aussi le gouvernement à devancer l'augmentation du salaire minimum, prévue en octobre. Selon le chef des verts, les citoyens ont besoin d'un revenu supplémentaire immédiatement.

Le Front commun pour la justice sociale estime que c'est trop peu

Janelle LeBlanc, coordonnatrice provinciale pour le Front commun pour la justice sociale du Nouveau-Brunswick, croit que le gouvernement aurait dû en faire davantage pour aider toutes celles et tous ceux qui en ont besoin.

Ce sont des mesures qui sont nécessaires pour les personnes clientes actuelles du ministère du Développement social, sauf que les mesures ne vont pas assez loin, les mesures excluent plusieurs personnes qui vivent en situation de pauvreté, surtout les travailleuses et les travailleurs à faible revenu, déplore-t-elle.

Si le fait de recevoir un paiement unique va aider, temporairement, cela est loin d'être une véritable solution au problème, selon le Front commun. Le 250 $ va pas aller tellement loin, c'est un paiement unique, et là je parle juste des individus, on le sait que ça couvre pas le logement, le prix du loyer, ça couvre pas le panier d'épicerie, ça couvre pas les factures d'électricité, remarque Janelle LeBlanc.

Janelle LeBlanc assise, avec un mur derrière.

Janelle LeBlanc, la coordonnatrice provinciale du Front commun pour la justice sociale du Nouveau-Brunswick, estime que l'aide du gouvernement est un bon premier pas, mais tout de même loin de répondre aux besoins.

Photo : Radio-Canada

Le Front commun demande, entre autres, l'augmentation du salaire minimum à 20 $ de l'heure, l'augmentation du taux de base de l'aide sociale, et le développement d'un transport en commun rural.

Janelle LeBlanc dit que depuis l'augmentation des prix de l'essence et des denrées de première nécessité, plusieurs personnes vivant avec un faible revenu peinent à se nourrir et à se loger. On entend que les personnes achètent de moins en moins de légumes, ils achètent plus des boîtes et des conserves, parce que c'est moins cher, donc ces personnes-là vivent peut-être moins bien en santé, parce que c'est ça que c'est la pauvreté aussi, souligne-t-elle.

Le SCFP dénonce l'absence d'aide pour les travailleurs à faible revenu

Plusieurs des membres du Syndicat canadien de la fonction publique, au Nouveau-Brunswick, arrivent à peine à joindre les deux bouts. Selon Simon Ouellette, responsable des communications, certains ne gagnent que de 16 à 17 dollars de l'heure.

Pour quelqu’un qui paye maintenant presque le double de ce que l’essence coûtait il y a un an, un an et demi, je peux vous dire que pour nos membres qui sont en région rurale, ça fait très mal, il n’y a pas l’option d’aller chercher du transport en commun parce qu’il n’y a tout simplement pas de transport public, déplore-t-il.

Simon Ouellette, porte-parole du SCFP-NB.

Simon Ouellette déplore le manque d'aide aux travailleuses et travailleurs à faible revenu.

Photo : Radio-Canada

Simon Ouellette n'accepte pas l'explication du premier ministre, qui assurait que la province n'a pas les moyens, comme l'Alberta par exemple, d'offrir davantage d'aide. Selon nous, la province a les moyens, on a qu’à penser aux coupures d’impôt foncier qu’ils ont donné aux grandes entreprises, au secteur industriel, ça c’était dans le budget qui était annoncé, la fameuse double taxe, qui était simplement une taxe pour les proprios a été abolie de 50 % pour être abolie à 100 % dans l’année qui vient, tout ça, cet argent-là, ça devrait être envoyé aux gens qui en ont le plus besoin, soutient le syndicaliste.

La situation actuelle, selon le SCFP, est plus difficile pour les personnes à faible revenu, à cause d'une détérioration graduelle du filet social dans la province. On a une économie qui est basée sur des bas salaires, et là, parce qu’on a des gouvernements qui n’ont pas investi dans le transport public, qui n’ont pas investi dans le logement social, qui ont été négligents par rapport au filet social pendant les dix, quinze dernières années, et bien là ça vient nous rattraper d’une claque comme ça, quand on a une augmentation dramatique de l’inflation, note-t-il.

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