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Ottawa—Vanier : malgré la reprise, plusieurs défis attendent les petites entreprises

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Une boutique fermée

Photo : iStock / FG Trade

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En se levant de son lit, vendredi matin, la restauratrice Donna Chevrier n’avait qu’une seule envie : fermer les portes de son commerce. Après deux ans de pandémie, un convoi de camionneurs et plus récemment un derecho, le cœur n’y est plus et tristement… les finances non plus.

J’ai au moins 100 000 $ de dettes, évalue la femme d’affaires qui est à la tête du restaurant Ola Cocina Taquerria, situé sur la rue Barrette, dans le secteur de Vanier. À ce point-ci, je ne sais pas comment je vais faire pour rembourser tout ça.

« Ça fait 40 ans que je suis dans la restauration. La fin s'en vient, je sens que ça se rapproche. »

— Une citation de  Donna Chevrier, propriétaire, Ola Cocina Taquerria

Depuis mars 2020, les clients ne sont plus au rendez-vous, raconte Donna Chevrier, découragée. Avant la COVID-19, son restaurant pouvait générer des dizaines de milliers de dollars par semaine. Aujourd’hui, elle s’estime chanceuse de pouvoir payer les dépenses courantes.

Ça fait deux ans que je n’ai plus de salaire, se plaint-elle. J'ai emprunté de l’argent de ma mère pour vivre. Je travaille juste pour payer le loyer — en hausse de 37 % — et les employés.

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Donna Chevrier, propriétaire du restaurant Ola Cocina Taqueria à Vanier.

Photo : Radio-Canada / Matthew Kupfer

Comme bien d’autres petites entreprises en difficulté à cause de la pandémie, la restauratrice a eu droit elle aussi à une aide financière de 40 000 $ du gouvernement de l’Ontario. Il s’agit toutefois d’un prêt qui doit être remboursé avant le 31 décembre 2022.

Interrogée sur cette aide financière, Donna Chevrier lâche un énorme juron.

Je ne suis même pas capable de me payer un salaire de 40 000 $, alors imaginez…, raille-t-elle amèrement. Les subventions m’ont aidé, définitivement, mais là il faut commencer à rembourser, alors que l’économie n’est même pas retournée.

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L'un des copropriétaires de la pâtisserie Quelque chose, située sur le chemin Montréal, dans le quartier Vanier.

Photo : CBC

Dans la partie plus au sud de la circonscription, sur le chemin Montréal, un autre commerce peine à retrouver sa clientèle de l’avant-pandémie.

David Seba, copropriétaire de la pâtisserie Quelque chose, soutient lui aussi que les affaires tournent à un rythme plus lent. Lui et sa partenaire d’affaires ont dû réinventer leur façon de faire pour se garder la tête hors de l’eau.

Malgré leurs efforts, ils n'ont pas retrouvé leur achalandage habituel, explique-t-il. Il y a des clients qui ont encore peur de la pandémie et ne sortent plus. Si c’est trop rempli dans notre magasin, certains quittent et n’achètent pas.

Pendant que les clients n’achètent pas, les factures s'accumulent. Lui et sa partenaire ont aussi eu recours aux subventions du gouvernement pendant la pandémie. Je suis reconnaissant d’y avoir eu droit, dit-il, mais c’est de l’argent que nous devons maintenant rembourser.

Une tempête parfaite

À Ottawa, il y a eu une tempête parfaite : la pandémie, la fermeture à cause de l’occupation de six semaines et les orages violents, remarque Nathalie Carrier, directrice générale de la zone d’amélioration commerciale (ZAC) de Vanier.

Une entreprise qui a navigué dans cette tempête-là de deux ans a accumulé énormément de dettes, en contractant des prêts d’urgence ou en réhypothéquant une maison, par exemple, pour compenser les pertes de revenus.

« Ces entreprises ont reçu un coup de pied l’un après l’autre. À un moment donné, ce n’est pas facile. »

— Une citation de  Nathalie Carrier, directrice générale, ZAC de Vanier

Pour rembourser leurs dettes, les entreprises doivent renouer avec les bénéfices, mais la pandémie a engendré un autre effet pervers, explique Mme Carrier. Le plus grand enjeu auquel elles font face, présentement, c'est l'attraction et la rétention de la main-d'œuvre.

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Nathalie Carrier est directrice générale de la zone d'amélioration commerciale (ZAC) de Vanier.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

C’est particulièrement criant dans l’industrie de la restauration, où des centaines de travailleurs qui ont perdu leur emploi lors de la pandémie ne sont pas revenus lorsque les restaurants ont repris leurs activités.

C’est fou, acquiescent David Seba et Donna Chevrier : recruter de nouveaux employés est un gros casse-tête en ce moment.

Quand on les trouve, ils veulent être payés plus que le salaire minimum, même s’ils n’ont aucune expérience. Ceux qui ont un petit peu d’expérience demandent des salaires bien trop élevés, explique Seba. J’aurais aimé payer mes employés plus cher, et leur offrir toutes sortes d'avantages sociaux, mais nous ne sommes qu'une petite entreprise.

« Dernièrement, c’est presque impossible d’engager quelqu’un au salaire minimum. »

— Une citation de  David Seba, copropriétaire et exploitant des pâtisseries Quelque chose

Le coût de la vie, qui a augmenté d'entre 4 et 7 % en 2021, serait en partie responsable de cette situation, croit la directrice générale de la ZAC de Vanier.

Les gens ne veulent pas accepter un job qui paie 15 $ de l’heure parce qu’ils ne peuvent pas vivre sur un salaire comme ça. En même temps, les petites et moyennes entreprises ont besoin de gens qui acceptent de travailler sur ce salaire-là [pour rentabiliser leur commerce].

Que proposent les partis?

La candidate du Parti libéral de l’Ontario (PLO) dans Ottawa—Vanier, Lucille Collard, croit que la reprise économique dans sa circonscription dépendra de l’aide apportée aux entreprises et de l’augmentation du pouvoir d’achat du consommateur.

Pour les petites entreprises, son parti propose d’éliminer les frais d’incorporation, de supprimer les impôts de société des commerces touchés par la pandémie pour une période de deux ans et de consentir davantage de prêts aux commerçants.

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La candidate libérale dans Ottawa-Vanier, Lucille Collard

Photo : Radio-Canada

Le PLO fait aussi le pari qu’en mettant plus d’argent dans les poches des Ontariens, ces derniers seront davantage portés à dépenser dans les commerces.

C’est la raison pour laquelle le parti propose de réduire le coût du transport en commun à 1 $ jusqu’à janvier 2024, de réduire la taxe sur l’essence, d’augmenter le salaire minimum à 16 $ l’heure et de rétablir le contrôle des loyers.

« [La solution passe par] une combinaison de mesures, parce qu’il n’y a pas qu'une seule solution miracle. »

— Une citation de  Lucille Collard, candidate libérale, Ottawa—Vanier

Le Parti progressiste-conservateur propose, à quelques différences près, des mesures similaires pour redonner un certain pouvoir d’achat aux consommateurs : augmentation du salaire minimum à 15,50 $ l’heure, réduction de la taxe sur l'essence de 5,7 cents le litre, fin des frais annuels pour le renouvellement des vignettes d'immatriculation, etc.

Mais en ce qui concerne la relance des petites entreprises, le Parti est avare de commentaires. Le candidat dans Ottawa-Vanier, Patrick Mayangi, n’a pas eu la permission de son parti pour en discuter avec Radio-Canada.

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Patrick Mayangi, candidat du Parti progressiste-conservateur dans la circonscription d'Ottawa-Vanier

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Le Nouveau Parti démocratique promet de créer un fonds d'urgence COVID pour les entreprises, d'offrir un plus grand accès à l’assurance commerciale, de revoir la Loi sur la location commerciale, en plus de proposer d'augmenter le salaire minimum jusqu'à 20 $ l'heure en 2026 et de prolonger le crédit d'impôt pour des vacances en Ontario de deux ans. La candidate Lyra Evans n’a toutefois pas répondu à nos demandes d’information.

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Lyra Evans est la candidate du Nouveau Parti démocratique de l'Ontario dans la circonscription d'Ottawa—Vanier.

Photo : Nouveau Parti démocratique de l'Ontario

Le Parti vert de l'Ontario propose des mesures pour appuyer les petites entreprises, mais le candidat dans la circonscription d’Ottawa—Vanier, Christian Proulx, était incapable d’indiquer celles qui pourraient directement aider les commerçants de sa circonscription touchés par la pandémie.

Il reconnaît toutefois le besoin de les appuyer en mettant au point un plan préventif à long terme. Ce pour quoi il promet de militer, une fois élu. On pourrait avoir d’autres interruptions dans le futur, donc il faut regarder à long terme.

Peut-être la fin...

De retour sur la rue Barrette, Donna Chevrier est sur le point de craquer sous la pression.

Au mois d'août, j'ai appelé la ligne d’aide. Je n'ai jamais fait ça de ma vie, mais là je n’en pouvais plus, s’est-elle confié. Je suis stressée, parce que l’Agence du revenu du Canada appelle. Je ne dors pas.

La femme d’affaires rumine sans cesse son projet de fermeture. Elle attend la fin de l’été pour prendre une décision.

Elle a toutefois peu d'espoir de garder les portes de son commerce ouvertes.

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