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Phénomène météo extrême : faut-il craindre une hausse des primes d’assurance habitation?

Illustration des logos des villes d'Ottawa et de Gatineau sous un parapluie lors d'une tempête.

La fréquence et l’intensité des épisodes de fortes précipitations, en hausse depuis plusieurs années, augmentent les risques d’inondations dans la région de la capitale nationale.

Photo : Radio-Canada / Simon Blais

La fréquence et l’intensité des épisodes de fortes précipitations, en hausse depuis plusieurs années, augmentent les risques d’inondations dans la région de la capitale nationale. Cette tendance pourrait encore s’accroître, notamment en raison des changements climatiques, et engendrer une hausse des primes d’assurance pour les citoyens.

Ça se produit depuis plusieurs décennies. Non seulement on en a plus [d’événements de précipitations extrêmes], mais à chaque fois que ça se produit, il y a plus de pluie également. C’est un double facteur qui fait que, quand on en a, ça va vraiment mal, explique la professeure au Département des sciences naturelles de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), Audrey Maheu.

Quant aux tornades et aux derechos – dont la région a été victime le 21 mai dernier –, il est difficile de prévoir si de tels phénomènes seront plus fréquents à l’avenir. Les données s’avèrent moins précises pour ces événements à forts vents.

Entre 1950 et 1970, il n’y avait pas de réseaux sociaux, de radars, de chasseurs de tornades. Il y a plus de personnes, aujourd’hui, avec des caméras, qui vont capter ces phénomènes [NDLR : ce qui contribue à donner l’impression qu’il y en a davantage]. Alors est-ce qu’il y en a plus que dans le passé? Fondamentalement, on ne sait pas, explique le météorologue chez Environnement Canada, Peter Kimbell.

Le Projet sur les tornades du Nord a par ailleurs été créé en 2017 pour recenser et documenter spécifiquement ce type de tempêtes au pays. L’année dernière, 60 des 99 tornades qui ont frappé le Canada ont eu lieu en Ontario, principalement dans le sud de la province.

« Au Canada, on avait toujours dit qu'on observait 70 à 80 tornades par année, comparativement aux États-Unis, qui en rapportent 1000. Mais on découvre qu’il y en a beaucoup plus qu’on pensait. »

— Une citation de  Peter Kimbell, météorologue chez Environnement Canada
Le météorologue Peter Kimbell en entrevue à Radio-Canada dans son bureau.

Peter Kimbell, météorologue à Environnement Canada

Photo : Radio-Canada / Jacques Corriveau

Un impact potentiel sur les primes d’assurance

Une augmentation du nombre d’épisodes de précipitations extrêmes – et, par conséquent, des inondations – et d’autres phénomènes météorologiques violents pourraient entraîner une hausse des primes d’assurance habitation.

Chez les compagnies d’assurances de dommages, le coût annuel des sinistres reliés aux catastrophes naturelles au pays s’élève, depuis 10 ans, à plus d’un milliard de dollars. Or, au cours des cinq dernières années, la moyenne a grimpé à 2,2 milliards de dollars, selon les chiffres du Bureau d’assurance du Canada (BAC).

Avant les années 2000, à part la crise du verglas [de 1998], dont on se souvient bien, on parlait plutôt de quelques centaines de millions de dollars chaque année. Donc, c’est une tendance qu’on voit à la hausse et qui continue d’augmenter, souligne le directeur des communications et des affaires publiques du BAC, Pierre Babinsky.

« Si l'ensemble des assureurs paye plusieurs milliards de dollars par année en réclamations dues aux catastrophes naturelles, eux doivent ajuster leurs primes pour être certains de collecter assez [d’argent] dans l'année pour payer les sinistres qu'ils pensent avoir à payer pour les 12 prochains mois. »

— Une citation de  Pierre Babinsky, directeur des communications et des affaires publiques du BAC
Pierre Babinsky.

Pierre Babinsky, directeur des communications au Bureau de l'assurance du Canada

Photo : Radio-Canada

Plusieurs autres facteurs jouent toutefois un rôle dans le coût des primes d’assurances, comme l’inflation, le coût de la main-d'œuvre et des matériaux de construction ainsi que la valeur d’une maison.

Rendre les communautés plus résilientes

Il faut s'adapter dès maintenant à cette nouvelle réalité et rendre nos communautés plus résilientes : sortir ces résidences des zones inondées, mettre en place des mesures d'atténuation des risques d'inondations, mettre à jour nos infrastructures municipales, énumère M. Babinsky.

« Il y a beaucoup de travail à faire pour que nos infrastructures d'égouts [et] de collecte de pluie soient en mesure d’absorber ces nouvelles quantités d’eau qu’on voit se déverser sur nos régions, année après année. »

— Une citation de  Pierre Babinsky, directeur des communications et des affaires publiques du BAC
Route et berges d'une rivière engloutie en raison d'inondations.

La rivière Gatineau a débordé au printemps 2017.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le BAC travaille avec le gouvernement fédéral sur la mise en place d’un programme temporaire qui permettrait aux résidences, même situées en zones inondables, d’avoir accès à une protection d’assurance, en attendant qu’on soit en mesure de rendre nos communautés résilientes.

Pour l’instant, certains assureurs refusent de couvrir les propriétaires habitant dans des zones à risque d’inondations. Si on est sur le bord d'un cours d'eau qui inonde chaque année, l'assureur ne donnera pas une protection pour un risque "soudain et inattendu" quand on sait avec certitude que c'est récurrent chaque année, ajoute Pierre Babinsky.

L’industrie d’assurances de dommages s’adapte à tous les changements qu’on vit, fait-il valoir.

Réduire les effets des changements climatiques

Pour combattre le mal à la racine, l’une des solutions réside dans le ralentissement du réchauffement climatique, estime pour sa part la professeure au Département des sciences naturelles de l’UQO, Audrey Maheu.

« Pour chaque degré d’augmentation de la température à l’échelle globale, on s’attend à ce que les événements de fortes précipitations augmentent de 7 %. »

— Une citation de  Audrey Maheu, professeure au Département des sciences naturelles de l’UQO

Le sixième rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), publié en avril dernier, détaille entre autres les actions à poser pour limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 °C d’ici 2050.

Parmi les solutions avancées, une baisse radicale de la consommation et de la production des énergies fossiles serait entre autres essentielle pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Si on est capable de limiter notre réchauffement climatique, on limite aussi la propension à ces événements extrêmes. Le futur n’est pas si noir. Il est entre nos mains, conclut Mme Maheu.

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