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Le ministère de l’Environnement défend ses études sur l’incinérateur

L'incinérateur, au loin, au travers des feuilles vertes

Le ministère de l'Environnement ne juge pas nécessaire de produire de nouvelles études sur l'incinérateur. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Le ministère de l'Environnement maintient que l'incinérateur de Québec n'est pas une source significative de détérioration de la qualité de l'air et défend ses trois études produites depuis 2011.

Début mai, le chimiste et résident de Limoilou Patrick Ferland rendait public un travail bénévole de plus de deux ans. Selon son rapport de 66 pages (Nouvelle fenêtre), des lacunes méthodologiques se sont glissées dans les trois études du ministère de l'Environnement produites en 2011, 2015 et 2018.

Il y déplore des biais de sélection qui entraînent une sous-estimation des concentrations de polluants, une caractérisation insuffisante [...] de la dispersion atmosphérique des contaminants ainsi que la faible représentativité spatiale et temporelle des échantillonnages.

Il recommandait donc à Québec de créer une nouvelle méthodologie d’échantillonnage de l’air ambiant afin qu'elle soit plus exhaustive [et] qu’elle prenne en compte les meilleures pratiques en matière de représentativité de l’échantillonnage.

Ces mêmes lacunes avaient été relevées trois ans plus tôt par un ancien employé de la Direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale.

Québec refuse et s'explique

Avare de commentaires depuis un mois sur le rapport Ferland, le ministère de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) a finalement accepté d'y répondre publiquement.

Selon le gouvernement, les travaux réalisés au cours des quinze dernières années offrent un éclairage suffisant et permettent de tirer des conclusions appropriées.

Les études réalisées par le MELCC se complètent et, prises ensemble, sont suffisantes pour montrer que l’incinérateur de la ville de Québec n’a pas un impact significatif sur la qualité de l’air dans les secteurs de la Basse-Ville de Québec, écrit une porte-parole dans un courriel envoyé à Radio-Canada.

« En conséquence, produire de nouvelles études qui viseraient spécifiquement l’impact sur la qualité de l’air de l’incinérateur n’apparaît pas justifié. »

— Une citation de  Caroline Cloutier, porte-parole, ministère de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

Dans son rapport, Patrick Ferland critique notamment le fait que des contaminants émis par l'incinérateur n'ont pas été comptabilisés dans les deux stations temporaires installées entre 2010 et 2012 dans le but de récolter les données nécessaires aux travaux ministériels.

Un homme parle à l'extérieur devant des cheminées industrielles.

De façon bénévole, Patrick Ferland a passé les deux dernières années à mettre à l'épreuve la méthodologie des études du ministère de l'Environnement. (Archives)

Photo : Radio-Canada

L'oxyde d'azote, le dioxyde de soufre, le mercure et les particules fines PM 2,5 n'étaient en effet pas captés aux stations De Vitré (Maizerets) et de Beaujeau (Vieux-Limoilou).

Québec défend cette décision par des contraintes techniques. Contrairement aux appareils de mesure pour d'autres contaminants, les analyseurs requis [pour ces polluants] sont plus complexes et sensibles et requièrent notamment l’installation d’une maisonnette chauffée et climatisée, explique le ministère.

Les possibilités, dit-on, étaient ainsi limitées. L’installation d’analyseurs permettant la mesure des gaz aux stations temporaires représentait donc des contraintes techniques trop importantes, d’autant plus que le programme d’échantillonnage prévoyait que ces stations soient temporaires.

Données suffisantes

Patrick Ferland déplore dans son rapport qu'en l'absence de mesures de l'oxyde d'azote et du dioxyde de soufre aux stations temporaires, le ministère s'est rabattu sur sa station permanente de la rue de Sables, appelée Québec–Vieux-Limoilou, pour tirer des conclusions sur l'impact de l'incinérateur. Cette station est moins susceptible d'être affectée par les fumées de l'incinérateur, n'étant pas dans la trajectoire des vents dominants.

Le MELCC maintient tout de même que sa méthodologie est adéquate. La station permanente, dit-il, mesure en continu les niveaux d'oxyde d'azote, de dioxyde d'azote et des particules fines PM 2,5. Si des dépassements étaient occasionnés par l'incinérateur, Québec juge qu'il aurait pu le détecter grâce à ces lectures.

Un bâtiment industriel à la pénombre rejette des fumées blanches.

L'incinérateur de Québec brûle près de 700 000 tonnes de déchets par année. (Archives)

Photo : Radio-Canada / David Remillard

Même si la station Québec–Vieux-Limoilou est moins exposée aux émissions de l’incinérateur, si l’incinérateur avait un impact significatif sur la concentration ambiante de ces gaz [et particules], des concentrations élevées auraient été mesurées lorsque les vents soufflent vers la station Québec–Vieux-Limoilou, ce qui n’a pas été observé, écrit le ministère dans son courriel.

Quant au mercure spécifiquement, le contaminant n’a pas été retenu pour le programme d’échantillonnage puisque la mesure de ce paramètre n’est pas réalisée de façon routinière par le MELCC et nécessite des équipements et des analyses particulières.

La mesure des dioxines et furannes a été privilégiée puisque ce contaminant représentait une préoccupation, que sa norme est également annuelle, et qu’elle est beaucoup plus basse.

Pas assez de stations?

Le rapport Ferland dénonce également que trop peu de stations temporaires ont été installées dans le cadre des études du ministère. À nouveau, le MELCC justifie d'emblée sa décision par des contraintes logistiques.

Dans ce contexte, les emplacements retenus pour les stations Beaujeu et De Vitré sont très près des emplacements visés et représentaient les meilleures options disponibles, dit-on au ministère.

Une modélisation des vents et des panaches de fumée de l'incinérateur.

La station permanente de la rue des Sables est représentée par le carré noir, dans le bas de la modélisation. Les colorations représentent les panaches de fumée de l'incinérateur selon les vents dominants.

Photo : Capture d'écran/Rapport de Patrick Ferland

Selon le gouvernement Legault, les emplacements ont été choisis en fonction des vents dominants, selon les axes Est–Nord-Est et Ouest Sud–Ouest.

Ainsi, il suffit de placer une station dans les deux secteurs, comme cela a été fait, et de prendre suffisamment d’échantillons pour pouvoir déterminer si la source a un impact important ou non pour les contaminants mesurés. Installer plus de stations aurait sans doute fourni de l’information redondante, plaide Québec.

Patrick Ferland aurait pour sa part privilégié l'installation de stations à différentes distances de l'incinérateur afin de mesurer les concentrations de contaminants selon une approche graduelle.

Expertise interne

La semaine dernière, le député solidaire de Jean-Lesage, Sol Zanetti, critiquait le fait que le gouvernement ne semblait pas avoir soumis ses études à une révision indépendante. Cette révision par les pairs, disait-il, n'a visiblement jamais eu lieu.

Or, le gouvernement soutient que ses trois études ont été révisées à l'interne par plusieurs scientifiques du MELCC, notamment chimiste, physicien, météorologue et statisticien. Ces experts, dit-on, cumulent des dizaines d’années d’expérience en modélisation de la dispersion atmosphérique, en suivi de la qualité de l’atmosphère et en analyse de données d’échantillonnage des contaminants atmosphériques.

Québec estime donc qu'il dispose de toute l’expertise nécessaire à l’interne. La semaine dernière, le ministre Benoit Charette s'en est remis aux experts de son ministère pour expliquer sa décision de ne pas commander de nouveaux travaux spécifiques au sujet de l'incinérateur de Québec.

La Direction nationale de santé publique a néanmoins déclaré la semaine dernière qu'elle évaluera le rapport de Patrick Ferland dans le cadre de ses travaux de vigie de la qualité de l'air.

Le ministre de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, en conférence de presse, le 28 avril 2022.

Le ministre de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, dit se fier aux experts de son organisation et n'ordonnera pas de nouvelles études. (Archives)

Photo : Radio-Canada

Évalué par la Santé publique

Le cabinet du ministre Charette s'en remet également au comité indépendant formé pour évaluer la qualité de l'air en Basse-Ville de Québec. Ce comité doit remettre un rapport quelque part en décembre prochain, après les élections de l'automne.

Le MELCC doit aussi installer une nouvelle station de surveillance des contaminants atmosphériques. L'emplacement n'a pas encore été déterminé. Le Ministère poursuit ses efforts de surveillance de la qualité de l’air dans les secteurs de la Basse-Ville de Québec, assure le gouvernement.

En parallèle, la Direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale a lancé son étude Mon environnement, ma santé, dont des résultats préliminaires ont été présentés récemment.

À noter toutefois qu'aucune de ces initiatives ne traite spécifiquement de l'incinérateur. Pour les autorités, le cumul des sources de pollution est le véritable problème à évaluer dans Limoilou et les autres quartiers de la Basse-Ville.

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