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Environnement : le G7 entre optimisme et pragmatisme, selon Steven Guilbeault

Steven Guilbeault a participé à sa première rencontre du G7 en tant que ministre de l'Environnement et du Changement climatique, lui qui les observait jadis en tant que militant écologiste.

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Steven Guilbeault a souligné la «grande parenté de valeurs» le liant à ses homologues allemands du parti Alliance 90/Les Verts, les ministres Robert Habeck (à droite) et Steffi Lemke (à gauche).

Photo : AFP / Pool

James-Patrick Cannon

Contrairement aux prédictions de certains analystes, la guerre en Ukraine n’a « pas du tout » fait reculer les objectifs climatiques des grandes économies mondiales, affirme le ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, joint à Berlin à l’issue d’une rencontre avec ses homologues du Groupe des Sept (G7).

Il y a un sentiment que, si l'on ne se soutient pas les uns les autres entre pays démocratiques, les chances qu’on puisse s’en sortir à l’échelle de la planète sont très minces, observe le militant devenu politicien.

Au terme de cette réunion, les ministres se sont notamment engagésà décarboniser leurs réseaux électriques d’ici 2035 et à éliminer progressivement le financement international des projets de combustibles fossiles d’ici la fin 2022.

Il convient toutefois que le conflit amène les pays les plus industrialisés à faire des choix pragmatiques, du moins à court terme.

La question du gaz naturel

À ce titre, il aborde le besoin d’aider les pays européens à s’affranchir de leur dépendance au gaz naturel russe, un objectif qualifié d’urgent dans le communiqué final du G7. Le document appelle à l’augmentation des exportations de gaz naturel liquéfié pour compenser les perturbations de l’approvisionnement de gaz sur le marché européen.

Dans un communiqué, le ministre canadien des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson, a confirmé que le Canada a la capacité d’aider l’Europe en augmentant ses exportations de pétrole et de gaz d’environ 300 000 barils par jour (200 000 barils de pétrole par jour et 100 000 barils d'équivalents pétrole par jour de gaz naturel).

Steven Guilbeault tient à préciser que ce n’est pas chose faite, et qu’une éventuelle augmentation des exportations canadiennes ne viendrait pas augmenter la production mondiale de gaz naturel, mais plutôt remplacer l’approvisionnement en gaz russe. D’un point de vue climatique, on ne changerait donc rien, affirme-t-il, soulignant l’empreinte carbone plus faible du gaz canadien.

Il insiste également sur l’aspect temporaire d’une telle initiative. C’est très clair, tant pour nous que pour l’Allemagne, qu’il s’agit d’une solution à court terme, affirme le ministre.

L’exemple allemand est éloquent, car la première puissance économique d’Europe dépend du marché russe pour la moitié de ses besoins en gaz naturel.

Or, l’Allemagne ne veut pas seulement se débarrasser de sa dépendance au gaz russe; elle veut se débarrasser de sa dépendance aux combustibles fossiles, point, affirme le ministre canadien de l’Environnement.

Ce dernier note en guise de preuve la présence de trois ministres allemands à la rencontre du G7, issus du parti écologiste Alliance 90/Les Verts, membre de la coalition au pouvoir dirigée par Olaf Scholz.

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Le ministre allemand de l'Économie et de la Protection du climat, Robert Habeck, copréside le parti Alliance 90/Les Verts.

Photo : AFP / JOHN MACDOUGALL

Citant une conversation avec l’un de ces ministres, l’élu libéral dit, avec une pointe d'humour : Ni lui ni moi sommes des amateurs de gaz naturel liquéfié.

Or, la recherche de solutions alternatives immédiates au gaz russe en Allemagne est le genre de choix auquel tous les pays sont confrontés, note le ministre.

« Je n'aime pas le gaz naturel. Mais est-ce qu’on va dire non à l’Europe ou à l’Allemagne, alors qu’ils ne sont pas sûrs d'avoir assez de gaz pour se chauffer et faire fonctionner leurs entreprises l’hiver prochain? »

— Une citation de  Steven Guilbeault, ministre de l'Environnement et du Changement climatique

Je pense qu’on est capables de prendre des décisions pragmatiques à court terme, affirme Steven Guilbeault, tout en respectant nos engagements à moyen et long terme en matière de lutte contre les changements climatiques.

Selon lui, c'est ce que le Canada ferait en exportant davantage de gaz naturel à ses alliés européens.

Pour venir en aide aux marchés européens, le Canada devrait se doter d’un terminal d’exportation sur sa côte Atlantique. Le ministre Wilkinson affirme qu’il serait possible d’y arriver à l’intérieur de trois ans en convertissant des infrastructures existantes, notamment au Nouveau-Brunswick.

À moyen terme, ces installations seraient converties de manière à produire de l’hydrogène, explique pour sa part Steven Guilbeault, notant que cette source d’énergie peut contribuer à réduire notre dépendance aux combustibles fossiles.

Un choix controversé

C’est ce même pragmatisme qui a guidé la décision du ministre d'approuver le projet pétrolier Bay du Nord, au large de Terre-Neuve, bien qu'il ait balayé de la main l'idée du pétrole comme une énergie de transition.

Des environnementalistes ont critiqué cette décision comme étant incompatible avec les recommandations du dernier rapport du GIEC, qui appelle à une réduction substantielle de la production d’énergies fossiles.

Le ministre avait lui-même qualifié cette décision de difficile, une situation qui arrive lorsqu'on prend en compte les intérêts de l'ensemble de la population.

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L'entreprise pétrolière norvégienne Equinor et Cenovus Energy estiment que le gisement pourrait permettre de produire au moins 300 millions de barils de brut sur 30 ans.

Photo : Equinor

Interrogé à savoir si ces critiques avaient trouvé écho au G7, le ministre a répondu à la négative, tout en défendant son choix.

Il rappelle que le jour où il a donné son feu vert au projet Bay du Nord, il a confirmé au plus grand producteur de sables bitumineux au pays, Suncor, qu’elle devait retourner faire ses devoirs pour le projet d’expansion de sa mine Base, située près de Fort McMurray.

L'entreprise albertaine avait demandé plus de temps avant de soumettre une étude d’impact environnemental pour ce projet, plus énergivore que celui qui doit voir le jour au large de Terre-Neuve.

Le gouvernement a approuvé cette demande de délai, notant que dans sa forme actuelle, le projet ne respectait pas les objectifs de réduction de carbone du gouvernement.

Entre deux projets qui auraient des impacts, j’ai choisi celui qui en avait le moins, dit le ministre.

Prochain arrêt : Stockholm

Après Berlin, Steven Guilbeault doit maintenant se rendre à Stockholm, en Suède. Le Canada sera l’hôte de la réunion ministérielle sur l’action climatique (MOCA 6), un événement qui est présidé conjointement avec la Chine et l’Union européenne et qui se déroulera les 30 et 31 mai. Des représentants de 30 pays seront sur place pour discuter de la mise en œuvre de l’Accord de Paris, notamment de systèmes de tarification de carbone.

Le ministre Guilbeault coprésidera ensuite un autre événement, Stockholm + 50, qui soulignera le 50e anniversaire de la Conférence des Nations unies sur l'environnement humain de 1972 (Nouvelle fenêtre). Ce premier Sommet de la Terre avait fait de l'environnement une question mondiale urgente pour la première fois et donné lieu à une multitude de nouveaux accords sur la protection de l’environnement.

L’ancien militant s’inspire de cet exemple. Il dit ne pas voir de solution de rechange au multilatéralisme, qui implique nécessairement encore plus de compromis qu’à l’intérieur d’un seul pays.

Plus il y a de monde autour de la table, plus c’est compliqué, convient-il. Je pense que nous sommes condamnés à trouver des solutions qui seront toujours imparfaites. Certains voudront plus, d’autres moins. J’accepte et j’embrasse cette réalité-là.

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