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L’ONU défend sa visite controversée en Chine

Michelle Bachelet prononce un discours.

L'organisation de défense des droits de la personne Amnistie internationale a déploré le fait que Mme Bachelet soit tombée dans une « très prévisible manoeuvre de propagande du gouvernement chinois ».

Photo : afp via getty images / FABRICE COFFRINI

Radio-Canada

La haute-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU a condamné, samedi en Chine, les mesures « arbitraires » visant les musulmans du Xinjiang. Ses propos ont toutefois été jugés trop cléments par les militants et par les organisations de défense des Ouïgours.

Lors d'une conférence de presse en ligne organisée à la fin de son séjour au pays, Michelle Bachelet a rappelé que sa visite, dont la presse étrangère était exclue, ne constituait pas une enquête.

Selon elle, ce séjour de six jours lui a cependant permis de parler avec franchise aux dirigeants communistes de la répression menée au Xinjiang au nom de l'antiterrorisme.

Des paroles jugées trop conciliantes par le Congrès mondial ouïgour, une organisation d'exilés basée en Allemagne et considérée comme séparatiste par Pékin.

Si une haute-commissaire aux droits de l'homme garde le silence, c'est qu'elle manque à ses devoirs, a-t-il fustigé dans un communiqué. Démissionner est la seule chose significative qu'elle puisse faire.

Cette région chinoise a longtemps été le théâtre d'attentats sanglants visant des civils qui ont été commis, selon les autorités, par des séparatistes et islamistes ouïgours, le principal groupe ethnique de la région.

Le Xinjiang fait ainsi l'objet depuis quelques années d'une surveillance draconienne.

Des études occidentales accusent Pékin d'avoir interné plus d'un million de Ouïgours et de membres d'autres groupes ethniques musulmans dans des camps de rééducation, voire d'imposer du travail forcé ou des stérilisations forcées. Les États-Unis, quant à eux, évoquent un génocide.

La Chine dénonce des rapports biaisés et parle de centres de formation professionnelle destinés à développer l'emploi et à éradiquer l'extrémisme. Elle dément toute stérilisation forcée, disant uniquement appliquer la politique nationale de limitation des naissances.

Des associations de défense des droits de la personne et des membres de la diaspora ouïgoure accusent Pékin d'avoir pris dans les mailles de sa campagne antiterroriste des personnes n'ayant commis aucun crime.

Selon eux, des Ouïgours auraient été internés sur la seule base d'un extrémisme supposé, en raison d'une barbe trop longue, d'un voyage suspect à l'étranger ou de croyances religieuses jugées trop poussées.

Michelle Bachelet a ainsi appelé samedi la Chine à éviter les mesures arbitraires et sans discernement au Xinjiang tout en dénonçant les actes violents d'extrémisme.

Un piège prévisible

L'organisation de défense des droits de la personne Amnistie internationale a déploré le fait que Mme Bachelet soit tombée dans une très prévisible manœuvre de propagande du gouvernement chinois.

Les médias officiels chinois ont rapporté cette semaine qu'elle avait loué les progrès de la Chine en matière de droits de la personne, des propos que les services onusiens n'ont ni démentis ni confirmés.

Globalement, ils n'ont couvert que ses déplacements, ne rapportant que des comptes rendus très policés de ses rencontres avec le président Xi Jinping et le ministre des Affaires étrangères Wang Yi.

Certains pays occidentaux, animés d'arrière-pensées, s'étaient donné beaucoup de mal pour perturber et saper la visite de la haute-commissaire. Leurs manigances ont échoué, s'est félicité samedi soir Ma Zhaoxu, un vice-ministre chinois des Affaires étrangères.

Amnistie internationale a appelé Michelle Bachelet à publier au plus vite son rapport sur le Xinjiang, dont la publication a été maintes fois reportée, faute de quoi cela reviendrait à trahir les victimes et leurs familles.

Beaucoup de Ouïgours disent ainsi n'avoir pas de nouvelles de leurs proches emprisonnés.

Cette question et d'autres ont été soulevées avec les autorités, a assuré Michelle Bachelet, ajoutant qu'elle avait parlé de beaucoup de cas.

La haute-commissaire a fermement défendu son séjour, assurant avoir pu rencontrer les personnes qu'elle voulait au Xinjiang avec un accès non supervisé par les autorités.

Michelle Bachelet dit avoir rencontré, entre autres, des membres de la société civile et le chef du Parti communiste chinois dans la région.

Une première visite en 17 ans

Cette visite en Chine était la première d'un haut-commissaire aux droits de l'homme en 17 ans. Elle fait suite à d'âpres négociations entre l'ONU et Pékin.

Michelle Bachelet s'est rendue au Xinjiang dans la capitale régionale, Urumqi, et dit avoir visité dans la ville de Kashgar une prison où elle a notamment vu des détenus, décrivant son accès comme assez ouvert et assez transparent.

Le gouvernement du Xinjiang a, selon elle, assuré que le réseau de centres de formation professionnelle avait été démantelé. Michelle Bachelet a déclaré avoir visité l'un de ces anciens centres.

Les détails de sa visite n'ont pas été rendus publics. Michelle Bachelet, en raison de la situation épidémique en Chine, était dans une bulle sanitaire qui l'a tenue à l'écart de la presse étrangère.

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