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Violences sexuelles : des centres d’aide à bout de souffle par manque d’argent

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Des centres d'aide aux victimes de violence sexuelle à but non lucratif en Ontario déplorent ne pas avoir assez d'argent pour répondre à la demande grandissante pour leurs services.

Photo : getty images/istockphoto / sam thomas

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Alors que la demande pour leurs services augmente rapidement, des centres de soutien aux victimes de violence sexuelle en Ontario déplorent des années de sous-financement provincial. Une situation qui les empêche d’offrir des services essentiels, avertissent-ils.

En quinze ans, le financement provincial du Centre de crise pour les victimes de violence sexuelle de Toronto/Femmes multiculturelles contre le viol (Toronto Rape Crisis Centre/Multicultural Women Against Rape, TRCC/MWAR) n’a pratiquement pas augmenté, affirme Deb Singh, qui y travaille comme conseillère et militante.

Le centre d'aide à but non lucratif reçoit 620 000 $ annuellement du gouvernement ontarien, sur un budget annuel moyen de 750 000 $, une différence couverte par des levées de fonds et des bourses.

Pourtant, son centre a observé une augmentation de la demande pour ses services d’au moins 20 % au cours des deux dernières années.

Malheureusement, les gens demandent plus de services, plusieurs types de services et du soutien plus complexe parce qu’ils sont victimes de davantage de violence sexuelle, explique Deb Singh, qui est également présidente de la Coalition ontarienne des centres de soutien pour les victimes de violence sexuelle (Ontario Coalition of Rape Crisis Centres), un organisme qui regroupe 31 centres d’aide anglophones pour les victimes de violence sexuelle à travers la province.

Un sondage effectué plus tôt cette année par l’organisme indique d’ailleurs que 81 % d’entre eux ont observé une augmentation des appels effectués à leurs lignes d’écoute et services de messagerie durant la pandémie de COVID-19.

Beaucoup de ces centres sont financés à des niveaux équivalents à ceux des années 1990, alors que la demande pour les services reflète la diminution de la stigmatisation et qu’aujourd’hui, de plus en plus de gens veulent parler de violence sexuelle, explique Nicole Pietsch, qui travaille également pour la coalition.

Longues listes d’attente et services coupés

La directrice générale du Centre de soutien pour les victimes de violence sexuelle de la région de Waterloo (Sexual Assault Support Centre of Waterloo Region), Sara Casselman, affirme qu’avant la pandémie, ce dernier faisait déjà face à une demande trop élevée pour ses moyens.

Depuis le début de la COVID-19, la demande pour des consultations individuelles au centre a augmenté de 58 %. Actuellement, 260 personnes sont en attente d’une consultation.

« Nous avons fait face à une crise après l’autre, ce qui fait qu’aujourd’hui, après 33 ans d'existence, notre liste d’attente n’a jamais été aussi longue. »

— Une citation de  Sara Casselman, directrice générale du centre de soutien pour les victimes de violence sexuelle de la région de Waterloo

Elle ajoute que ces longues listes d’attente découragent souvent les victimes de violence sexuelle qui désirent obtenir de l’aide.

La situation est encore pire dans les régions éloignées des grands centres, où la distance rend l’accès aux services de soutien encore plus difficile, selon elle.

Deb Singh affirme que la liste d’attente du centre où elle travaille a atteint un sommet en 2017, avec 18 mois d’attente. Le centre a réussi à la réduire entre autres grâce à l’aide de nombreux bénévoles, mais pourrait bientôt devoir supprimer certains programmes en raison du manque de financement.

Nous allons probablement devoir supprimer notre service de messagerie si nous n’obtenons pas davantage de financement, alors que c’est un service dont les jeunes ont besoin plus que jamais, déplore-t-elle.

La province peut mieux faire

En 2018, le gouvernement provincial libéral avait promis une augmentation du financement des centres de soutien en Ontario. Le gouvernement progressiste-conservateur n’a cependant pas honoré la promesse des libéraux, lorsqu'il a été élu en juin de la même année.

Selon Sara Casselman, cet argent aurait été d’une grande aide pour les organismes, surtout durant la pandémie, alors que nombre d’entre eux ont dû mettre sur pied des services en ligne.

Le centre d’aide de la région de Waterloo, où elle travaille, reçoit moins de 440 000 $ du gouvernement ontarien annuellement, sur un budget annuel de 2 millions $.

Le gouvernement n’augmente même pas notre budget pour suivre l’inflation, encore moins pour répondre à l’augmentation de la demande, déplore Sara Casselman.

Elle dit que l’augmentation promise par le gouvernement libéral aurait permis à son organisme d’embaucher deux conseillers à temps plein ainsi qu’une personne spécialisée en soutien juridique.

Deb Singh explique quant à elle que le gouvernement de Doug Ford a octroyé environ 2 millions de dollars pour combattre le trafic d'êtres humains en 2019. L’argent a été divisé entre 42 centres d’aide à travers la province.

Certains centres ont reçu 17 000 $, d’autres ont reçu 25 000 $...17 000 $ ne permettent pas d’éliminer des listes d’attente, ni de bien payer les gens ou de produire les résultats souhaités par le gouvernement, dit-elle.

« Nous sommes un pays privilégié. Nous avons les moyens de mieux faire. »

— Une citation de  Deb Singh, présidente de la coalition ontarienne des centres de soutien pour la violence sexuelle

CBC/Radio-Canada a contacté le Parti libéral ontarien et le Parti progressiste-conservateur afin d’obtenir leurs commentaires concernant leurs engagements envers les centres d’aide aux victimes de violence sexuelle, mais ils n’ont pas répondu dans les délais impartis.

Avec les informations de Carmen Groleau, CBC.

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