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Chronique

Une première et une dernière (?) pour Shirley Théroux

Shirley Théroux chante devant un micro.

C'était la première fois que Shirley Théroux se produisait en solo sur les planches d'une salle montréalaise.

Photo : Gracieuseté : Suzette Paradis

Qu’est-ce qui était le plus étonnant? Un concert de Shirley Théroux en 2022 ou le fait qu’il s’agissait du premier concert solo de la carrière de la chanteuse à Montréal? Dans les faits, c’était du pareil au même.

Ça ne rendait pas le contexte plus étonnant pour autant, jeudi, aux abords du Gésù. Pour les gens de sa génération, de celle qui a suivi et même une poignée de représentants de la suivante, cette soirée se voulait une première… et une dernière, tout à la fois.

Ce concert ne devait pas être un événement unique. Il devait s’insérer dans la cadre d’une tournée québécoise en 2020. Nous savons tous ce qui s’est passé… De report en report – il y en a eu quatre –, la chanteuse a quand même tenu à maintenir cet engagement, qu’elle estime être le rêve d’une vie.

Au fait, que représente Shirley Théroux aux yeux du public en 2022? Pour ceux qui étaient présents durant les années 1960 et 1970, il y a, essentiellement, deux réponses.

Elle fut la chanteuse à succès d’Un homme – rebaptisée depuis par le public comme C’est beau un homme – et l’une des membres du trio parfois burlesque de la populaire émission de variétés Les Tannants. Dans les faits, elle était tout ça au Gésù lors de ce spectacle intitulé Chanter pour parler. Et plus encore.

Intimiste et minimaliste

Dans cette salle intimiste, Shirley Théroux a misé sur la sobriété, presque le minimalisme, en fait : elle, un pianiste – le très compétent Éric Sénécal – et quelques partitions musicales programmées (basse, batterie, cuivres, cordes) qui émanaient de la console pour enrober les chansons qui ne pouvaient être dénudées au point d’être soutenues uniquement en mode piano-voix.

Après une ouverture avec Par amour du métier, la magnifique Un goût de soleil s’est rappelée à notre bon souvenir. Qui diable avait enregistré la version originale, me suis-je demandé? À l’entracte, avec des collègues, on a vérifié.

La chanson a été popularisée en France sous le titre Un goût de soleil, de pomme et de miel par Jean-Pierre Savelli en 1971. Bonne question quiz, ça. Honnêtement, la version de Shirley Théroux gravée la même année est supérieure, rayon voix et arrangements.

Il y a eu quelques cas d’espèces du genre au Québec dans les années 1960 et 1970. Il n’y a qu’à penser à Nous on est dans le vent, la version de Pierre Lalonde dominant d’une tête l’originale de Michel Page.

La Voix avant l’heure

Shirley Théroux chante devant un micro.

Shirley Théroux en 1966

Photo : Radio-Canada / André Le Coz

Si Shirley Théroux est arrivée sur la scène musicale, d’un point de vue discographique, avec la mise en marché du 45 tours Garde-moi/Dolce Madonna en 1964, elle avait été révélée au grand public dès 1963, en remportant la palme à l’émission Découvertes de Yoland Guérard.

Pas moins de 45 apparitions à Télé-Métropole ont suivi ce triomphe durant un an. Ce que l’on sait moins, c’est que des concours de découvertes, il y en avait eu des tas d’autres auparavant, quoique moins étoffés que ceux d’aujourd’hui.

À l’insu de sa mère et avec l’aide d’une amie, la jeune Shirley, âgée de 11 ans, s’était produite dans un club situé à l'angle des rues Saint-Denis et Ontario dès les années 1950. Le chanteur et impresario Jean Simon l’avait repérée… et il avait téléphoné à sa mère. Qu’est-ce qu’elle chantait sur scène, la petite Shirley? Love Is a Many Splendored Thing, des Four Aces.

Raconter sa vie

C’est là que j’ai pigé que Shirley Théroux ne nous présentait pas nécessairement un survol de ses meilleures chansons, mais celles qui l’ont le plus marquée. Et qu’elle nous offrait tout ça sous une forme narrative rappelant les Storyteller, de VH1. Ronnie Spector avait fait la même chose au Rialto en 2014.

Nous avons donc eu droit aux influences de ses parents qui écoutaient Frank Sinatra et Tony Bennett. C’était pas mal d’avoir droit à Fly Me To the Moon et d’entendre l’immortelle de Charlie Chaplin (musique) et de Nat King Cole (paroles), Smile. À un autre moment, c’était la bossa-nova qui était à l’honneur par l’entremise de La fille d’Ipanema et Un amour, un sourire, une fleur (Sacha Distel).

Shirley Théroux seule sur une scène.

Shirley Théroux a également répondu à quelques questions du public.

Photo : Gracieuseté : Suzette Paradis

Si, parfois, le pas était vaguement hésitant, et qu’occasionnellement, la voix était un peu voilée, le métier, lui, était pleinement au rendez-vous. Les enchaînements auraient pu être plus fluides, mais Shirley Théroux a rattrapé quelques senior moments avec humour et aplomb.

Elle s’est même permis en début de deuxième partie une séance de questions du public, en répondant à des questions déposées dans un chapeau. On a senti l’influence de Lise Dion, son amie, qui a été la directrice artistique de ce concert.

Questions et réponses

Est-ce que vous vous ennuyez de votre restaurant La Boucherie? Pas du tout. Avez-vous peur de vieillir? Pas du tout. Comment va Bruno-Pierre (le fils qu’elle a eu avec Pierre Marcotte)? Très bien. Il est d’ailleurs ici. Ovation de spectateurs. Indiscutablement, l’animatrice télévisée baignait comme un poisson dans l’eau durant cette séquence où les anecdotes de l’accouchement de son fils valaient bien des numéros d’humoristes.

Ce sont toutefois quelques chansons qu’on n’attendait pas – pour la plupart d’entre nous –, qui ont été les perles de la soirée. Il fallait voir Shirley Théroux expliquer qu’elle voulait vraiment chanter à 19 ans Ça m’empêche de dormir, une chanson interprétée tant par Annie Girardot que Catherine Sauvage. Une chanson d’émoi des sens. Son réalisateur estimait qu’elle n’allait pas comprendre ce qu’elle chantait à son âge. Shirley a tenu son bout et a gagné, mais elle admet cinq décennies plus tard que le réalisateur n’avait pas tort. Cela dit, grand moment d’émotion.

Sensation similaire pour Un enfant, de Jacques Brel, qu’elle a gravé sur un disque hommage en 2013, La maison sous les arbres (Gilbert Bécaud) et Vous étiez belle, Madame, de Georgette Lemaire. Ce ne sont pas toujours les chansons attendues qui marquent le plus dans un concert. J’aurais pris Comme une symphonie, tiens. Mais quand une artiste interprète ce qui lui est le plus cher, un concert bascule parfois dans le plaisir, tant sur scène que dans l’assistance.

La plus adulte des yé-yé

Quand on y pense, Shirley Théroux a percé durant l’époque des yé-yé, mais certaines de ses chansons pouvaient presque être considérées à l’époque comme des chansons s’adressant à des adultes. Évidemment, Un homme, qui n’est certes pas une chanson d’adolescents frivoles, mais aussi Je serai toujours à toi, numéro 1 en 1965, qui est une chanson de mariage. Et elle la chante encore très bien.

Shirley Théroux, créatrice de ses propres chansons? Hé oui. Elle a d’ailleurs offert Prends le temps, Je te regarderai grandir et Papa dans le segment le plus personnel de la soirée.

Elle a aussi eu de beaux succès avec les chansons des autres, soit Fais comme l’oiseau, du Big Bazar, entonnée par toute l’assistance entre deux salves d’applaudissements, et la version française de Love Story, Une histoire d’amour, chansons intemporelles, pas de doute là-dessus.

Il lui restait à offrir Un homme, son hymne national qui, lui aussi, a traversé avec grâce les années. Complètement en contrôle, la chanteuse n’a craqué qu’au rappel, quand elle a interprété Trois fois merci, une chanson de Jacqueline François que chantait sa mère, pour boucler ce premier et unique concert solo de sa carrière à Montréal. À moins qu’elle ne change d’avis…

Le merci, ma foi, était réciproque. Un concert de Shirley Théroux à Montréal en 2022? Qui s’y attendait?

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