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Le Sommet de la Terre à l’heure d’une triple crise environnementale

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Il y a proportionnellement beaucoup plus de magma que d’eau si on tient compte de l'ensemble de la planète Terre.

Photo : iStock

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Les 2 et 3 juin, des ministres de l’Environnement du monde entier, des groupes environnementalistes, des organisations non gouvernementales et des représentants de la société civile se réuniront dans la capitale suédoise pour le Sommet de la Terre, une rencontre intitulée « Stockholm+50 ». Ce rendez-vous aura lieu juste avant la Journée mondiale de l’environnement, le 5 juin.

Organisée par les Nations unies, cette grand-messe internationale qui a lieu tous les dix ans a pour but de prendre le pouls de la planète. Stockholm+50 marque aussi le cinquantième anniversaire de la toute première conférence du genre, qui a eu lieu dans la même ville en 1972.

Cette rencontre internationale ne traite pas d’un seul sujet, contrairement à d’autres conférences comme les COP (Conférences des parties sur les changements climatiques) Le Sommet de la Terre est un forum où on reconnaît l’importance du multilatéralisme pour s’attaquer à la triple crise planétaire : celle du climat, celle de la perte de biodiversité et celle de la pollution.

Cette triple crise planétaire est décrite par le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, comme la menace existentielle n° 1, qui nécessite un effort urgent et total pour renverser la situation.

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Des femmes indiennes ont célébré une fête hindoue en se baignant dans une des rivières les plus polluées du pays, la Yamuna. Sa mousse est connue pour être très toxique.

Photo : Reuters / Adnan Abidi

L’heure des bilans

Ce sommet sera certainement l’occasion de faire des bilans. Malgré l’impression de faire du surplace, les progrès accomplis en matière d’environnement depuis les 50 dernières années, bien qu'imparfaits, demeurent importants. Au terme de ces deux journées, une déclaration devrait être adoptée.

Lors de cette rencontre en haut lieu, on pourrait discuter d’une reprise verte et durable de l’économie à la suite de la pandémie de COVID-19. Le secrétaire général des Nations unies pourrait du même coup utiliser cette tribune pour mettre de la pression sur les États afin qu’ils prennent des engagements plus ambitieux en matière de protection de l’environnement.

Les participants pourraient s’appuyer sur les derniers rapports cinglants du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), publiés ces derniers mois, afin d'orienter les actions environnementales à entreprendre à l'avenir.

C’est aussi un endroit pour faire connaître les expériences et les initiatives de tout un chacun destinées à protéger la planète. Certains experts souhaitent y voir une reconnaissance des droits de la nature.

Ce sommet pourrait-il avoir pour objectif d’encourager l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à prendre en compte les questions environnementales dans sa refonte? Certains pensent que oui.

Autre grande question : parlera-t-on de décroissance? Les derniers rapports du GIEC sont sans équivoque : la sobriété devra guider nos choix pour atteindre les cibles de l’accord de Paris. Certains remettent en cause le principe même du développement durable puisque celui-ci s’appuie sur un concept de croissance en continu.

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Stockholm sera « envahie » par des milliers de participants au Sommet de la Terre.

Photo : Getty Images / Brzozowska

Rencontre pré-sommet

Une grande rencontre ministérielle sur les actions climatiques aura lieu les 30 et 31 mai dans la capitale suédoise, juste avant le début du sommet. Le Canada coprésidera cette rencontre avec la Chine et l’Union européenne. Selon Eddy Perez, directeur de la diplomatie climatique internationale au Réseau Action Climat, ce sera l’occasion pour le Canada, qui décide de l’ordre du jour, de proposer un cadre à respecter en vue de la COP27, qui aura lieu en Égypte en novembre prochain.

« C’est là qu’on verra si le Canada gère comme un leader ou se fera gérer par les autres grandes puissances. »

— Une citation de  Eddy Perez, directeur de la diplomatie climatique internationale au Réseau Action Climat

Cette rencontre rassemblera des ministres du G20 et de tous les groupes régionaux de l'ONU. Ce sera aussi l'occasion de souligner le 30e anniversaire de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

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Greta Thunberg

Photo : Reuters / Johanna Geron

La maison de Greta

La mobilisation de la société civile et surtout de la jeunesse est à prévoir, entre autres parce que la Suède est le pays de la jeune militante environnementaliste Greta Thunberg. Tout porte à croire qu’elle ralliera les troupes pour envoyer un message aux dirigeants de ce monde rassemblés dans la capitale suédoise. Les rues de Stockholm ont vu naître les Fridays for Future, des rassemblements étudiants devant le parlement suédois pour dénoncer l’inaction climatique.

Le 1er juin, un pré-sommet organisé par le secrétariat du Traité de non-prolifération des combustibles fossiles aura lieu. S’y retrouveront des représentants de nations autochtones, de gouvernements et d’institutions internationales, des experts universitaires et des membres de la société civile. Le but : discuter de sujets aussi vastes et aussi complexes que la menace que font peser les combustibles fossiles sur la paix et sur la sécurité. De plus, au menu, des discussions sur les stratégies à élaborer afin de parvenir à une transition juste et équitable pour tous.

Selon Eddy Perez, le Canada pourrait faire l’objet de sérieuses critiques de la part de la société civile en raison de la décision d’Ottawa d’approuver le projet d’extraction de pétrole extracôtier Bay du Nord à Terre-Neuve-et-Labrador.

Des attentes modestes

Karel Mayrand, qui est PDG de la Fondation du Grand Montréal et qui a autrefois dirigé la Fondation David Suzuki pour le Québec et pour les provinces de l’Atlantique, est un habitué de ces grandes rencontres. Il croit qu’il faut avoir des attentes modestes à l’égard du sommet Stockholm+50.

En effet, précise-t-il, les grandes décisions relatives à l’environnement se prennent maintenant lors d’autres grands rendez-vous, notamment la COP sur les changements climatiques ou celle sur la biodiversité. La dynamique de la prise de décision et des grandes annonces a beaucoup changé depuis 1972, ajoute-t-il.

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Le secrétaire des Nations unies, Kurt Waldheim (à droite), discute avec le secrétaire général du sommet de 1972, le Canadien Maurice Strong.

Photo : Getty Images

Avant Stockholm 2022, il y a eu Stockholm 1972

C’est dans la capitale suédoise, en 1972, que la toute première Conférence des Nations unies sur l'environnement humain a eu lieu. Cette conférence a marqué le début d’une conscience écologique internationale.

Le secrétaire général de ce sommet, le Canadien Maurice Strong, a alors déclaré que le message durable de cette rencontre était la prise de conscience du fait que l’homme est arrivé à un de ces points tournants de son histoire où ses propres activités sont les principaux déterminants de son avenir.

C’est à ce sommet qu'est né le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), dont le siège social se trouve à Nairobi, au Kenya.


En 1972, sur les ondes de Radio-Canada, l'émission Présent, édition nationale présentait une émission consacrée au sommet de Stockholm. Les journalistes Jean Paré et Guy Rochette ont donné des détails sur l'organisation de la conférence, sur la participation canadienne à cette rencontre et sur les principaux courants de pensée en matière d'environnement.

Le soleil illumine les façades des bâtiments près de l'eau.

« Carte postale » de Stockholm, capitale de la Suède.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron


Au terme de la rencontre, les dirigeants mondiaux se sont donné rendez-vous tous les 10 ans dans le but de faire le point sur l’état de la planète. Les participants ont adopté une série de principes pour une gestion écologiquement rationnelle de l’environnement, dont la déclaration de Stockholm et le Plan d’action pour l’environnement. Dans un discours éloquent, la première ministre de l’Inde à l'époque, Indira Gandhi, en a appelé à la solidarité internationale pour résoudre un des plus grands problèmes de l’humanité.

« Personne parmi nous, quel que soit son statut, sa force ou sa situation, ne sera épargné. »

— Une citation de  Indira Gandhi, première ministre de l’Inde en 1972

Cette première rencontre a en quelque sorte ouvert la voie à bon nombre d’organisations et d’ententes dont l'objectif est la protection de l’environnement : le GIEC, les COP, la convention de Rio, le protocole de Montréal (pour protéger la couche d’ozone), le rapport Brundtland (qui a proposé le concept de développement durable), la convention de Minamata (sur le mercure), l’accord de Paris et bien d’autres.


En 1972, la conférence des Nations unies sur l'environnement a été le théâtre d'intenses tractations diplomatiques. La France a tenté d'empêcher la parution d'une étude sur l'impact du supersonique Concorde en matière de pollution dans la haute atmosphère. Envoyé spécial à Stockholm, François Perreault a discuté des orientations du gouvernement Pompidou en matière d'environnement avec un journaliste du Nouvel Observateur.

Le Concorde décollait avec un niveau sonore de 119,4 décibels.

Le Concorde décollait avec un niveau sonore de 119,4 décibels.

Photo : Reuters


Pour Karel Mayrand et de nombreux environnementalistes, le monde a assisté, à cette époque, aux moments fondateurs des programmes de protection de l’environnement partout dans le monde.

« On venait d’entrer dans l’ère moderne de la protection de l’environnement. »

— Une citation de  Karel Mayrand, PDG de la Fondation du Grand Montréal

D’ailleurs, plusieurs États ont créé leur ministère de l’Environnement à peu près au même moment que la création du Sommet de la Terre ou dans la foulée de cet événement. Notons aussi que le Canada a été un des premiers pays à se doter d’un ministère de l’Environnement, en 1971, juste avant le sommet de Stockholm.


Bilan de la conférence mondiale des Nations unies sur l'environnement avec le chroniqueur Jean-Claude Paquet à l'émission Présent.

Un grand banc de sable avec à gauche la mer et à droite la rivère

Vue de l'embouchure de la rivière Pentecôte à partir du village éponyme.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

1982 : Nairobi

La conférence des Nations unies sur l’environnement de Nairobi est considérée comme un échec. Le contexte de la guerre froide et le désintérêt des grandes puissances en font une rencontre qui tombe rapidement dans l’oubli.

1992 : Rio de Janeiro

Toutefois, 10 ans plus tard, la conférence de Rio de Janeiro s'avère un moment charnière.

C’est à cette réunion décennale que la Conférence des Nations unies sur l’environnement prend officiellement le nom de Sommet de la Terre. Plusieurs accords sont signés : la déclaration de Rio (non contraignante), l’Agenda 21 (pour le vingt et unième siècle) et d'importantes conventions sur l'environnement, soit celle sur les changements climatiques et celle sur la diversité biologique.

On y a aussi jeté les bases d’une convention sur la lutte contre la désertification et on y a signé la Déclaration de principe sur la gestion des forêts.

Au cœur des discussions lors de ce sommet : les relations entre les pays du Nord et du Sud. À l’époque, l’aggravation des déséquilibres économiques accentue la pauvreté et les affrontements entre ces deux parties du monde.

C’est à la rencontre de Rio de Janeiro qu’on proclame le concept du développement durable comme nouveau credo.

De plus, à Rio de Janeiro, la société civile attend de pied ferme les dirigeants du monde. On veut rattraper le retard des années 1980, surnommées la décennie perdue.

Même des enfants, notamment Severn Cullis-Suzuki, la fille de l'écologiste David Suzuki, veulent se faire entendre. La jeune fille de 12 ans a fait le voyage jusqu’au Brésil à ses frais. Elle prononce un vibrant discours devant les dirigeants du monde entier sur la précarité de la situation planétaire, ce qui, en tant qu'enfant, l’inquiète au plus haut point.

« Si vous ne savez pas comment remettre la planète en état, s’il vous plaît, ne la brisez pas. »

— Une citation de  Extrait du discours de Severn Cullis-Suzuki au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992

Le sommet de Rio s'est terminé avec l'adoption d'une déclaration de 27 principes; les conventions sur la biodiversité et les changements climatiques, les institutions économiques et la déforestration.

2002 : Johannesburg

Le Sommet de la Terre 2002 de Johannesburg n’a pas suscité le même engouement que celui de Rio de 1992. Les objectifs fixés dix ans plus tôt n'ont pas été atteints dans de nombreux domaines. Les comités de préparation au sommet ont eu de la difficulté à fédérer l’ensemble des acteurs. Un an après les attentats du 11 septembre 2001, l’attention mondiale était surtout accaparée par les questions de sécurité. L'absence du président américain George W. Bush a miné les négociations.

À ce sommet sud-africain, il était déjà question de l’urgence de diversifier les sources d’énergie et de faire plus de place aux énergies renouvelables.

L’ancien président français Jacques Chirac a toutefois livré un discours mémorable dans lequel il a déploré l'aveuglement volontaire des États devant la crise écologique qui secouait de plus en plus la planète.

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature mutilée, surexploitée, ne parvient pas à se reconstituer et nous refusons de l’admettre. »

— Une citation de  Discours du président français Jacques Chirac

Jonathan Lash, qui était à l’époque le président du World Resources Institute, une cellule de réflexion américaine sur l'environnement, avait dit de la rencontre qu’on s’en rappellerait pour les premiers bégaiements d’une nouvelle façon de gouverner la collectivité mondiale.

C’est lors de cette rencontre que le premier ministre canadien de l’époque, Jean Chrétien, a annoncé l’intention du Canada de ratifier le protocole de Kyoto sur les changements climatiques.

Le Canada s'est finalement engagé à ratifier, avant la fin de l'année 2002, l'accord de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre, les gaz responsables du réchauffement de la planète.

2012 : Rio de Janeiro

Pour souligner le 20e anniversaire du sommet de 1992, le sommet de 2012 a de nouveau eu lieu à Rio de Janeiro. La rencontre s'est déroulée sur fond de crise financière mondiale. Mis à part l’élargissement du mandat du Programme des Nations unies pour l’environnement, ses avancées sont timides.

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Les représentants des pays réunis à la rencontre internationale sur l'environnement à Stockholm.

Photo : Getty Images

La rencontre de 1972 a sans aucun doute donné naissance à une conscience écologique collective. Mais 50 ans plus tard, qu'en est-il? Malgré tous les traités, tous les engagements et tous les efforts déployés en cinq décennies, les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes.

Les scientifiques sont sans équivoque : il y a péril en la demeure. Depuis plusieurs années, les efforts se concentrent sur le climat alors que la crise planétaire, comme aime le rappeler le secrétaire de l'ONU, est triple.

En plus des changements climatiques accélérés, la biodiversité de la planète se dégrade et la désertification progresse à vitesse grand V.

L'heure n'est donc pas aux célébrations mais à une véritable introspection.

À quelques jours de la Journée mondiale de l’environnement, le 5 juin, Stockholm+50 pourrait être l'occasion de se poser les vraies questions.

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