•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Non, les « documents de Pfizer » ne révèlent pas de dangers insoupçonnés du vaccin

Certaines informations contenues dans ces documents rendus publics par la FDA ont été déformées afin de faciliter la diffusion de faussetés sur le vaccin anti-COVID.

Chargement de l’image

De fausses informations sur les « documents de Pfizer » circulent depuis plusieurs semaines sur le web.

Photo : Getty Images / Luke Dray

Chargement de l’image

Sur les réseaux sociaux, nombreuses sont les présumées « révélations » tirées des documents dont s’est servie l'Agence américaine des médicaments (FDA) pour approuver le vaccin de Pfizer-BioNTech contre la COVID-19.

Si les documents, surnommés « documents de Pfizer » ou « Pfizer documents » par bien des internautes, existent bel et bien, ils ne prouvent pas que la pharmaceutique a caché au grand public des risques associés à son vaccin ou encore que de nombreux effets secondaires n’ont pas été répertoriés.

De plus, certaines des nouvelles informations que des gens affirment avoir tirées de ces documents dans les dernières semaines sont publiques depuis plusieurs mois ou viennent carrément d’autres sources.

Quels sont ces documents et pourquoi ont-ils été rendus publics?

Au moment d’écrire ces lignes, il s’agit de 238 documents, téléchargeables sur le site (Nouvelle fenêtre) du Public Health and Medical Professionals for Transparency (PHMPT), un collectif qui affirme avoir pour mission d'obtenir et de diffuser les données sur lesquelles la FDA s'appuie pour autoriser les vaccins contre la COVID-19.

Ils contiennent entre autres des informations tirées d'études cliniques, mais aussi des données de pharmacovigilance portant sur les effets secondaires des vaccins après leur distribution dans la population générale.

Chargement de l’image

La page d'accueil du site web de Public Health and Medical Professionals for Transparency.

Photo : Public Health and Medical Professionals for Transparency

En septembre 2021, le collectif a déposé une plainte devant une cour du Texas pour obtenir ces 329 000 pages de la FDA après, allègue-t-il, que l'agence eut refusé  (Nouvelle fenêtre)sa demande initiale faite en vertu de la loi sur l'accès à l'information américaine.

Les plaignants du collectif voulaient que l’ensemble des documents soient rendus publics avant le 3 mars 2022, alors que la FDA proposait d'en diffuser 500 pages par mois (Nouvelle fenêtre), une formule qui aurait étalé la diffusion de ces centaines de milliers de pages sur 55 ans.

L’agence a soutenu qu’elle avait besoin de ce temps pour passer en revue chacun des documents et caviarder toute information personnelle, mais un juge a statué, en début d’année, que plus de 12 000 pages devaient être rendues publiques avant le 31 janvier 2022, et que 55 000 autres devaient ensuite l'être tous les 30 jours à partir du 1er mars.

Résultat : plus de 80 000 pages sont maintenant disponibles, et le processus en entier devrait être terminé d’ici la fin de l’année.

Bref, contrairement à ce que prétendent plusieurs internautes, il ne s’agit pas d’une fuite de documents confidentiels, mais bien du résultat d’une ordonnance de la cour.

Et chaque fois que de nouveaux documents sont rendus publics, la tentation de la désinformation n'est jamais loin.

Les documents révèlent-ils des effets secondaires jusqu'ici inconnus?

Non, mais cela n’a pas empêché la diffusion de fausses informations à ce sujet.

Une liste de 1291 effets indésirables (Nouvelle fenêtre) qui s’étend sur neuf pages a, par exemple, été présentée à tort comme une liste d'effets secondaires causés par le vaccin, alors qu’elle compile plutôt des données de pharmacovigilance de plusieurs pays qu’on ne peut lier de manière causale au vaccin, comme l’explique Reuters (Nouvelle fenêtre).

Chargement de l’image

La première des neuf pages d'effets secondaires qui fait l'objet de désinformation.

Photo : Public Health and Medical Professionals for Transparency

Le Vaccine Adverse Effects Report System (VAERS) des États-Unis est l’un des systèmes de pharmacovigilance les plus connus et les plus souvent cités en lien avec le vaccin contre la COVID-19. Il répertorie les événements indésirables survenant après la vaccination qui sont déclarés par les professionnels de la santé ou par les patients au pays.

Comme le mentionne le VAERSsur son site web (Nouvelle fenêtre), un rapport au VAERS ne prouve généralement pas que le ou les vaccins identifiés ont causé l'événement indésirable décrit et, donc, que le vaccin est responsable du décès. Il confirme seulement que l'événement signalé s'est produit quelque temps après l'administration du vaccin.

Les données de pharmacovigilance sont à l’origine d’énormément de désinformation exagérant la prévalence d’effets secondaires depuis le début des campagnes de vaccination partout dans le monde, comme l’ont rapporté plusieurs fois les Décrypteurs.

Précisons que ce document n’est pas nouveau. Il était parmi les premiers transmis au PHMPT en novembre 2021, mais il continue de refaire périodiquement surface. Il en a notamment été question dans une vidéo YouTube virale (Nouvelle fenêtre) mise en ligne le 9 mai par la chaîne radiophonique d’extrême droite française Radio-Courtoisie, dans laquelle est interviewée la généticienne Alexandra Henrion-Caude, qui a déjà propagé de la désinformation au sujet des vaccins. La vidéo a été vue plus de 435 000 fois.

Les documents prouvent-ils que le vaccin n'est efficace qu'à 12 %?

Non, ce taux d’efficacité ne figure nulle part dans les documents de Pfizer.

L'épidémiologiste Gideon Meyerowitz-Katz (Nouvelle fenêtre) et le scientifique spécialisé en données biomédicales Jeffrey Morris (Nouvelle fenêtre) ont tenté de retracer la source de cette rumeur qui s’est répandue sur les réseaux sociaux au début du mois de mai. Ils en ont conclu qu’elle repose sur un calcul erroné, basé sur un document de la FDA publiquement accessible depuis 2020 (Nouvelle fenêtre) (qui n’a donc rien à voir avec les documents de Pfizer) et qu’elle a d’abord été propagée dans un billet (Nouvelle fenêtre) sur la plateforme Substack.

L’auteure de ce billet a comparé le nombre de cas de COVID-19 suspects mais non confirmés parmi les participants vaccinés (1594 personnes) et non vaccinés (1816 personnes) dans les essais décrits dans le document cité. Elle conclut donc que le vaccin protège seulement à 12 %.

Or, le protocole de l’essai clinique (Nouvelle fenêtre) (section 8.13) indique que ces cas suspects mais non confirmés peuvent passer un test PCR et que les symptômes qui caractérisent un cas suspect peuvent également être des effets secondaires du vaccin. C’est donc dire que les cas suspects mais non confirmés ne sont pas nécessairement des cas de COVID-19, tout comme un effet secondaire rapporté à un système de pharmacovigilance n’est pas nécessairement causé par le vaccin.

À l’époque, ces essais cliniques avaient permis de conclure que le vaccin de Pfizer avait une efficacité de 95 % contre la maladie symptomatique avec la souche originelle du SRAS-CoV-2. Depuis, des variants sont venus changer la donne : un récent rapport (Nouvelle fenêtre) de l’agence britannique de sécurité sanitaire indique que ce vaccin offre une protection de 65 % à 70 % contre la maladie symptomatique avec le variant Omicron après deux doses, et que celle-ci baisse à environ 15 % après 25 semaines. Elle remonte entre 60 % et 75 % après une dose de rappel.

Selon ce même rapport, le vaccin offre une protection robuste contre les hospitalisations (82,4 % après une dose de rappel, 53,6 % après 15 semaines) et les décès (93,6 % après une dose de rappel, 87,6 % après 10 semaines et plus).

Les documents révèlent-ils que le vaccin est déconseillé aux femmes enceintes?

Non, il s’agit de captures d’écran de vieilles informations sorties de leur contexte. Des captures d’écran d’un document qui indique que le vaccin n’est pas recommandé pendant la grossesse et que l’on ignore s'il est excrété dans le lait maternel viennent en fait d’une fiche d’information sur le vaccin (Nouvelle fenêtre) publiée par l’agence britannique de régulation des médicaments en décembre 2020.

Le vaccin n’avait alors pas encore été testé sur les femmes enceintes, et ces documents ne sont pas du tout nouveaux.

Chargement de l’image

Le vaccin anti-COVID est sécuritaire pour les femmes enceintes.

Photo : iStock / FatCamera

La réalité aujourd’hui est tout autre : une porte-parole de l’agence a indiqué au média de vérification Full Fact (Nouvelle fenêtre) que les nouvelles données (à la fois des données non cliniques et des données du "monde réel" post-autorisation) étayent les conseils mis à jour sur la vaccination des femmes enceintes et de celles qui allaitent.

Le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) canadien recommande maintenant aux femmes qui planifient une grossesse, qui sont enceintes ou qui allaitent de se faire vacciner contre la COVID-19.

Le vaccin contre la COVID-19 peut aider à prévenir des maladies graves, des hospitalisations et des complications de la grossesse. Les preuves sont de plus en plus nombreuses en ce qui a trait à l’innocuité et à l’efficacité de la vaccination contre la COVID-19 pendant la grossesse, peut-on d’ailleurs lire sur le site du CCNI (Nouvelle fenêtre), qui rappelle que des centaines de milliers de femmes dans ces situations partout dans le monde ont reçu ces vaccins.

Avec les informations de Full Fact, Reuters et AFP Factuel

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !