•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Tuerie d’Uvalde : la police a pris une « mauvaise décision », admettent les autorités

Chargement de l’image

Steven McCraw, directeur du département de la Sécurité publique du Texas, a admis que les autorités avaient pris une « mauvaise décision » lors de la fusillade.

Photo : Reuters / Marco Bello

Radio-Canada

Questionné par les journalistes sur les retards importants dans la réponse policière lors de la tuerie à l'école primaire d'Uvalde, le directeur de la Sécurité publique du Texas, Steven McCraw, a reconnu que les agents dépêchés sur les lieux de la fusillade ont fait une mauvaise lecture de la situation en n’intervenant pas aussitôt dans l’école pour tenter de neutraliser le tireur.

Selon les explications fournies par M. McCraw, visiblement affecté par la tragédie, les policiers qui sont intervenus à la Robb Elementary School ont cru que le tireur s'était barricadé dans un local et qu'il ne représentait plus un danger direct pour les enfants et les enseignants.

D'après le récit des événements fait par le directeur de la Sécurité publique du Texas, une demi-douzaine de policiers sont arrivés sur les lieux dans les premières minutes de la fusillade, qui a commencé vers 11 h 33, heure locale. Ayant d'abord tenté d'entrer dans l'école, les agents ont dû battre en retraite après avoir essuyé des tirs. Certains ont subi des blessures mineures.

À midi, 19 policiers en tout se trouvaient sur les lieux où le tireur n'a finalement été neutralisé que vers 13 h.

Selon M. McCraw, croyant que le tireur était barricadé, possiblement avec des otages, le commandant responsable des opérations a préféré attendre l'arrivée d'une unité d'intervention tactique de la police des frontières avant d'intervenir en force dans l'immeuble.

Les responsables croyaient, semble-t-il, qu'il n'y avait peut-être plus de survivants dans la classe où s'était retranché le tireur. Plusieurs appels au 911 de la part d'élèves ont pourtant montré le contraire.

Le commandant en fonction a décidé qu’il s’agissait d’un homme barricadé et que les enfants n’étaient plus en danger. De toute évidence, les enfants dans cette classe étaient toujours en danger et il y avait un tireur actif, a reconnu sans détour le directeur McCraw.

« Avec le recul, maintenant, bien sûr que ce n'était pas la bonne décision. C'était la mauvaise décision et il n'y a aucune excuse pour ça. »

— Une citation de  Steven McCraw, directeur du département de la Sécurité publique du Texas

Cette stratégie est d'autant plus difficile à justifier par les autorités texanes que, depuis la tuerie de Columbine, en 1999, la politique des autorités américaines lors de tueries de masse est d'intervenir le plus vite possible et par tous les moyens disponibles pour neutraliser le tireur.

Or, le fait que les policiers aient mis plus d'une heure avant d'intervenir cette fois a soulevé la colère et l'indignation dans la communauté d'Uvalde, qui réclame aujourd'hui des réponses des autorités.

Si je pensais que ça pouvait aider, je m'excuserais, a déclaré Steven McCraw, au bord des larmes.

Une enfant de 11 ans qui a survécu à la fusillade a témoigné sur la chaîne américaine CNN qu'elle et ses camarades toujours vivants voyaient clairement les policiers à l'extérieur par les fenêtres de l'école. Les enfants ne comprenaient pas pourquoi les agents ne venaient pas à leur secours, en dépit des appels à l'aide qu'ils ont effectués auprès du 911 en utilisant le téléphone cellulaire de leur enseignante abattue par le tireur.

Appels au 911 en provenance de l'école :

11 h 30 : Une enseignante signale présence d'un homme armé tout près de l'école;

11 h 33 : Le tireur ouvre le feu dans l'établissement;

12 h 03 : Une élève murmure qu'elle est dans le local 112 et qu'elle a besoin d'aide;

12 h 10 : Elle prévient qu'il y a plusieurs morts dans sa classe;

12 h 13 : L'élève rappelle le 911 et souligne que huit ou neuf de ses camarades sont encore vivants;

12 h 19 : Une personne dans une autre salle de classe appelle les secours, mais raccroche. Des coups de feu sont entendus lors de l'appel;

12 h 36 : La première élève rappelle le 911. On lui demande des rester silencieuse;

12 h 43 : L'élève demande : S'il vous plaît, envoyez la police maintenant;

12 h 46 : La jeune fille affirme qu'elle entend les policiers à proximité.

Les premiers éléments de l'enquête révèlent par ailleurs que Salvador Ramos, âgé de 18 ans, a tiré plus d'une centaine de coups de feu à l'intérieur des murs de l'école, où il a tué 19 enfants et 2 enseignantes avec un fusil d'assaut AR-15, une version civile du M16 qui équipe les forces armées américaines.

Le tireur possédait deux de ces armes d'assaut acquises le jour de son 18e anniversaire, selon le réseau CNN.

Selon l'enquête, le tireur a demandé à sa sœur de l'aider à se procurer légalement ces armes en septembre 2021. L'individu possédait au moins une soixantaine de chargeurs, en incluant le matériel qui a été saisi à son domicile.

J'ai été induit en erreur, dit le gouverneur Abbott

Le gouverneur du Texas, Greg Abbott, en a rajouté en blâmant les autorités policières. Il a déclaré qu'il avait été induit en erreur au sujet de certaines informations qui lui ont été communiquées par les forces de l'ordre qui dirigent l'enquête sur la fusillade.

J'ai été induit en erreur. Je suis furieux de ce qui s'est passé. J'étais sur cette même scène il y a deux jours et je racontais au public des informations qui m'avaient été communiquées […]. Et, comme tout le monde l'a appris, les informations qui m'ont été transmises se sont avérées en partie inexactes. Et je suis absolument furieux à ce sujet, a-t-il ajouté.

Le gouverneur Abbott n’a cependant pas voulu se prononcer sur le sort du chef de la police du district scolaire d'Uvalde.

En ce qui concerne son statut professionnel, c'est quelque chose qui échappe à mon contrôle et dont je n'ai pas connaissance, a dit M. Abbott.

Témoignage d'une survivante

En entrevue à CNN, Miah Cerrillo, une élève survivante de 11 ans, a dit avoir, avec un camarade, récupéré le téléphone cellulaire d'une professeure morte pour appeler la police et leur demander d'intervenir.

Miah a également décrit hors caméra l'irruption du tireur dans la classe, alors que son enseignante allait fermer la porte.

Le tueur a regardé l'institutrice, lui a dit bonne nuit puis lui a tiré dessus, avant d'abattre sa collègue puis des élèves. Il s'est ensuite rendu dans l'autre salle de classe.

Miah a raconté s'être alors enduite du sang d'un camarade tué et avoir fait la morte, de peur que le tireur ne revienne.

La NRA ouvre sa convention à Houston

Pendant ce temps, la puissante National Rifle Association (NRA) lançait en grande pompe sa convention annuelle à Houston, où des milliers d'amateurs d'armes sont attendus ce week-end.

Affirmant n'avoir aucune responsabilité dans le carnage qui s'est produit à cinq heures de voiture de là, le lobby qui milite pour le droit des citoyens de posséder des armes a cependant promis de réfléchir sur la tuerie d'Uvalde.

Bien que plusieurs politiciens et personnalités qui soutiennent la NRA aient annulé leur présence à la convention de Houston, l'ex-président Donald Trump et le sénateur républicain Ted Cruz y ont pris la parole.

Quant au gouverneur Abbott, lui-même un fervent défenseur du droit de posséder des armes, il a choisi d'éviter de se rendre à Houston, étant retenu à Uvalde en raison de la tragédie. Le politicien, qui sera candidat à sa réélection cette année, a tout de même pris la parole devant les membres de la NRA, dans une vidéo préenregistrée.

Avec les informations de Reuters, et CNN

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !