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Nickel : la santé publique va étudier un mémoire préparé par des médecins

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Des résidents des quartiers avoisinants montrent du doigt les activités du Port de Québec pour expliquer la présence de nickel dans l'air. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Jérémie Camirand

La santé publique maintient son avis favorable à l'assouplissement de la norme de nickel dans l'air. Cependant, elle accepte d’étudier un mémoire présenté par l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME), qui s'y oppose.

La Direction générale de santé publique (DGSP) dit demeurer ouverte aux nouvelles informations et études sur le sujet, mais n'envisage pas de revoir sa décision. En plus du mémoire de l'AQME, la DGSP va se pencher sur le rapport qu'a fait le chimiste Patrick Ferland au sujet de la méthodologie utilisée dans trois études produites par le ministère de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) sur l'incinérateur de Québec.

La position de la DGSP, émise en amont de la décision prise par le gouvernement pour le rehaussement de la norme nickel, ne sera pas revue, a confirmé le responsable des relations de presse pour le ministère de la Santé et des Services sociaux, Robert Maranda, par courriel.

Radio-Canada a pu confirmer vendredi l’information d’abord rapportée par Le Journal de Québec. Ce mémoire s’oppose au rehaussement des seuils de nickel dans l'air imposé par le gouvernement Legault.

Depuis le 28 avril, les industries peuvent émettre jusqu’à 70 nanogrammes de nickel par mètre cube (ng/m3), contrairement à 14 auparavant.

L’avis de l’AQME apporte des nuances sur le type de nickel répertorié dans l'air de Québec et base son argumentaire sur une étude réalisée par le MELCC sur le sujet.

L’étude [...] démontrait qu’à Québec, particulièrement à Limoilou, le type de nickel qu’on avait dans l’air était différent de celui de l’Europe ou de l’Ontario et, de ce fait, engendre des risques différents pour la santé, a précisé la présidente de l’AQME, la Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, au micro de Claude Bernatchez à l’émission Première heure.

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Claudel Pétrin-Desrosiers, présidente de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME)

Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron

Toujours selon la Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, les informations avancées doivent absolument être prises en considération par la santé publique québécoise.

[Le type de nickel] qui est démontré dans la ville de Québec, qui vient principalement des activités du Port de Québec, a un potentiel plus dangereux pour la santé, particulièrement un potentiel cancérigène qu’on ne peut pas négliger, explique celle qui est également médecin de famille à Montréal.

Le mémoire présenté par l’association s'ajoute donc aux voix des 18 directions régionales de santé publique, dont celle de la Capitale-Nationale, qui se sont prononcées contre l’assouplissement de la norme d’émanation de nickel dans l’air, plus tôt cette année. Malgré la grogne, Québec avait tout de même décidé d’assouplir la norme, avec l’appui de la santé publique.

Des réactions mitigées

Le président du Conseil de quartier du Vieux-Limoilou, Raymond Poirier, salue le demi-pas vers l’avant effectué par la santé publique. Néanmoins, il demeure convaincu que toutes les informations disponibles doivent être étudiées par les autorités sanitaires, pas seulement le mémoire de l’AQME.

En fait, c'est un peu comme si c'était le monde à l'envers. Dans la mesure où c'est les citoyens, les citoyennes qui doivent sortir, écrire des lettres ouvertes, faire des demandes, refaire des demandes pour qu'on prenne en considération leur santé, pour qu'on prenne en considération l'ensemble des données, dit-il.

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Raymond Poirier estime que toutes les informations, les mémoires et les études devraient faire l'objet d'une analyse de la santé publique.

Photo : Radio-Canada

Le député solidaire dans Jean Lesage, Sol Zanetti, abonde dans le sens de M. Poirier.

Ils doivent faire une analyse complète. La santé publique doit ça aux gens de Limoilou et de Beauport, et de Québec, et du Québec. Ils nous doivent de retourner toutes les pierres, a-t-il déclaré.

La DGSP et le ministère de la Santé et des Services sociaux se veulent toutefois rassurants : rien ne sera laissé de côté.

Nous allons continuer d’évaluer les nouvelles connaissances scientifiques, les données disponibles sur les émissions et sur la qualité de l’air ambiant, la portée des mesures préventives déployées et toutes autres informations pertinentes pouvant nous donner des indications sur les risques potentiels sur la santé de la population, a confié le responsable des relations de presse pour le ministère de la Santé et des Services sociaux, Robert Maranda, toujours par courriel.

Quant à Véronique Lalande, porte-parole de l’Initiative de vigilance citoyenne pour le Port de Québec, si elle voit d'un bon œil l'ouverture dont fait preuve la santé publique par rapport aux nouvelles informations mises à sa disposition, elle se déçoit de voir le statu quo l'emporter dans ce dossier.

J’ai l’impression que c’est un peu pour faire bonne figure et que si [la santé publique] voulait vraiment intégrer ces données-là dans la réflexion comme elle aurait dû le faire, eh bien, elle l’aurait fait en même temps que tout le monde, avant que le règlement soit adopté, explique-t-elle.

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Véronique Lalande aurait aimé que l'étude des mémoires ait été réalisée avant l'entrée en vigueur du règlement. (Archives)

Photo : Radio-Canada

La Table citoyenne Littoral Est se montre, de son côté, un peu plus optimiste. Elle se dit même prête à poursuivre le combat, malgré le refus de la santé publique de changer sa décision.

On a vu avec le dossier du nickel que la qualité de l'air, c'est un enjeu important dans Limoilou. On veut montrer au Québec que les citoyens sont mobilisés. On a des scientifiques dans notre communauté, des chimistes, des médecins justement qui donnent des conseils aussi, explique le porte-parole de l’organisme, Daniel Guay.

Revirement de situation

Le directeur national de santé publique par intérim, le Dr Luc Boileau, avait refusé, dans un premier temps, d’analyser le mémoire de l’AQME. Mais voilà qu’il analysera finalement les nouvelles informations portées à son attention.

Dans un souci constant de prioriser la santé et la sécurité de la population, la Direction générale de la santé publique (DGSP) retient votre suggestion d’analyser les informations que vous nous avez transmises, avec l’aide de son réseau d’experts, a-t-il précisé à l’Association québécoise des médecins pour l’environnement par courriel.

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Le directeur national de santé publique par intérim, Luc Boileau, avait initialement refusé d'étudier le mémoire transmis par l'AQME.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Cette nouvelle donne de l’espoir à l’AQME, qui espère également voir apparaître d’autres études sur le sujet.

Je suis convaincue que les éléments qu’on annonce et qu’on avance sont solides et suffisants pour remettre peut-être en question la décision précédente, croit la Dre Pétrin-Desrosiers.

La qualité de l’air au cœur d’une rencontre

Radio-Canada a appris qu’une rencontre confidentielle sur la qualité de l'air a eu lieu jeudi entre le maire de Québec, Bruno Marchand, le ministre de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, ainsi que le président-directeur général du Port de Québec, Mario Girard.

Il demeure toutefois impossible de confirmer si l’assouplissement de la limite de nickel dans l’air a fait partie des discussions.

Avec la collaboration de David Rémillard et de Juliette Lefebvre

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