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Le passé enfoui de Limoilou bloque une vente d’Hydro-Québec

Des hydrocarbures pétroliers ont été trouvés dans les sols de quatre terrains désaffectés.

Une clôture de fer sur laquelle est apposée une affiche mentionnant la présence d'un terrain privé et propriété d'Hydro-Québec

La vente de quatre terrains d'Hydro-Québec est suspendue depuis plus de deux ans dans le Vieux-Limoilou après la découverte d'hydrocarbures pétroliers.

Photo : Radio-Canada / David Rémillard

Ce qui devait être une vente facile de terrains non développés dans un secteur très demandé devient un véritable casse-tête pour Hydro-Québec. La découverte d'hydrocarbures pétroliers, vestiges du passé enfoui du Vieux-Limoilou, force la suspension du processus depuis plus de deux ans.

Situés dans un quadrilatère compris entre la rue des Sables, la 2e Rue, la 3e Avenue et la 4e Avenue, les lots en question accueillaient auparavant une ligne de transport d'électricité, propriété d'Hydro-Québec Transénergie.

Les pylônes qui s'y trouvaient ont été démantelés en 2017-2018, laissant les terrains vacants. Ensemble, ils totalisent plus de 2500 m2 de superficie non développée au beau milieu du secteur sud du Vieux-Limoilou.

Vue aérienne d'un quartier urbanisé.

Les terrains, en plein cœur d'un secteur résidentiel, occupent une superficie de plus de 2500 mètres carrés.

Photo : Radio-Canada

Comme le veut la procédure, les lots ont d'abord été offerts à la Ville de Québec, qui n'en a pas voulu. Hydro-Québec a donc lancé un processus d’appel d’offres pour la vente des terrains, explique Marc-Antoine Ruest, conseiller en relations avec le milieu pour la société d'État.

Un promoteur s'est rapidement manifesté pour trois d'entre eux. Cependant, il a retiré son offre après une analyse des sols qui démontrait une incompatibilité économique avec le projet, poursuit M. Ruest.

En d'autres mots, la découverte de sols contaminés a fait reculer le potentiel acquéreur.

Vente suspendue

Mise au courant de la situation, Hydro-Québec a procédé à ses propres analyses. À la suite de ces nouvelles informations-là, on a décidé d'entamer des études pour comprendre quel type de contaminants se trouvaient dans le sol.

En parallèle, le processus de vente a été suspendu et l'est toujours plus de deux ans plus tard.

Hydro-Québec a effectué une première étude en 2020. Une enquête complémentaire a par la suite confirmé la présence d'hydrocarbures pétroliers dans le sol pour l'ensemble des quatre terrains.

D'autres études restent à venir pour déterminer le coût d'une opération de décontamination. Selon son porte-parole, Hydro-Québec aura deux choix : vendre les terrains au rabais, en tenant compte du coût de la décontamination, ou payer elle-même les travaux de réhabilitation pour ensuite relancer un appel d'intérêt.

« On est en train d'analyser ce qu'on fait avec les terrains, quel type de décontamination est possible. »

— Une citation de  Marc-Antoine Ruest, conseiller en relations avec le milieu, Hydro-Québec

À ce jour, il est impossible de savoir quelle est la quantité d'hydrocarbures enfouis, admet M. Ruest, évoquant pour le moment des découvertes localisées.

Bien qu'elle n'ait pas encore le portait complet de la situation, Hydro-Québec se veut rassurante. Selon les données dont elle dispose, la société d'État ne croit pas que les hydrocarbures détectés puissent migrer vers les terrains voisins ou la nappe phréatique.

Un homme parle à la caméra portant un manteau bleu pour se protéger de la pluie.

La société d'État procédera à d'autres analyses et devra décider si elle décontamine ou non les terrains à ses frais, explique Marc-Antoine Ruest, conseiller en relations avec le milieu chez Hydro-Québec.

Photo : Radio-Canada

Ancien dépotoir et remblai

La source de la contamination des terrains est nébuleuse et demeure difficile à établir hors de tout doute.

Selon son porte-parole, Hydro-Québec a acquis les terrains dans les années 60, lors de la nationalisation de l'électricité dans la province. L'ancienne ligne, construite il y a près d'un siècle, appartenait à la Québec Power Company.

Hydro-Québec affirme aujourd'hui que la contamination n'est pas reliée aux activités de transport d'électricité et proviendrait plutôt de remblai effectué dans les années 30.

Radio-Canada a également pu retracer une carte de 1919 qui démontre la présence d'un ancien dépotoir, là où tout un pâté d'immeubles résidentiels a depuis été construit. Ce dépotoir couvrirait au moins trois des quatre lots appartenant à Hydro-Québec.

Carte arienne avec une zone ciblée entre la rue des sables, la 3e avenue, la 2e rue et la 4e avenue.

L'emplacement du dépotoir en 1919.

Photo : Radio-Canada / Google Earth

Pas d'historique

Il a été impossible de dresser un portrait complet de la contamination des terrains d'Hydro-Québec, des lots voisins ou du quadrilatère de l'ancien dépotoir de la Ville. Les données publiques sur ce que renferme le sous-sol sont en effet minimes.

Dans ce secteur précis, l'état des connaissances de la Ville est limité sur la présence ou non de contaminants, concède d'ailleurs l'administration municipale, qui ne caractérise et ne décontamine que les terrains qui lui appartiennent.

Chaque lot étant unique et ayant son historique propre, c'est au propriétaire ou à l'acheteur de procéder à la caractérisation et à la décontamination, soutient le porte-parole David O'Brien.

La Ville n'a pas non plus d'information sur les méthodes utilisées pour la décontamination, si elle a eu lieu, des terrains situés dans le même secteur, où plusieurs bâtiments résidentiels et industriels ont été construits il y a près d'un siècle. La collecte de ce genre de données n'était pas faite à l'époque.

Tout est possible

Sur l'ancien dépotoir et la contamination des terrains d'Hydro-Québec, la Ville se garde de tirer des conclusions. La contamination ne provient pas nécessairement des matériaux de 1919, les terrains ont peut-être eu d'autres usages entre le début du siècle et le moment où [on] y avait installé [des pylônes électriques], souligne M. O'Brien.

« Plusieurs hypothèses peuvent être faites, [la contamination] peut résulter d'une activité antérieure sur les terrains, ou encore d'un réservoir qui aurait pu fuir et s'y propager, bref tous les cas de figure sont possibles. »

— Une citation de  David O'Brien, porte-parole, Ville de Québec

Une partie du portrait se trouve probablement dans les études réalisées par les propriétaires actuels ou passés des immeubles, probablement au gré des transactions immobilières. Si de telles études existent, il n'y a cependant pas d'obligation de les transmettre à la Ville, rappelle M. O'Brien.

Ce dernier a plutôt renvoyé vers le ministère de l'Environnement et de la Lutte contre les Changements climatiques, ce n'est pas la Ville qui légifère et fait les suivis avec les parties impliquées, mais bien le ministère.

Selon les données au registre des terrains réhabilités du ministère, quelques terrains du secteur sud du Vieux-Limoilou étaient aussi contaminés aux hydrocarbures pétroliers. Des métaux, dont du nickel, ont aussi été trouvés à différents endroits.

Quant à l'ancien dépotoir de la Ville, le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques ne possède pas de dossier, a-t-on indiqué. Cela n’est pas inattendu étant donné que la Loi sur la qualité de l’environnement a été adoptée en 1972 et que le ministère de l’Environnement a été créé en 1979.

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