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Des Ontariens n’ont pas reçu l’alerte d’orages et veulent savoir pourquoi

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Les vents puissants du derecho de samedi ont soulevé le toit métallique du chalet d'Ed Paleczny dans la région de Peterborough, brisé la charpente en bois de son porche, plié ses panneaux solaires et cassé des poteaux téléphoniques.

Photo : Photo soumise par Ed Paleczny

Radio-Canada

L’alerte transmise par les canaux de communication aux régions frappées par les orages destructeurs qui ont fait 11 morts samedi dernier n’a pas été émise dans certains secteurs menacés.

La plupart des résidents de la région de Peterborough, entre Toronto et Kingston, n’ont donc eu aucun moyen de savoir que le danger approchait, à moins qu'ils n'aient prêté attention aux prévisions météorologiques.

Dans sa maison située à Lakefield, au nord de Peterborough, Ed Paleczny est encore visiblement ébranlé par les moments terrifiants qu'il a vécus avec sa femme le week-end dernier, lorsqu'ils ont vu une tempête détruire le chalet à ossature de bois où ils s'abritaient.

Jusqu'à ce que vous soyez dans une maison dont le toit se ferait arracher et où le bruit serait aussi fort que celui d'un train qui entrerait par votre porte, vous ne saurez jamais à quoi cela ressemble, dit-il.

Le couple a été pris dans la tempête – un événement rare et rapide connu sous le nom de derecho – qui a balayé l'Ontario et le Québec samedi. Avant que l'orage ne frappe, de nombreuses familles profitaient d'un long week-end ensoleillé.

Plus tôt en journée, une alerte d'urgence dite intrusive a été déclenchée dans la région de Toronto après un rapport qui signalait des vents de 132 km/h à l'aéroport de Kitchener, en Ontario. Des messages ont donc été envoyés aux stations de télévision et de radio ainsi qu'aux téléphones mobiles.

La femme et la fille de M. Paleczny venaient de rentrer dans leur chalet après une promenade en bateau sur le lac Stoney. À proximité, des adolescents voisins pagayaient dans leurs kayaks, tandis qu'un autre groupe venait de se lancer sur un bateau-ponton.

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Au lendemain de la tempête, M. Paleczny a découvert que les vents avaient encastré ce bateau dans un arbre.

Photo : Photo soumise par Ed Paleczny

Ce n'est que quelques instants plus tard qu'ils ont vu arriver les premiers signes d'une tempête.

Le ciel s'est assombri, puis il est devenu vert. Il y a ensuite eu un grand bruit qui ressemblait à un rugissement, puis un mur blanc de pluie s'est abattu sur nous, se souvient Ed Paleczny.

Je n'arrive pas à croire qu'avec la technologie d'aujourd'hui, [il n'y ait eu] absolument aucune alerte sur mon téléphone, sur le téléphone de ma femme [ou] sur celui de notre fille.

Ça y est : c’est la fin

Certaines personnes n’ont pas pu se mettre à l'abri à temps. La tempête a coûté la vie à 11 personnes.

L'une d'elles, une femme de 64 ans, a été frappée par la chute d'un arbre alors qu'elle campait dans la région de Peterborough. Près de là, à Lakefield, un homme de 61 ans est mort, lui aussi percuté par un arbre arraché.

La tempête a laissé une traînée de destruction dans le sud de l'Ontario et du Québec, abattant des arbres, endommageant des bâtiments et laissant environ 900 000 foyers et entreprises sans électricité à son apogée.

Ed Paleczny assure que sa famille n'a eu que quelques minutes pour se réfugier dans son chalet.

Pourquoi l'alerte d'orages violents n'a pas été déclenchée

La tempête meurtrière de samedi a été la première fois où le Canada a émis une alerte intrusive pour prévenir de l'arrivée d'orages extrêmement violents. Jusqu'à l'année dernière, seuls les avertissements de tornade entraînaient cette diffusion d'urgence sur les téléphones portables et pendant les émissions de télévision et de radio.

Toutefois, en juin 2021, Environnement Canada a élargi son programme d'alertes météorologiques pour inclure un sous-ensemble très spécifique d'avertissements d'orages extrêmes. En vertu de ces changements, une alerte n'est maintenant déclenchée que pour les orages violents capables de produire des vents d'au moins 130 km/h ou ceux qui sont potentiellement vecteurs de grêlons d'au moins sept centimètres.

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Les vents ont abattu des dizaines de pins dans les bois autour du chalet d'Ed Paleczny sur les rives du lac Stoney, près de Lakefield, en Ontario.

Photo : Photo soumise par Ed Paleczny

Peter Kimbell, météorologue responsable de la préparation aux alertes à Environnement Canada, a expliqué qu'à mesure que le derecho progressait dans le sud de l'Ontario, les prévisionnistes n'étaient pas entièrement convaincus que les vents atteindraient 130 km/h au moment où la tempête a frappé la région de Peterborough.

Cela signifie que l'alerte n'a pas été déclenchée pour la région de Peterborough, car le seuil requis n'avait pas été atteint. Toutefois, elle a été émise dans la région voisine de Lindsay-Northern Kawartha Lakes.

Le seuil est-il trop élevé?

Selon M. Kimbell, il vaut la peine de discuter de la question de savoir si 130 km/h est le bon seuil à l'avenir, d'autant plus que la plupart des dommages ont été causés par des vents de pointe de l'ordre de 120 à 130 km/h.

Il y a un équilibre entre avertir les gens des événements extrêmes et suralerter, poursuit-il.

M. Kimbell explique que même si les avertissements d'orage sont toujours diffusés sur divers canaux médiatiques ainsi que sur le site web et sur l'application MétéoCan d'Environnement Canada, le déclenchement d'une alerte intrusive pour chaque orage serait contre-productif.

Je pense que les gens en viendraient à s'énerver contre nous assez rapidement, donc nous limitons vraiment ces alertes aux orages qui s'annoncent exceptionnels, déclare-t-il.

George Kourounis, un chasseur de tempêtes établi à Toronto qui est aussi explorateur en résidence à la Société géographique royale du Canada, souligne la difficulté de trouver le bon équilibre.

Lorsqu'on lance trop d'alertes, les gens deviennent blasés, pense-t-il.

S’il estime que les alertes pour les tempêtes extrêmes sont une bonne idée, M. Kourounis suggère que le seuil de vitesse du vent pourrait probablement être baissé.

Des vents de 120 km/h peuvent faire d'énormes dégâts, surtout si c'est dans une large bande comme lors d'un derecho.

Je pense que cette tempête va constituer un très bon banc d'essai pour les météorologues qui émettent ce genre d'alertes : ils vont pouvoir analyser ce qui s'est passé et évaluer l'efficacité de ce qui a été fait.

Avec les informations de Jaela Bernstien, CBC

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