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Loi 96 : les tournages de films étrangers n’auront pas à être francisés

Un garçon de 10 ans, vêtu d'un manteau d'hiver et tenant un pistolet à eau sous le bras, sourit depuis l'extérieur d'une maison, décorée pour le temps des Fêtes.

Le film « Home Sweet Home Alone » a été tourné dans la région de Montréal.

Photo : 20th Century Studios / Philippe Bosse

Radio-Canada

Un amendement a été apporté au projet de loi de 96, adopté mercredi, pour tenir compte de la réalité du milieu du cinéma. Ce dernier craignait que les exigences accrues en matière de communication en langue française dans les entreprises ne fassent fuir de Montréal les gros studios américains voulant tourner leurs films au Canada.

Cet amendement modifie l’article 142 de la Charte de la langue française et précise que le programme de francisation adopté par les entreprises ne vise pas les activités qui sont directement liées à la production de ces biens culturels lorsque leur contenu linguistique est dans une autre langue que le français, et que ces activités ne peuvent être exercées autrement que dans cette autre langue.

Le Bureau du cinéma et de la télévision du Québec (BCTQ) se réjouit de voir que la loi a été clarifiée. Cela réaffirme à nos partenaires que sont les studios américains et des autres pays étrangers notre volonté de créer les conditions les plus compétitives pour attirer davantage de tournages étrangers au Québec, souligne Christine Maestracci, la présidente-directrice générale du BCTQ. 

Même satisfaction du côté de l’AQTIS 514 IATSE, qui représente 8000 pigistes travaillant dans la production audiovisuelle. Je suis très heureux de la réaction du gouvernement, a déclaré son président, Christian Lemay. La ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, a été très à l’écoute de notre réalité. Le gouvernement a senti le besoin de protéger la création d’emplois dans cette entreprise.

Les modifications apportées au projet de loi répondent aux inquiétudes , ajoute-t-il. 

Rester concurrentiel par rapport à Toronto et à Vancouver

En effet, les membres de cette organisation syndicale avaient peur de voir leurs emplois disparaître si les productions étrangères se mettaient à déserter Montréal, surtout que l’été s’annonce pauvre en tournage de grosses productions américaines. Seul le prochain film de la série Scream, au budget de 50 millions de dollars américains (environ 64 millions de dollars canadiens), sera tourné pendant deux mois dans la métropole québécoise. La gifle donnée par Will Smith à Chris Rock lors des Oscars a provoqué l’annulation du projet de suite au film Bright, qui devait être tourné à Montréal.

Les producteurs américains ne connaissent pas tous les détails de la loi 96. Un ouï-dire, une rumeur, c’est assez pour qu’ils se disent : "On va choisir Toronto pour tourner notre film, ce sera plus simple", explique Jean-Charles Myrand, un éclairagiste en cinéma qui travaille surtout sur des mégaproductions américaines. 

Le Québec n’est pas forcément une destination de premier choix, ajoute-t-il. Avoir des autorisations pour des lieux de tournage, c’est devenu difficile à Montréal.

Le français se fait entendre sur les plateaux

Selon ce professionnel, le français est déjà parlé sur les plateaux de tournage des gros films américains. Les discussions concernant la santé et la sécurité se déroulent en français, les membres du personnel technique se parlent dans la langue de Molière, et l’anglais est surtout utilisé pour communiquer avec les chefs, qui viennent des États-Unis. 

Des efforts sont faits pour la traduction des contrats en français et, des fois, on voit les Américains s’essayer en français, précise Jean-Charles Myrand. 

La seule fois où il s’est vu imposer de s’exprimer en anglais sur un plateau était lors du tournage d’un Hockey Night in Canada, au Centre Bell, il y a huit ans. Don Cherry a dit : "Vous ne parlez pas français dans cette émission", se rappelle-t-il. 

Selon Christian Lemay, le gouvernement du Québec doit désormais faire de la pédagogie au sujet de la loi 96 auprès des producteurs et productrices de cinéma de l’étranger pour les rassurer. Si on explique la situation, on va probablement relancer notre industrie, dit-il.

Quant à la baisse du nombre de tournages de grosses productions américaines cet été, Christine Maestracci la voit comme un retour à la normale après les records de l’an dernier. L’année 2021 a été exceptionnelle sur tous les indicateurs de l’industrie audiovisuelle.

Ce texte a été écrit à partir d'entrevues réalisées par Catherine Richer, chroniqueuse culturelle à l'émission Le 15-18. Les propos ont pu être édités à des fins de clarté ou de concision.

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