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Analyse

Charest et Poilievre, entre mirages et exagérations

Pierre Poilievre et Jean Charest sur la scène du débat en français à Laval.

Pierre Poilievre et Jean Charest ne sont pas toujours factuels lorsqu'ils débattent d'économie dans la course à la direction conservatrice.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Cela fait quelques fois que Jean Charest affirme que la baisse d’impôt de 2008 a permis au Québec de faire mieux que les autres durant la crise financière et la grande récession. Le candidat à la direction du Parti conservateur du Canada est-il en train de revisiter le passé?

Retour en arrière. Le gouvernement libéral que Jean Charest dirigeait au Québec annonçait, dans le budget 2008-2009, une baisse de 950 millions de dollars de l’impôt des Québécois. Comme le précisait le budget déposé par la ministre des Finances de l’époque, Monique Jérôme-Forget, cette baisse d’impôt devait contribuer à la croissance économique de l’année 2008 à hauteur de 0,3 point de pourcentage. C’est à la page B.22 du document budgétaire.

Ce n’est pas négligeable. Mais le candidat Charest, aujourd’hui, force un peu la note en disant que cette baisse d’impôt a été un facteur déterminant dans le fait que le Québec a été frappé moins brutalement que ses voisins par la grande récession de 2008-2009.

Dans le budget, la croissance prévue par le ministère des Finances était de 1,5 % en 2008 et de 2 % en 2009. Dans les faits, avec la crise financière qui a frappé à partir de l’été 2008, la croissance s’est limitée à 1 % cette année-là et le PIB réel a reculé de 0,3 % en 2009.

Il faut bien comprendre que le gouvernement Charest, au moment d’annoncer sa baisse d’impôt, prévoyait que c’était surtout la baisse de TPS (taxe fédérale) et la baisse d’impôt du gouvernement du Canada qui allait donner le plus d’impulsion à l’économie du Québec, avec un apport de 0,7 point de pourcentage à la croissance en 2008.

Cette réduction fiscale du gouvernement de Stephen Harper allait représenter, selon l’estimation prévisionnelle des fonctionnaires du ministère des Finances à Québec, près de la moitié de la croissance économique prévue, cette année-là, à 1,5 %.

La crise financière est arrivée et l’économie est entrée en récession. Dans le budget suivant, le gouvernement a accéléré ses investissements dans les infrastructures. Et c’est vraiment cette mesure qui a été vue comme la plus stimulante pour l’économie du Québec.

Au lieu d’un recul de 1,2 % du PIB, prévu dans le budget 2009-2010, pour l’année 2009, la baisse du PIB réel s’est limitée à 0,3 %. Les deux derniers trimestres de 2008 et le premier de 2009 ont été négatifs, puis l’économie a repris sa croissance.

Ça, c’est l’histoire complète sans aucun raccourci, à laquelle je me permets d’ajouter et de rappeler que le 1er janvier 2011, le gouvernement Charest a relevé la taxe de vente du Québec, la faisant passer de 7,5 % à 8,5 %.

Alors, oui, le gouvernement de Jean Charest a augmenté la taxe de vente. Mais il a aussi baissé les impôts. Et il a poursuivi une politique visant à équilibrer le budget, ce qu’il n’est pas parvenu à réaliser, toutefois, avant sa défaite de 2012.

Une allergie aux taxes

Il est reproché, par ailleurs, à Jean Charest d’avoir lancé le marché du carbone, qui a pour objectif de faire payer un prix croissant sur les tonnes d’émission de gaz à effet de serre qui sont émises. Jean Charest a exprimé cette idée en 2007; elle s’est matérialisée en 2013 au Québec, qui s’est associé à la Californie, en 2014, pour créer un système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre.

Aujourd’hui, la plupart des provinces au pays ont instauré une forme de taxation du carbone. Le gouvernement fédéral impose une taxe sur le carbone dans les provinces qui ont refusé de mettre en place un système. Les sommes amassées sont reversées sous forme de paiements aux contribuables et de programmes de lutte contre les changements climatiques.

Cette taxation est essentielle dans cette lutte. Abolir la tarification du carbone aujourd’hui, c’est transférer la dette climatique aux prochaines générations. Les gestes que nous posons aujourd’hui auront des répercussions sur la vie de nos enfants et de nos petits-enfants.

Si, en 2025, on abolissait la tarification sur le carbone, à combien faudrait-il la réinstaurer en 2030, en 2035, en 2040, alors que les experts du GIEC nous préviennent du pire si la tendance n’est pas renversée maintenant? Pourquoi les conservateurs tiennent-ils autant à léguer une telle dette, un tel fardeau économique, aux prochaines générations?

Non, les cryptomonnaies ne protègent pas de l’inflation

Il n’est pas étonnant, en pleine campagne à la direction d’un parti, qu’un candidat cherche à améliorer son bilan. Il est encore moins étonnant de voir un candidat à la direction du Parti conservateur chercher à démontrer qu’il est le champion des baisses d’impôts, de taxes et de tarifs. C’est dans l’ADN des conservateurs de faire de telles promesses.

Mais il est franchement consternant et inquiétant, sur le plan économique, d’entendre un candidat comme Pierre Poilievre proposer de congédier le gouverneur de la Banque du Canada parce qu’il n’est pas d’accord avec lui ou l’entendre vanter les cryptomonnaies comme étant une forme de protection contre l’inflation.

Ce positionnement, s’il devait se maintenir à long terme, advenant que Pierre Poilievre devienne le chef du Parti conservateur, pourrait être néfaste pour l’économie canadienne et les finances des particuliers. J’en ai parlé récemment dans un texte à propos de la Banque du Canada et des déclarations du candidat Poilievre.

À propos des cryptomonnaies, en disant que ces actifs pourraient permettre aux Canadiens de s’extirper de l’inflation, Pierre Poilievre induit les personnes qui l’écoutent en erreur. Les cryptomonnaies sont trop peu utilisées pour permettre aux ménages moyens de ne pas subir l’inflation sur les prix de l’essence, du poulet, du bœuf, du logement ou des vêtements.

Dans un texte publié le 7 avril dernier dans le Globe and Mail, un ancien surintendant adjoint des institutions financières, Mark Zelmer, aujourd’hui chercheur à l’Institut CD Howe, affirmait que la protection contre l’inflation est un bénéfice que les cryptoactifs n’offrent pas.

Les cryptos, comme le bitcoin et l’ethereum, avec la technologie de la chaîne de blocs, ne sont pas sans avenir, loin de là. La sécurisation des transactions avec la blockchain est plus intéressante que ce que propose le système financier actuel avec ses infrastructures vieillissantes, selon Mark Zelmer. Mais il faut encadrer le secteur pour mieux protéger les consommateurs, dans cet univers très spéculatif et particulièrement complexe.

Les Canadiens seront déçus, dit-il, s’ils pensent que de détenir et de négocier des cryptoactifs va les protéger de l’inflation. Les actifs, comme le bitcoin et l’ethereum, n’ont pas de valeur intrinsèque. Leurs prix, ou leurs taux d’échange si vous préférez, sont extrêmement volatils de jour en jour et de semaine en semaine, avec des variations quotidiennes qui peuvent aller jusquà 30 %. Il serait très difficile pour n’importe quelle entreprise d’apposer des prix sur ses biens et ses services, ou pour les Canadiens d’avoir confiance dans la valeur de leurs épargnes.

Si les faits vous intéressent, cette campagne à la direction du Parti conservateur du Canada fait parfois mal aux oreilles.

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