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Immigration : le gouvernement Legault accusé de politiser le débat

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Une consultation publique sur l'immigration aurait dû avoir lieu cette année.

Photo : Radio-Canada / Roxanne Langlois

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Au moment où la pénurie de main-d'œuvre fait rage au Québec, la décision du gouvernement Legault de reporter à l’an prochain sa consultation publique sur l’immigration déçoit le milieu des affaires, qui l’accuse de politiser un enjeu crucial pour la survie de nombreuses entreprises.

Il est temps de dépolitiser cette question-là et ce n’est certainement pas dans une campagne électorale qu’on va réussir à faire ça, s'exclame le président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), Charles Milliard.

Étant donné que sa planification de l’immigration 2020-2022 vient à échéance, le gouvernement aurait dû tenir une consultation cette année, afin que les groupes intéressés donnent leur avis sur les seuils d’immigration, une question brûlante d’actualité.

En 2019, cette consultation avait nécessité seulement quatre jours d’audiences pour entendre une trentaine d’intervenants. Or, dans le contexte électoral de cette année, le gouvernement a préféré repousser cet exercice en 2023.

La réalisation d’un exercice de planification pluriannuelle, assorti d’une consultation publique en commission parlementaire, représentait un risque de non-respect du calendrier des travaux, explique par courriel le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration.

M. Milliard ne cache pas sa déception de voir que le prochain forum où l’on risque de débattre réellement d’immigration est celui de la campagne électorale provinciale de cet automne, une perspective qui ne laisse rien présager de bon, selon lui.

« Je ne pense pas que les Québécois sortent gagnants d’une discussion où on pourrait prendre certains raccourcis dans le cadre d’une campagne électorale, alors que c’est un enjeu crucial. »

— Une citation de  Charles Milliard, PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec
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Charles Milliard, président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec

Photo : Fédération des Chambres de Commerce du Québec

Une occasion ratée

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante est également déçue de la tournure des événements. C'était une belle occasion de sortir d'une possible division sur cet enjeu-là, indique le vice-président pour le Québec, François Vincent.

Il n'y a jamais eu un moment où les conditions sont plus gagnantes pour une intégration des immigrants qui est réussie. Les petites et moyennes entreprises doivent refuser des ventes et des contrats partout au Québec, dit-il.

« Ces consultations-là [...] auraient été pertinentes pour prendre la meilleure décision pour le Québec, pour son économie et pour le fleurissement de sa société qui est distincte. »

— Une citation de  François Vincent, vice-président Québec à la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante
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François Vincent, vice-président Québec à la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante

Photo : Skype / Capture d'écran

Jeudi, le ministre de l’Immigration, Jean Boulet, a indiqué qu’il lui paraissait raisonnable que le Québec puisse accueillir jusqu’à 58 000 immigrants par année, comme le lui recommandent des experts, alors qu'auparavant, le gouvernement Legault parlait d'un maximum de 50 000.

M. Boulet a cependant précisé que les seuils seront déterminés après les consultations qui auront vraisemblablement lieu en 2023.

Quelques heures plus tard, sur Twitter, le ministre a fait volte-face. Je me suis mal exprimé et j'ai été mal compris [...] Notre capacité d'accueil et d'intégration est limitée à 50 000 immigrants, a-t-il écrit.

Gouverner par sondages

En repoussant la consultation sur les seuils d’immigration, le gouvernement ne fait que démontrer qu’il ne veut pas en débattre, selon Me Maxime Lapointe, avocat spécialisé en droit de l’immigration.

On est en fin de mandat, donc ça ne semble pas une priorité pour eux de voir ce que les gens autour auraient à penser des seuils d'immigration au Québec, croit-il.

Récemment, la CAQ a commandé un sondage dont les résultats diffusés par le Journal de Québec montrent que deux répondants sur trois ne veulent pas plus de 50 000 immigrants par année dans la province.

Ça fait quatre ans qu’on a un gouvernement qui gouverne par sondage, critique Me Lapointe.

« C'est la couleur du gouvernement de la CAQ : on ne prend pas en compte l'opinion des gens qui interviennent tous les jours dans des secteurs précis de la société. On y va comme on pense. »

— Une citation de  Me Maxime Lapointe, avocat spécialisé en droit de l'immigration
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Me Maxime Lapointe, avocat spécialisé en droit de l'immigration

Photo : Radio-Canada

À l’inverse, l’avocat Ho Sung Kim, vice-président de l'Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration, est d'avis que le report de la consultation ne pose pas trop de problèmes et est assez raisonnable.

Je pense que c’est quand même respectable qu’ils ne veulent pas lier le nouveau gouvernement élu avec leur plan de trois ans, avance Me Kim.

Pédagogie

Me Lapointe croit néanmoins que la consultation aurait été une belle occasion d’expliquer aux Québécois comment fonctionne véritablement le système d’immigration.

Cela aurait notamment permis de montrer, selon lui, que les seuils d’immigration sont trop bas par rapport aux inventaires de dossiers actuels.

C'est le point majeur : il faut expliquer à la population que les 50 000 qu'on laisse entrer, c'est des gens qui sont déjà majoritairement ici, poursuit-il.

Les gens qui attendent une résidence permanente, ça peut être des gens qui sont ici sur le territoire, ça peut être le caissier du coin, votre banquier, votre technicien juridique dans le bureau d'avocat, cite en exemple Me Lapointe.

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