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L’Alberta est en tête des provinces canadiennes en matière de chômage de longue durée

Une personne devant un tableau d'annonces d'emploi.

Bien que les emplois aient augmenté en Alberta, la province affiche un taux de chômeurs de longue durée nettement au-dessus de la moyenne canadienne (archives).

Photo : CBC

Radio-Canada

Avec près de 33 % de chômeurs sans emploi depuis au moins 6 mois, l’Alberta se hisse en tête du classement des provinces canadiennes dans ce domaine.

Généralement, toute personne active sans emploi depuis six mois ou plus est comptabilisée parmi les chômeurs de longue durée. En la matière, l’Alberta affiche un taux de 32,9 %, un chiffre bien supérieur à la moyenne canadienne, qui se situe à 20,9 %.

Selon des données provinciales, la plupart des personnes en chômage de longue durée ont 50 ans et plus. Parmi elles, les hommes représentent 52 %.

Les mêmes données indiquent que 81,6 % de ces chômeurs de longue durée ne sont liés à aucune industrie ou profession en particulier.

Revers de la médaille

Les chiffres sur le chômage de longue durée en Alberta sont le résultat d’analyses portant sur les résultats de la dernière enquête mensuelle de Statistique Canada, qui porte sur le mois d’avril.

Selon l’agence fédérale, le nombre d'emplois a augmenté de près de 16 000, en Alberta, tandis que le taux de chômage a chuté à 5,9 %, soit son plus bas niveau depuis 2015.

Doug Schweitzer, le ministre albertain de l'Emploi, de l'Économie et de l'Innovation, se félicite de ces indicateurs. Il croit qu'ils sont le fruit des efforts et des politiques du gouvernement visant à attirer les investissements dans la province.

S'ils reconnaissent que l'Alberta se classe plutôt bien en matière de taux de chômage, certains économistes notent toutefois qu'elle est en tête des provinces lorsqu'il est question du nombre de chômeurs de longue durée.

Récession ou prix de l'énergie?

La récession liée à la pandémie figure parmi les explications évoquées.

Il y a toutes sortes de retombées à cela, explique à ce propos Trevor Tombe, professeur d'économie à l'Université de Calgary. Il ajoute que cette part du chômage de longue durée est à peu près la même que lors de la récession de 2015.

De son côté, le gouvernement albertain attribue ce chômage de longue durée à l'effondrement des prix de l'énergie, aux contractions de l'économie mondiale et à l'impact de la pandémie de COVID-19.

Le premier facteur rappelle la dépendance de l’économie de la province à la production pétrolière et gazière.

Ce secteur, selon Trevor Tombe, a beaucoup pâti du recul des investissements qui ont chuté de manière significative pendant cette récession et il ne s’est vraiment pas rétabli, malgré la récente hausse des cours du pétrole.

Il note en outre que bon nombre de travailleurs [dans ce secteur] étaient jeunes et relativement peu scolarisés, [ce qui] rend difficile leur transition vers d'autres types d'activités, souligne-t-il.

Les conséquences attendues

Bien des retombées négatives peuvent être liées au chômage de longue durée.

Doug Charters travaillait à temps plein comme technicien du son et machiniste pour le syndicat des techniciens du cinéma et de la scène de Calgary lorsque la pandémie a frappé. Ayant été sans emploi pendant près de deux ans, il compare sa situation à celle d’une personne victime de noyade et qui se retrouve plus tard sur une plage.

Il y a encore d'autres personnes qui n'ont pas survécu, témoigne-t-il, faisant ainsi allusion à la difficulté de reprendre le travail après une longue période de pause, car plus une personne est au chômage depuis longtemps, plus elle peut avoir l'impression que ses compétences se sont érodées ou sont devenues obsolètes.

Cette situation engendre des préoccupations plus larges pour les décideurs politiques, à savoir un taux de participation à la population active plus faible, ce qui a des conséquences sur la croissance économique et les recettes publiques, ajoute Trevor Tombe de l’Université de Calgary.

Des propositions de solutions

La situation peut s’avérer paradoxale lorsque l'on compare le taux de chômage à long terme à la pénurie de main-d'œuvre qui touche plusieurs secteurs de l'économie de la province, dont celui de l'énergie.

Le bond récent des cours de l'énergie a entraîné une pénurie de main-d'œuvre dans l'industrie, car les compétences recherchées n'étaient pas les mêmes que celles qu'avaient les employés mis à pied lorsqu'ils étaient plus bas, note Pat Hufnagel-Smith, consultante en marché du travail et spécialiste du secteur de l'énergie.

Bien qu'il y ait une certaine transférabilité, [ce n'est] certainement pas le type de transférabilité des compétences nécessaire pour absorber certains de ces travailleurs, ajoute-t-elle.

Il faudra donc aider ces travailleurs à adapter leurs compétences à de nouveaux emplois, suggère Jim Stanford, économiste et directeur du Centre for Future Work de Vancouver. Il exhorte ainsi les recruteurs à s’employer à trouver des postes pour certains de ces chômeurs de longue durée et le gouvernement à envisager des subventions pour les entreprises qui embauchent des personnes sans expérience, par exemple.

« Toutes sortes d'initiatives différentes ont vraiment besoin d'être soutenues par le gouvernement, qui a commencé à aller dans cette direction, mais ça va être un long processus. »

— Une citation de  Trevor Tombe, professeur d'économie à l'Université de Calgary

Le gouvernement provincial a annoncé son programme Alberta at Work (l'Alberta au travail), dont l’objectif est de créer de nouveaux emplois, y compris pour les chômeurs de longue durée.

Avec les informations de Joel Dryden

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