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Créés il y a vingt ans, les GMF sont un échec, selon une étude de l’IRIS

Pancarte d'accueil d'un GMF, ou groupe de médecine familiale.

Les groupes de médecine de famille (GMF) devaient permettre de désengorger les urgences et améliorer l'accès à la première ligne. Mais selon une étude de l'IRIS, vingt ans après leur création, c'est un échec.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les groupes de médecine de famille (GMF) échouent à rendre accessibles les services de santé de première ligne. C’est la conclusion à laquelle arrive Anne Plourde, chercheuse à l’Institut de recherche et d’information socioéconomiques (IRIS), dans une étude publiée jeudi.

Les GMF devaient améliorer l’accès aux médecins de famille, [mais] on constate [qu’ils] n’ont pas permis d’améliorer [l’accès], a indiqué Mme Plourde en entrevue sur ICI RDI.

Selon la chercheuse, les difficultés persistantes d’accès à un médecin de famille montrent bien que les GMF ont été incapables d’assurer un meilleur accès à la première ligne, alors que c’est précisément la mission qu’on leur avait confiée au moment de leur création, précise-t-elle dans un communiqué.

L’étude de l’IRIS démontre que le ratio de patients pris en charge par des médecins qui travaillent dans un GMF n’a augmenté que de 2 % entre 2014 et 2021. Or, le nombre de médecins en GMF a, lui, augmenté plus rapidement que la population qui est inscrite dans les GMF entre 2014 et 2019, explique le communiqué.

L’accès à certains services comme les consultations psychosociales a quant à lui diminué pour les personnes qui ne sont pas inscrites auprès des médecins de GMF, note l’étude. Depuis leur création, les GMF ont pourtant bénéficié d’un soutien financier et organisationnel important de la part des gouvernements successifs, ajoute Mme Plourde.

Elle rappelle qu’à leur création, il y a 20 ans, par le ministre de la Santé et des Services sociaux de l’époque, François Legault, les GMF devaient, outre améliorer l’accès, aussi permettre de désengorger les urgences. La chercheuse estime qu’il s’agit là aussi d’un échec.

On a constaté que, dans certains cas, ce sont les urgences qui dépannent les GMF, s’est désolée Mme Plourde en entrevue. Les plus petits GMF ont la possibilité de prendre des ententes avec d’autres établissements [de santé] pour qu’ils donnent des services, notamment le soir et la fin de semaine, a-t-elle expliqué.

On voit difficilement comment les GMF pourraient permettre de désengorger les urgences, a commenté Mme Plourde.

Médecine inc.

Un des problèmes, c’est que les GMF sont un modèle centré sur les médecins, a affirmé Mme Plourde en entrevue. Soixante-quinze pour cent des GMF sont des entreprises privées, qui sont la plupart du temps possédées par des médecins – mais pas toujours, a-t-elle expliqué.

« On a une médecine à but lucratif qui est en train de se développer et qui ne répond pas aux besoins de la population en termes d’accès aux médecins de famille et aux services psychosociaux. »

— Une citation de  Anne Plourde, chercheuse à l’Institut de recherche et d’information socioéconomiques (IRIS)

En 2020-2021, ce sont 340 millions de dollars qui ont été octroyés aux GMF, ce qui peut attirer certaines entreprises, croit l’IRIS.

Dans son étude, Mme Plourde rapporte que le transfert de ressources professionnelles vers les GMF a eu pour conséquences la perte de certains services psychosociaux de première ligne qui étaient offerts par des CLSC. Les consultations sociales ont chuté de 42 % par rapport à l’offre en CLSC, et les consultations psychologiques ont, elles, baissé de 52 %, selon l’étude de l’IRIS.

Dans la mesure où le gouvernement veut accroître les rôles des GMF et leur financement, l’IRIS conclut qu’ils ont échoué dans leur mission.

Quand il y a des entreprises privées comme Telus et Bonjour-Santé qui investissent beaucoup d’argent dans des cliniques privées, dites-vous que ce n’est pas pour votre taux de cholestérol, a réagi le député de Québec solidaire Vincent Marissal.

Le gouvernement se projette dans l’avenir avec une solution qui est mal ficelée, qui nous fait rêver d’un système qui fonctionne, qui fait rêver un certain nombre de Québécois qu’ils auraient à la fin d’un premier mandat un médecin de famille, a pour sa part indiqué Joël Arseneau du Parti québécois.

Une mauvaise interprétation, croit le président de la FMOQ

C’est dommage qu’on interprète des chiffres sans la connaissance du terrain, a affirmé le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Marc-André Amyot, en entrevue sur ICI RDI.

Pour lui, les GMF sont loin d’être un constat d’échec. L’étude de l’IRIS manque sa cible, dit-il, car quand on parle de désengorger les urgences, ça n’a rien à voir avec les GMF. Il a mentionné que l’engorgement des urgences, c’est dû au nombre de patients sur civière qui ne montent pas à l’étage, et que la majorité des GMF ont ouvert des plages pour réorienter des patients qu’on appelle des priorités 4 et 5 qui ne nécessitent pas la salle d’urgence.

Pour le Dr Amyot, l’étude de l’IRIS qui affirme que des GMF ont des ententes avec des établissements de santé pour transférer des patients n’explique pas tout. Il a précisé que ce sont souvent les mêmes médecins qui sont au GMF et à la salle d’urgence, en citant l’exemple de Port-Cartier. Mais ce genre d’entente-là n’arrive pas à Montréal ou dans les grands centres, a-t-il dit, en ajoutant que la conclusion de l’IRIS est une mauvaise connaissance du terrain, une mauvaise interprétation.

Pour lui, le rôle des GMF est de donner des services à des patients inscrits, et le service à la clientèle est rendu.

Le Dr Amyot a également noté qu’une nouvelle entente avec le gouvernement, qui a été entérinée par les médecins de famille, permet de répartir sur d’autres professionnels de première ligne les soins de santé, et que des services seront rendus – mais pas nécessairement par un médecin.

Le guichet d’accès à la première ligne permettra, dans ce cas, d’orienter les patients vers la bonne ressource, a plaidé le Dr Amyot.

Aussi, il manque selon lui plus de 1000 médecins de famille au Québec. La promesse de donner un médecin de famille pour tous est tout à fait irréaliste, croit-il.

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