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Un médicament anticancéreux permettrait de soigner la douleur chronique, selon une étude

Portrait du professeur Altier dans son laboratoire devant un microscope à Calgary, en mai 2022.

Selon le professeur Christophe Altier, la curiosité est la meilleure façon de faire de nouvelles découvertes scientifiques.

Photo : Riley Brandt

Marie Mounier

Un médicament utilisé jusqu'à maintenant comme traitement anticancéreux pourrait potentiellement permettre de soulager les douleurs chroniques et remplacer l’usage de certains opioïdes, selon une étude de l’Université de Calgary.

Les résultats de la recherche effectuée sur des souris et des tissus humains ont été publiés dans The Journal of Clinical Investigation (en anglais) (Nouvelle fenêtre).

Depuis une dizaine d'années, Christophe Altier, un professeur associé en physiologie et pharmacologie à l'Université de Calgary, et son équipe essaient de comprendre les mécanismes de la douleur.

Notre étude a été de regarder de manière globale toutes les molécules produites par les nerfs, explique le professeur. On s’est alors rendu compte que l’une d’entre elles jouait un rôle important dans cette communication de la douleur chronique au cerveau.

Cette molécule, connue de prime abord dans les pathologies cancéreuses provoquant, par exemple, la croissance des tumeurs dans le cerveau ou les poumons, entraînerait cette douleur persistante, dite chronique, selon l’étude.

Cette découverte a aussi permis au groupe de scientifiques de rapidement avancer dans ses recherches, puisqu’un traitement médicamenteux a déjà été développé pour contrer les effets de cette molécule dans le contexte de cancers.

Serge Marchand, professeur associé en neurophysiologie à l'Université de Sherbrooke, souligne lui aussi l'intérêt de la préexistence d'un médicament.

Le plus complexe, après la découverte [...] d'une molécule, c'est de chercher un antagoniste. Là, le traitement existe déjà, donc après de nombreuses études fondamentales, ça pourrait assez rapidement aller vers des essais cliniques.

Une solution possible à la douleur

Pour le professeur Altier, la corrélation était presque évidente : si ce médicament a un effet sur la molécule dans les pathologies cancéreuses, il peut en avoir un sur la douleur chronique que celle-ci provoque.

Nous avons décidé de l’essayer [sur un modèle animal] afin de voir s'il permettait de soulager vraiment la douleur, détaille le scientifique. Les résultats sont alors inespérés. On s’est rendu compte qu’il marchait très bien.

En effet, à très faible dose, le médicament serait analgésique et efficace sur les douleurs dites inflammatoires.

Selon Christophe Altier, la quantité minime, bien inférieure à celle qui est utilisée pour le traitement clinique du cancer, serait aussi un avantage.

« C’est une donnée importante, car, souvent, les médicaments sont associés à des effets secondaires et plus la dose est grande, plus ils sont importants. »

— Une citation de  Christophe Altier, professeur associé en physiologie et pharmacologie à l'Université de Calgary

Remplacer l’utilisation des opioïdes

L’étude laisse également entendre que, contrairement aux médicaments utilisés actuellement contre les douleurs chroniques, tels que les opioïdes, la quantité prescrite de ce traitement resterait stable.

« Avec le temps, l’effet pharmacologique des opioïdes diminue et, donc, la dose doit être augmentée. On crée alors des effets de dépendances [et] des effets secondaires importants pouvant aller jusqu’au décès. »

— Une citation de  Christophe Altier, professeur associé en physiologie et pharmacologie à l'Université de Calgary

Pour Serge Marchand, il n'est pas encore possible de dire si ce traitement permettra de remplacer l'usage des opioïdes, mais les premiers résultats sont prometteurs. Est-ce que ça a le potentiel de remplacer, pour certains patients, les opioïdes? Fort probablement. Et c’est là que ça devient intéressant, remarque-t-il.

Ce traitement, testé avec succès sur des souris, doit maintenant passer à l'étape des essais cliniques. Cette phase essentielle, mais très longue, permettra notamment aux scientifiques d'approfondir leurs recherches afin de vérifier l’efficacité du médicament sur d’autres types de douleurs.

Pour l’instant, ce médicament marche bien face aux douleurs liées à l'inflammation. Maintenant, on aimerait aussi savoir s'il est efficace face aux autres types de douleurs, telles que [les douleurs] neuropathiques, conclut le professeur Altier.

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