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7 députées témoignent du sexisme ambiant en politique

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Andrea Horwath, cheffe du NPD de l'Ontario, écoute le discours du Trône en mars 2018 aux côtés d'autres députés néo-démocrates (Archives).

Photo : Patrick Morrell / CBC

Maud Cucchi

Quatre ans et demi après la déferlante #MoiAussi, comment les députées ontariennes perçoivent-elles le sexisme? Radio-Canada a demandé aux élues sortantes qui se représentent le 2 juin de partager leurs expériences de harcèlement et d’intimidation. Sept d’entre elles, de toutes tendances politiques, ont accepté de témoigner.

Des patrons m'appelaient au milieu de la nuit pour me demander ce que je portais ou utilisaient leur autorité pour me convaincre de sortir avec eux, se souvient Lucille Collard, députée sortante et candidate pour le Parti libéral de l'Ontario dans Ottawa-Vanier.

Cette situation, elle l’a vécue avant d’être élue quand elle était employée au sein de bureaux politiques. Depuis, Mme Collard a développé plus de résilience et une position plus forte sur [sa] légitimité, nous écrit-elle.

Parmi les témoignages recueillis, l'élément qui revient le plus est la sexualisation à laquelle sont soumises les femmes politiques.

Une fois, je me suis présentée à l'avance à un organisateur d'un événement communautaire qui m'a saluée en me disant : "Es-tu ma récompense du week-end? Ha ha! J'aurais certainement du mal à l’expliquer à ma femme!", partage Jennifer French, députée du NPD depuis 2014.

Sans surprise, les commentaires déplacés portent sur le physique – ils vous disent combien vous êtes jolie (ou combien vous avez l'air fatigué), et [ils] s'imaginent que leur contribution ou leur faveur est souhaitée ou intéressante, cite Mme French avec plusieurs exemples à l'appui.

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«Je suis souvent présentée par mon seul prénom», déplore aussi la députée sortante Jennifer French, photographiée en compagnie de la cheffe du NPD Andrea Horwath. (Archives)

Photo : CBC

C'est fascinant de voir les hommes commenter mon intelligence lorsqu'ils travaillent avec moi, poursuit-elle avec humour et agacement.

Je n'ai jamais vu un homme faire remarquer à un autre homme que son intelligence était inattendue. En tant que membre de l'Assemblée législative, je m'attendrais à ce qu'un confrère soit qualifié et compétent - cela devrait être une surprise s'il ne l'était pas. À bon entendeur...

D’autres élues évoquent des critiques masculines visant leur attitude ou leur ton. Comme ma cheffe, Andrea Horwath, on m'a traitée de colérique lorsque je m'affirmais ou que je posais des questions au gouvernement, confie à son tour la députée sortante du NPD Marit Stiles.

La cheffe, justement, note que la parole des femmes peine encore à se faire entendre.

En tant que femme leader, je peux vous dire que nos voix, nos contributions, notre expérience et nos capacités sont trop souvent rejetées, méprisées, carrément ignorées, et que nous sommes souvent jugées plus sévèrement, écrit Andrea Horwath. Et c'est encore plus difficile pour les femmes racialisées, transgenres et queer.

Ces situations poussent les femmes qui en sont victimes à adopter plusieurs stratégies de réponse et d'évitement.

« Lorsqu'on me dit à quel point je suis jolie dans mon travail, je fais souvent savoir que, plus important encore, je suis efficace. J'admets que cela rend la situation embarrassante, mais je ne sais pas pourquoi on attend toujours de moi que je dise merci pour des commentaires personnels non sollicités. »

— Une citation de  Jennifer French, députée NPD sortante de la circonscription d'Oshawa

Mme French explique même avoir perfectionné un regard gêné, qui cligne lentement des yeux, en réponse à des commentaires inappropriés jusqu'à ce qu'ils se corrigent, s'excusent ou se dégonflent.

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Élue en 2018 sous la bannière du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario, Donna Skelly se représente dans la circonscription de Flamborough—Glanbrook.

Photo : Facebook/Donna Skelly

Mais toutes ne partagent pas les mêmes observations, que cela tienne à l’expérience personnelle ou à la ligne politique du parti à défendre.

Je n'ai pas rencontré de difficultés exceptionnelles en tant que femme au cours de mon premier mandat de députée, assure la conservatrice Donna Skelly. Mes collègues masculins à Queen's Park n'ont fait aucun commentaire sexiste à mon égard. Ils m'ont toujours traitée avec respect. Les commentaires des membres du public en ligne peuvent parfois être critiques ou négatifs, reconnaît-elle, mais ils ne sont pas sexistes.

Sororité

Pour faire front commun contre le sexisme et autres manifestations de discrimination, plusieurs députées évoquent une nécessaire sororité qui dépasse les clivages politiques.

La députée conservatrice Jill Dunlop, par exemple, a récemment exprimé son soutien à sa rivale du Parti vert de l’Ontario dans la circonscription de Simcoe Nord, la candidate autochtone Krystal Brooks, dont les panneaux de campagne ont été vandalisés par des gens qui y ont écrit des propos racistes et haineux.

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L'une des affiches électorales vandalisées de la candidate autochtone Krystal Brooks, issue de la Première Nation Rama.

Photo : @KrystalKwe123/Twitter

Autre victime de vandalisme pendant la campagne électorale, la candidate libérale Mitzie Hunter a vu 16 de ses panneaux électoraux défigurés par des propos injurieux, début mai.

Soutenir les autres femmes en politique, c’est très important pour moi, peu importe le parti qu'elles représentent, fait valoir Mme Dunlop. Elle a invité les internautes à prendre connaissance de la déclaration de son adversaire, qu’elle n’a pas hésité à relayer sur sa propre page électorale.

« La politique doit changer. Elle n'a jamais été un lieu accueillant pour les femmes ni pour les personnes marginalisées. »

— Une citation de  Krystal Brooks, candidate du Parti vert de l'Ontario

Un constat que partage la députée néo-démocrate Laura Mae Lindo quand on la questionne sur les défis des femmes en politique. Il est impossible de répondre à cette question sans préciser que je ne suis pas seulement une femme, mais aussi une femme noire, écrit l’élue mère célibataire, qui s’est aussi battue pour le remboursement des frais de garde d'enfants pour les députés provinciaux.

Réseaux (a)sociaux

Enfin, toutes celles évoquant les menaces en ligne sur les réseaux sociaux dans leurs réponses transmises à Radio-Canada s’accordent pour dire qu’il faudrait instaurer un contrôle des propos diffusés sur ces plateformes publiques, véritables champs de tir sexistes.

En raison des attaques personnelles et du harcèlement, plusieurs [femmes] ne veulent pas s’engager en politique, car les réseaux sociaux deviennent de plus en plus toxiques, fait remarquer Eleni Bakopanos, ancienne députée libérale et porte-parole d’À voix égales, un organisme qui encourage les femmes travaillant en politique et dont elle a été présidente de 2019 à 2021.

À titre de mentor, Mme Bakopanos conseille aux candidates de déléguer la gestion des réseaux sociaux à un membre de leur équipe électorale.

Dans une campagne, on sait bien qu’il y a plusieurs partis politiques avec leurs propres trolls, tout un groupe de personnes qui attaquent les adversaires [...].  Que les partis s’adonnent à ces pratiques, c’est inacceptable en démocratie, et je ne crois pas que le public veuille ça. Honnêtement, ce que le public veut, c’est un vrai débat d’idées.

Avec les informations de Camille Feireisen

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