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Oubliés de la campagne, les agriculteurs ontariens espèrent plus d’aide

L’agriculture n’a pas occupé une place importante au cours de la campagne électorale provinciale. Face à des coûts qui augmentent, les fermiers se sentent oubliés et ont besoin de l’appui du prochain gouvernement.

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L'agriculture occupe peu de place au cours de cette campagne électorale, mais face à l'augmentation des coûts, les fermiers demandent l'aide du prochain gouvernement.

Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle

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Les champs sont gorgés de pluie à Saint-Isidore et la journée est grise. Heureusement, le propriétaire de la ferme Chicken Little, Markus Harle, a terminé l’ensemencement de ses champs et consacre donc sa journée à l’entretien et à la réparation de sa machinerie.

Au cours des deux dernières semaines, il a planté des graines valant près de 600 000 $ et il se prépare à un été de travail intense. Malgré son horaire chargé, celui qui a été président de l’Association des producteurs de grains de l’Ontario tient à s’informer du déroulement de la campagne électorale et des plateformes des partis. Pour l’instant, ce qu’il voit n’est pas encourageant.

« Je me sens vraiment oublié. L’agriculture devrait être mentionnée au moins une fois par jour, mais jusqu’à maintenant, tout ce que j’ai écouté, je n'ai pas entendu parler d’agriculture. »

— Une citation de  Markus Haerle, propriétaire de la ferme Chicken Little

Les fermiers de l’est ontarien font face à d’importants défis et réclament l’aide du gouvernement. Le manque de main-d'œuvre est un problème de longue date qui n’a fait que s’aggraver au cours des années.

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Le propriétaire de la ferme Chicken Little à Saint-Isidore en Ontario, Markus Haerle, se désole de ne pas voir l'agriculture au premier plan de cette campagne électorale provinciale.

Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle

Markus Haerle peut compter sur l’aide de ses deux fils, mais il a lui aussi récemment perdu un employé et peine à trouver un remplaçant. Maintenant, on fait face à des technologies plus avancées qui demandent une expertise plus grande que juste une personne capable de conduire un tracteur, dit-il.

À cet enjeu s’ajoute une augmentation rapide du coût des intrants : diesel, semences, pesticides, etc. Markus Harle donne comme exemple l’engrais, dont le prix a plus que doublé en une année. Le Franco-Ontarien s’estime malgré tout chanceux d’avoir pu en obtenir suffisamment pour ses besoins, mais il souligne du même souffle que plusieurs confrères ne n’arriveront pas à acheter la quantité nécessaire en raison de la perturbation de la chaîne d’approvisionnement.

Plus d’argent pour faire face au risque

Les agriculteurs sont bien conscients du risque lié à ce secteur d’activité. Les prix peuvent grandement fluctuer entre la saison des semences et la récolte. C’est pourquoi ils comptent sur le programme de gestion des risques de l’Ontario pour être indemnisés lorsque le prix de leur produit descend sous un certain seuil. Avec ses 150 millions de dollars versés annuellement par la province, le programme n’est toutefois pas assez financé, dénonce Markus Haerle.

Il n’est pas le seul.

À 750 kilomètres de la ferme Chicken Little, l’éleveur Jason Desrochers fait lui aussi part de son insatisfaction face au programme de gestion des risques. Sa ferme bovine est située à Val-Gagné, une heure à l’est de Timmins dans le nord ontarien.

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Jason Desrochers, qui possède près de 500 bœufs, vaches et veaux, doit composer avec la pénurie de main-d'œuvre dans les abattoirs qui l'empêche parfois de vendre son bétail.

Photo : Gracieuseté : Jason Desrochers

Même si les deux agriculteurs ont des productions bien différentes, les problèmes auxquels ils font face sont très semblables. Le manque de main-d'œuvre dans l’industrie est aussi problématique et l’incapacité des abattoirs à trouver du personnel qualifié se répercute directement sur le portefeuille de Jason Desrochers.

« Lorsque l’animal est prêt pour l’abattoir, ça [ne] donne plus rien de s’en occuper pendant deux ou trois mois, il n’engraissera pas plus. C’est juste de l’argent perdu, mais tu dois continuer de soigner cette bête. »

— Une citation de  Jason Desrochers, éleveur bovin

L’Association des éleveurs de bœuf de l’Ontario demande au prochain gouvernement d’augmenter de 100 millions de dollars le financement du programme de gestion des risques pour un financement annuel total de 250 millions de dollars. Elle veut aussi que la province investisse de façon importante afin d’augmenter la capacité des abattoirs, car la capacité maximale est déjà atteinte dans l’est du pays.

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Tout comme les cultivateurs, les éleveurs de bétail souhaitent que le prochain gouvernement augmente le financement du programme de gestion des risques.

Photo : Gracieuseté : Jason Desrochers

L’importance de la relève et des services en français

Selon l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO), la moyenne d’âge des agriculteurs est de 55 ans, et seulement 5 % des entreprises agricoles appartiennent à des jeunes. C’est pourquoi l’UCFO concentre plusieurs de ses demandes au futur gouvernement sur la question de la main-d'œuvre et la formation d’une nouvelle génération de fermiers.

L’organisme aimerait que la province augmente la littératie alimentaire, offre un meilleur arrimage entre les immigrants francophones et les besoins des agriculteurs et mette sur pied un incubateur agricole dans l’est ontarien pour accompagner les nouvelles entreprises agricoles.

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Selon Markus Haerle, le coût des équipements, des intrants et des terres fait en sorte qu'il est presque impossible de lancer une nouvelle entreprise agricole comme la sienne.

Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle

L’UCFO indique de plus qu’elle recommande au futur gouvernement d’offrir des avantages financiers aux agriculteurs pour favoriser l’adoption de technique d’agriculture durable et d’améliorer l’offre de services en français.

« On a remarqué que parfois les communications vont sortir en anglais et quelques jours après en français. Donc [on veut sensibiliser] sur les lois sur le bilinguisme et s’assurer que les francophones aient accès à la même information que les agriculteurs anglophones pour ne pas manquer d’opportunités, de fonds, etc. »

— Une citation de  Renée-Claude Goulet, membre du conseil d’administration de l’Union des cultivateurs francophones de l’Ontario

Ce que les partis offrent aux agriculteurs

Le Parti vert veut améliorer le programme de gestion des risques pour y investir 100 millions de dollars annuellement d’ici 2025-2026 afin d’offrir une plus grande couverture pour les fermiers. Il propose aussi de protéger plus de terres arables et de payer les fermiers pour les encourager à protéger des écosystèmes.

Il veut de plus améliorer la formation dans les écoles agricoles pour promouvoir les pratiques durables et protéger les fermiers des pertes encourues dans leur transition vers une culture moins chimique. Finalement, le Parti vert veut créer un fonds pour soutenir les entreprises ontariennes de transformation alimentaire.

Le Parti libéral de l’Ontario s’est engagé à soutenir les fermiers face aux grandes corporations avec un code de conduite des épiciers. Il indique aussi qu’il compte rendre la chaîne d’approvisionnement des agriculteurs plus résiliente et qu’il fera la promotion de techniques agricoles durables. Finalement, les libéraux s’engagent à créer un plan climatique adapté aux besoins des entreprises agricoles et à augmenter la superficie des terres protégées.

Le Nouveau Parti démocratique de l’Ontario promet de ne plus limiter le financement du programme de gestion des risques afin de s’assurer que les agriculteurs soient dédommagés pour leurs pertes à la hauteur de la protection choisie. Cela pourrait faire passer le financement annuel du programme à 350 millions de dollars par année d’ici la fin d’un premier mandat. Le NPD promet aussi d’instaurer une évaluation de l’impact agricole de nouveaux développements sur des terres arables et de créer une stratégie pour aider les nouveaux agriculteurs à offrir leurs produits directement aux consommateurs.

Le Parti progressiste-conservateur a fait état des gestes qu’il a posés au cours de son précédent mandat, comme son augmentation du financement du programme de gestion des risques de 50 millions de dollars annuellement en 2020 et sa décision de réduire la taxe sur l’essence.

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