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Pas besoin de nouvelles études sur l’incinérateur de Québec, selon Benoit Charette

Le ministre de l'Environnement s'en remet à ses experts, qui « ne recommandent pas » de nouveaux travaux.

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L'impact des activités de l'incinérateur sur la qualité de l'air du quartier Limoilou continue de soulever des préoccupations chez les riverains. (Archives)

Photo : Radio-Canada / David Remillard

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Malgré les doutes soulevés par un chimiste de Limoilou, le ministre de l'Environnement, Benoit Charette, ne juge pas nécessaire de produire de nouvelles études concernant l'impact spécifique de l'incinérateur de Québec sur la qualité de l'air dans les quartiers voisins.

Radio-Canada rapportait au début du mois de mai l'initiative de Patrick Ferland, un scientifique et résident du secteur Maizerets, à Québec. Pendant deux ans, ce dernier a produit bénévolement un rapport de 66 pages critiquant trois études portant sur les rejets polluants de l'incinérateur.

Ces trois études produites par le ministère de l'Environnement ont culminé avec une conclusion, formulée en 2018, selon laquelle l'incinérateur ne contribue pas de manière significative à la détérioration de la qualité de l'air dans les quartiers limitrophes.

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Patrick Ferland a bénévolement passé les deux dernières années à mettre à l'épreuve la méthodologie des études du ministère de l'Environnement. (Archives)

Photo : Radio-Canada

Patrick Ferland, membre de l'Ordre des chimistes et professeur de cégep, juge qu'il n'est pas possible d'établir une telle position en raison des lacunes méthodologiques et le manque de données contenues dans les études du ministère. Il invite donc les autorités à ne plus s'y fier pour prendre des décisions.

Des contaminants pourtant émis par l'incinérateur de Québec ont selon lui été ignorés. L'oxyde d'azote, le dioxyde de soufre, le mercure et les PM2,5 n'étaient pas captées par les deux stations temporaires utilisées, entre 2010 et 2012, pour récolter les échantillons sur lesquels les études sont basées.

M. Ferland juge également que trop peu de stations avaient été installées pour récolter ces échantillons. Toujours selon le chimiste, les stations de Vitré (Maizerets) et de Beaujeu (Vieux-Limoilou) auraient été mal situées par rapport aux directions que prennent les panaches de fumée en fonction des vents dominants.

Les lacunes alléguées par Patrick Ferland avaient toutes été partagées trois ans plus tôt par Slavko Sebez, un ancien employé de la Direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale.

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Les stations temporaires (carrés blancs) n'étaient pas situées dans les points les plus chauds, selon Patrick Ferland.

Photo : Capture d'écran/Rapport de Patrick Ferland

Charette inébranlable, Zanetti choqué

Ces constats de M. Ferland ne semblent pas avoir ébranlé le ministre de l'Environnement, Benoit Charette. Si ce dernier avait préféré réserver ses commentaires lors de la diffusion publique du rapport, il est aujourd'hui clair et succinct.

On se fie aux spécialistes de la santé publique et du ministère de l’Environnement et ces derniers ne recommandent pas de produire de nouvelles études, a indiqué son attachée de presse par courriel. À savoir si la lecture de l'étude de M. Ferland avait soulevé des doutes dans l'esprit de M. Charette, son cabinet n'a pas élaboré davantage.

Selon nos informations, le cabinet n'a pas pris contact avec Patrick Ferland pour discuter de ses travaux de manière plus détaillée.

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Benoit Charette préfère s'en remettre aux experts de la santé publique et de son ministère. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Cette prise de position choque le député solidaire de Jean-Lesage, Sol Zanetti. Il ne daigne même pas analyser les choses plus en profondeur. C'est inconcevable, lance-t-il à Radio-Canada. Le rapport de Patrick Ferland avance des arguments rationnels et scientifiques.

Selon M. Zanetti, le chimiste, appuyé par d'autres dans le cadre de ses travaux, a essentiellement procédé à une révision des études réalisées par d'autres scientifiques, une pratique courante en science pour valider la qualité de la démarche et donc des résultats qui en découlent.

Cette révision par les pairs, ajoute-t-il, n'a visiblement jamais eu lieu avant le rapport de Patrick Ferland.

Lettre au ministre

Le même jour où Radio-Canada obtenait une réponse du cabinet du ministre de l'Environnement, soit le 20 mai, Sol Zanetti faisait parvenir une lettre à Benoit Charette, lui demandant d'intervenir rapidement dans le cas de l'incinérateur de Québec.

De nouvelles études, avec les plus hauts standards méthodologiques, doivent être réalisées rapidement pour donner l’heure juste à la population, a-t-il notamment écrit. Il est fondamental que vous teniez compte des critiques mises en lumière dans ce rapport.

Selon le député solidaire, qui a fait de la qualité de l'air dans Limoilou son cheval de bataille depuis des années, le ministre ne peut ignorer les conclusions de Patrick Ferland et doit clarifier la situation pour le bien-être des résidents.

« Vous devez invalider les trois études qui en font l’objet. Il serait irresponsable que des décisions politiques, sociales et environnementales soient prises en s’appuyant sur ces études. »

— Une citation de  Extrait de la lettre de Sol Zanetti à Benoit Charette

La missive rappelle que le Bureau des audiences publiques en environnement du Québec a lui-même récemment évoqué des lacunes de représentativité des échantillonnages à l'incinérateur de Québec.

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Sol Zanetti (photo) demande au ministre Benoit Charette de dissiper les doutes en commandant une nouvelle étude sur l'incinérateur de Québec. (Archives)

Photo : Radio-Canada

M. Zanetti réitère que la création d'un poste de vérificateur de la qualité de l'air, comme il le propose dans un projet de loi déposé à l'Assemblée nationale, permettrait d'évaluer de manière indépendante les travaux scientifiques relatifs aux rejets polluants.

Ce nouveau poste permettrait selon lui de vérifier la fiabilité des études et des méthodologies sur lesquelles se fondent les ministères et les organismes du gouvernement en matière d’émission de polluants atmosphériques.

Nous aurions la certitude qu’un expert indépendant se pencherait sur toutes les méthodologies avant, pendant et après la réalisation des études, plaide-t-il enfin.

Les deux hommes ont discuté de l'idée en novembre dernier, mais aucune suite n'a encore été donnée à la proposition de M. Zanetti.

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