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Enquête de Portapique : la tragédie racontée par des répartitrices du 911

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Une photo d'archives d'une répartitrice dans un centre d'appel. En avril 2020, des répartiteurs du 911 travaillaient à Truro, en Nouvelle-Écosse.

Photo : Avec l'autorisation de Dave Wilson

Radio-Canada

Une des répartitrices du centre d'appels 911 a donné un aperçu à la Commission sur les pertes massives de ce que c'était lorsque les gens de Portapique, en Nouvelle-Écosse, ont commencé à appeler pour signaler des coups de feu, des meurtres et des incendies.

Jennifer MacCallum était l'une des superviseures dans la nuit du 18 avril 2020 au centre de commandement opérationnel de la GRC basé à Truro.

Elle a témoigné en septembre dernier dans le cadre de l'enquête sur les meurtres de 22 personnes.

Jennifer MacCallum se souvient que c’est sa collègue Donnalee Williston qui a pris le premier appel à 22 h 01.

Mon voisin est complètement fou, dit Jamie Blair dans une transcription de l'appel.

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Jamie Blair, à gauche, et Greg Blair, sur une photo de famille, figurent parmi les victimes de la tuerie en Nouvelle-Écosse le week-end dernier.

Photo : La Presse canadienne / Kelly Blair

Elle raconte ensuite qu'elle pense que son mari, Greg Blair, a été abattu. Elle dit qu'il est allongé face contre terre sur leur balcon et qu'il ne bouge pas.

Il y a une voiture de police dans la foutue d'allée, ajoute Jamie Blair.

Elle précise qu’il n’y a pas de policiers. Puis elle donne à Donnalee Williston le nom de Gabriel et explique qu'il est son voisin. Elle dit aussi qu'il a un gros fusil.

Ensuite on entend Jamie Blair au téléphone appeler ses enfants. Il y a des chuchotements, puis un cri, et une voix qui dit aidez-moi avant que l'appel soit déconnecté.

L'appel allait changer la dynamique du centre de commandement pour les 13 prochaines heures.

On n’a pas le temps de pleurer au centre, il y avait encore beaucoup de travail à faire, raconte Donnalee Williston dans son entrevue à la Commission.

Elle a vite rempli son rapport pour envoyer des intervenants d'urgence sur la route.

Ensuite, l'équipe a entamé le processus pour déployer des policiers sur place.

C'est alors qu'un deuxième appel est entré. Cette fois, il s'agissait des enfants de Greg et Jamie Blair.

Ils avaient fui leur domicile, où leur mère et leur père venaient d'être assassinés, et s'étaient réfugiés chez leur voisine, Lisa McCully. Elle aussi avait été victime du tireur et son corps serait plus tard découvert par terre à l'extérieur.

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Les deux enfants de Lisa McCully se sont cachés dans le sous-sol avec les fils de Greg et Jamie Blair durant deux heures, le temps que la GRC vienne les secourir.

Photo : CBC/Steve Lawrence

Jennifer MacCallum raconte comment le regard sur le visage du collègue qui a pris l’appel en disait long.

Je pouvais dire à son expression faciale que ce que nous avions devenait maintenant plus grave. Alors, j'ai couru de l'autre côté et j'ai informé le gestionnaire des risques, se souvient Jennifer MacCallum.

Elle a ensuite demandé à son collègue s’il avait besoin d’aide, mais il a fait signe que non et il est resté au téléphone avec les enfants pendant deux heures en attendant qu’ils soient évacués par la police.

Les questions, le chaos et l'incroyable peur qui venaient du côté de la prise d'appels étaient quelque chose que je n’avais jamais vu dans aucun de mes quarts de travail auparavant.

Problèmes informatiques

Le logiciel utilisé au centre pour tenir un journal continu d'informations a commencé à avoir des problèmes cette nuit-là en raison du volume d’informations.

Comme la GRC, les gens du centre d'appels avaient du mal à accepter l'idée que le tireur utilisait une voiture de police marquée.

Jamie Blair avait parlé d’une voiture de police, puis les enfants de Lisa McCully ont dit à la répartitrice du 911 qu'ils avaient aussi vu une voiture de police. Les enfants ont également répété le nom de Gabe, et Jennifer MacCallum raconte comment elle a déduit qu’il s’agissait de leur voisin, Gabriel Wortman.

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L’enregistrement d’une caméra de surveillance montre une voiture qui ressemble à celles de la GRC passer devant la caserne des pompiers d’Onslow le 19 avril à 10 h 07, mais cette voiture est équipée de barres de poussée, ce qui n’est pas le cas pour celles de la GRC en Nouvelle-Écosse.

Photo : Brigade des pompiers d'Onslow Belmont

Elle a fait une recherche et découvert qu'il était le propriétaire d'une voiture de police hors service Ford Taurus.

Ensuite, il y avait un autre Taurus dont j’ai appris l’existence en parlant à mes homologues régionaux de Halifax. Donc, je me demandais combien il y en avait, dit-elle.

Elle a témoigné à la commission qu'elle avait appris les détails de la réplique de la voiture seulement le lendemain matin après la fin de son quart de travail.

Sauvetage coordonné dans les bois

Jennifer MacCallum explique qu'une fois qu'un commandant d'incident critique se charge d’un dossier, le centre 911 peut généralement se détendre un peu, mais pas ce soir-là.

Jennifer MacCallum raconte comment, au milieu de cette crise, elle est restée au téléphone avec Clinton Ellison qui se cachait dans les bois de Portapique après avoir trouvé son frère mort. Elle est restée au téléphone jusqu'à ce qu'il soit secouru par l'équipe d'intervention d'urgence.

Elle approchait de la fin de son quart de travail lorsque la partenaire du tireur, Lisa Banfield, est sortie des bois. Elle s'est présentée chez un voisin, Leon Joudrey, qui a immédiatement appelé le 911.

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Lisa Banfield en cour provinciale à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, le 9 mars 2022.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Il a fini par lui passer le téléphone, et je lui ai parlé, et je lui ai parlé pendant quelques minutes jusqu'à ce que l’équipe d’urgence arrive. Et puis je leur ai dit à tous les deux de sortir les mains en l'air, dit-elle.

Un traumatisme pour des employés

Donnalee Williston, qui a pris l'appel initial ce soir-là, a quitté son emploi en août 2020. Elle pense que la GRC aurait pu en faire plus pour aider les employés à se remettre de leur traumatisme.

J'ai l'impression qu'ils auraient dû suivre le modèle après la fusillade de Moncton et que tous les répartiteurs auraient dû être renvoyés chez eux pendant trois ou quatre semaines, dit-elle.

Nous étions de retour tout de suite, et je pense que c'était assez dommageable.

Elle précise qu'ils avaient eu trois jours de congé avant de retourner pour un dernier rapport, pour ensuite reprendre le travail.

Pour sa part Jennifer MacCallum dit s'être sentie soutenue, même si elle reconnaît qu’une pause aurait été bénéfique. Maintenant que je regarde en arrière, d'avoir pris tout de suite, dès que c'est arrivé, [...]un mois de congé, ça aurait aidé.

Avec les informations de Blair Rhodes de CBC

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