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Se souvenir du choc et poursuivre le deuil un an après la découverte de Kamloops

La cheffe Rosanne Casimir a remercié Justin Trudeau, qui a été chahuté, de sa présence à la commémoration.

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Des chanteurs et musiciens entonnent un chant de guérison. Les cérémonies se sont poursuivies toute la journée pour marquer l'anniversaire de la triste découverte.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

C’est dans la prière qu’a commencé la cérémonie qui marque le premier anniversaire de la découverte d’environ 215 sépultures anonymes près du pensionnat pour Autochtones de Kamloops.

Pour tous les petits qui sont toujours ici, sur ces terres, je prie que vous sachiez que nous ne vous avons pas oublié, a imploré la conseillère de la Première Nation Tk'emlúps te Secwépemc Jeanette Jules, s’adressant au Grand Créateur, aux grands-pères et aux grands-mères.

Vous êtes dans nos coeurs, nos esprits, nos corps, et dans ceux de nos aînés, dont plusieurs vivent maintenant dans des centres pour personnes âgées, et qui ont passé à travers énormément de souffrance et de douleur. Soyez à leurs côtés.

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De gauche à droite, la lieutenante-gouverneure de la Colombie-Britannique Janet Austin, la cheffe de la Première Nation Tk'emlúps te Secwépemc Rosanne Casimir, la gouverneure générale du Canada Mary Simon, lors de la cérémonie marquant un an depuis la découverte de sépultures d'enfants près de l'ancien pensionnat pour Autochtones de Kamloops.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms/CBC

La cérémonie s’est poursuivie avec des discours prononcés notamment par la cheffe de la communauté, Rosanne Casimir, et la gouverneure générale du Canada, Mary Simon. Les interventions ont été ponctuées par de nombreuses prestations de tambours, de chants, et de danses traditionnels.

Je partagerai vos histoires et les histoires de ces enfants, a promis Mary Simon aux quelques centaines de personnes rassemblées dans l’aire réservée aux pow-wow et aux cérémonies de la communauté.

Trois personnes marchent en tenant des plumes devant des dons qui ont été posés sur le gazon dans une aire pour pow-wow.

Des personnes se rassemblent dans l'aire pour les pow-wow et cérémonies traditionnelles de la Première Nation Tk'emlúps te Secwépemc pour commémorer un an depuis la découverte de sépultures d'enfants près de l'ancien pensionnat pour Autochtones de Kamloops.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms/CBC

Au centre de cette aire, des gens ont déposé des centaines de cadeaux sur l’herbe. Ils ont par la suite été offerts à des enfants de la communauté en l’honneur des enfants d’autrefois.

« Il existe, dans ma langue maternelle, un mot qui signifie "ne jamais abandonner" quelle que soit la difficulté. Vous n’avez jamais abandonné. »

— Une citation de  Mary Simon, gouverneure générale du Canada

Un accueil mitigé pour Justin Trudeau

Lorsque le premier ministre Justin Trudeau est arrivé sur les lieux, en fin d’après-midi, la foule a entonné un chant qui signifie le Canada est entièrement sur des terres de Premières Nations et plusieurs ont exprimé leur déception vis-à-vis du gouvernement.

La cheffe de la Première Nation Tk'emlúps te Secwépemc, Rosanne Casimir, a rapidement pris la parole afin de demander aux gens de rester calme et respectueux : Je remercie le premier ministre d’être ici aujourd’hui, parce que c'est important. Cela représente un changement. Ceci est une rencontre d’un gouvernement avec un autre.

Je voulais simplement remercier les aînés qui sont venus m’accueillir et qui m’ont pris dans leurs bras, a enchaîné Justin Trudeau, qui ne devait parler que plus tard.

Pour tous ceux qui vivent de la colère et des blessures, je vous entends aussi. [...] Je me voue à être le meilleur partenaire possible tout au long de ce parcours que vous traversez, un parcours que le Canada fait avec vous.

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Le premier ministre Justin Trudeau arrive à l'aire réservée pour les pow-wow et cérémonies traditionnelles de la Première Nation Tk'emlups te Secwépemc.

Photo : Radio-Canada / Jenifer Norwell

Justin Trudeau a ensuite rencontré Rosanne Casimir en privé. Les deux sont revenus sur la scène pour dire quelques mots en fin de cérémonie.

Rosanne Casimir a remercié tous les participants, en particulier les chefs et les aînés, pour leur présence afin de se souvenir des disparus et des progrès accomplis en matière de reconnaissance du passé et de réconciliation au cours de la dernière année.

Ce que nous commémorons aujourd'hui est un jour historique dans notre marche, ensemble, vers la guérison, a-t-elle souligné.

« Ce chemin en est un qui exige de véritables actions, qui exige de faire des pas – parfois des pas de bébé – vers la réconciliation. Il exigera beaucoup de travail, mais il y a déjà des exemples de progrès et de bonne volonté. »

— Une citation de  Rosanne Casimir, cheffe de la Première Nation Tk'emlúps te Secwépemc

Nous avons été blessés par les attaques contre notre langue et notre culture, a-t-elle ajouté. Nous connaissons ces blessures, mais nous savons aussi comment revitaliser [notre langue et notre culture] et que le monde nous soutient dans cette démarche.

Au moment de s'adresser à la foule présente, le premier ministre Justin Trudeau a de nouveau été chahuté. Tout en disant comprendre la colère que certains peuvent éprouver à son égard, il leur a demandé de respecter les aînés avec qui il s'était déjà entretenu et qui voulaient entendre ce qu'il avait à dire.

Tous les enfants méritent d'être en sécurité, tous les enfants méritent d'être aimés, parce que tous les enfants comptent, a-t-il insisté d'entrée de jeu. Ce jour est consacré aux enfants et à la guérison.

Justin Trudeau a souligné l'importance de continuer d'honorer les enfants qui ne sont jamais revenus des pensionnats pour Autochtones et de marcher avec les peuples autochtones sur le chemin de la réconciliation.

Il a en outre rappelé l'engagement du fédéral à offrir aux Autochtones des services adaptés à leurs cultures et à leurs besoins.

Certains d'entre vous sont allés dans ces prétendues écoles d'où des enfants ne sont jamais revenus, a-t-il reconnu ensuite.

« Certains d'entre vous ont passé des années sans parler, sans penser à cette période horrible et difficile de leur vie parce qu'elle était trop douloureuse, mais ils ont commencé à raconter leur histoire pour aider la communauté à guérir. [...] En nous souvenant des enfants, nous honorons votre courage. »

— Une citation de  Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Une découverte qui n'a pas surpris

Ce que les enquêtes scientifiques ont confirmé est une vérité que nos survivants ont toujours connue. Trop d’enfants n’ont pu rentrer à la maison. Aujourd’hui, il nous faut davantage de réponses et plus d’enquêtes, a dit Rosanne Casimir, plus tôt.

L’année qui s’est écoulée depuis la découverte macabre a rouvert une plaie chez les survivants, leur faisant revivre des souvenirs horribles, a dit la cheffe Casimir, en demandant que ces porteurs de la vérité soient honorés.

Selon la cheffe de la bande indienne Neskonlith, Judy Wilson, même après des décennies, des membres de sa Nation ont toujours de la difficulté à s’approcher de l’ancien pensionnat de Kamloops. Je sais qu’on a beaucoup parlé de politique : qui s’est excusé, qui ne s’est pas excusé. Mais on devrait se concentrer sur les survivants, dit-elle.

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Selon Dorothy Christian, ou Cucw-la7, une membre de la communauté Tk'emlúps, la découverte des restes d’enfants a « finalement ouvert un dialogue honnête avec les peuples colonisateurs de ce pays. »

Photo : Radio-Canada / Jenifer Norwell

Des membres du gouvernement se recueillent

La cheffe Casimir a souligné la présence du député conservateur fédéral de Kamloops, Frank Caputo, qui a fait une déclaration à la Chambre des communes, jeudi dernier, ainsi que du ministre des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller. Elle a parlé du soutien et de la collaboration constants de l’évêque catholique de la région, Joseph Nguyen.

Le ministre Miller admet que la réconciliation demeure un but lointain. Il nous reste beaucoup de travail à faire pour en arriver au fond d’une vérité néfaste qui est à l’origine de notre pays, en quelque sorte. Cela demande la reconnaissance de ce fait par des personnes dans des rôles comme le mien, dit-il.

Le ministre Miller reconnaît que son gouvernement a promis d’investir pour la création d’un centre de guérison dans la communauté Tk'emlúps te Secwépemc, mais qu’une pénurie de travailleurs de la santé retarde le projet. Nous travaillerons avec nos collègues provinciaux. C’est quelque chose d’extrêmement frustrant.

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David Archie fait une cérémonie de purification sur des dons qui ont été amassés dans l'aire pour les pow-wow et les cérémonies de la communauté Tk'emlúps te Secwépemc.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Des moments de légèreté même dans le recueillement

Le ton des cérémonies était solennel, mais avec des moments de légèreté. Je veux m’assurer que vous êtes encore là! Je veux entendre vos voix! a déclaré le responsable du dossier des Le Estcwicwéy̓, les disparus, Dave Manuel. La foule lui a répondu en criant à haute voix avec assurance. Merci, a-t-il répondu. Je ressens l’énergie, et je ressens l’amour.

Ça fait du bien, n’est-ce pas, de pouvoir évacuer ces émotions? a dit Connie Leonard, une ancienne conseillère de bande, visiblement émue en enseignant un chant à la foule. On n’oubliera pas la souffrance, mais elle ne nous définit pas et elle ne définit pas nos enfants. Nos enfants sont ici avec nous et le printemps est arrivé à nouveau.

On n’est pas obligé de vivre avec toute la douleur d’un seul coup. On vit aussi avec la guérison qui a déjà eu lieu. Et même si toute la guérison n’est pas là encore, on a la possibilité d’être soutenus par nos bien-aimés, a dit Racelle Kooy, une membre de la communauté Samahquam.

Mary Simon a, elle aussi, voulu trouver une note d’espoir.

« Aussi blessée et aussi triste que je sois, je ne peux que terminer en parlant de l’espoir. J’espère qu’en préservant ces lieux et en racontant ces histoires encore et encore, on trouvera de la compréhension et du respect. »

— Une citation de  Mary Simon, gouverneure générale du Canada

Pour que le processus de deuil avance

Vous n’avez pas eu l’occasion de faire le deuil, de trouver la paix dans vos cœurs. J’espère que cette journée contribuera à ce que ce processus continue. Cela prendra du temps, a dit Mary Simon.

La guérison commence doucement, lentement, et se poursuit patiemment. Elle suit son propre chemin, nous amenant vers l’avant, mais aussi dans de multiples directions, a-t-elle ajouté.

Avec les informations de Wildinette Paul, Julie Landry et Renee Filippone

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