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Le ministère de la Culture classe l’église du Très-Saint-Sacrement

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L'église du Très-Saint-Sacrement est fermée depuis 2019.

Photo : Radio-Canada

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Après deux ans de tergiversations, l'église du Très-Saint-Sacrement est désormais classée et protégée par le ministère de la Culture. La décision va à l'encontre de la volonté de la paroisse Bienheureuse-Dina-Bélanger et du diocèse de Québec, choqués par le classement.

Le cabinet de la ministre Nathalie Roy a corroboré lundi les informations obtenues plus tôt par Radio-Canada.

En entrevue, la ministre de la Culture a dit appuyer sa décision sur des études ayant démontré l'intérêt public de classer l'église construite en 1920. Le Conseil du patrimoine culturel du Québec, dit-elle, lui a recommandé de procéder au classement à l'issue d'une analyse exhaustive de l'édifice, de son histoire et de son impact dans le milieu.

Une clôture bloque l'accès à l'église.

L'église du Très-Saint-Sacrement.

Photo : Radio-Canada / Dany Pilote

L'importance de l'immeuble comme repère pour le quartier Saint-Sacrement et divers éléments architecturaux ont notamment milité pour qu'il soit classé, a fait valoir Mme Roy.

Dans le cadre de son évaluation, le ministère de la Culture a aussi mandaté des experts afin d'analyser la structure et la maçonnerie de l'église. Contrairement à ce qui était avancé par la paroisse, Nathalie Roy affirme aujourd'hui que le bâtiment est somme toute en bon état.

On a fait faire un cahier de santé très complet. Le bâtiment est en bon état, il ne va pas tomber demain matin, c'est complètement faux [de dire le contraire]. Et par ailleurs, il répond aux critères patrimoniaux, a-t-elle expliqué.

En plus de classer l'immeuble, la ministre octroie une somme de 4 millions de dollars pour réaliser des travaux plus urgents. Le souhait de Mme Roy est de voir ce bâtiment d'exception rouvrir le plus tôt possible au public.

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La ministre Nathalie Roy a ordonné le classement de l'église du Très-Saint-Sacrement sous recommandation du Conseil du patrimoine culturel du Québec.

Photo : Radio-Canada

Sans vocation

Puisqu'elle est maintenant classée, l'église profitera désormais de la plus haute protection de l'État et devra être entretenue de façon plus minutieuse selon les dispositions prévues à la Loi sur le patrimoine culturel. Cette responsabilité incombe à son propriétaire, soit la paroisse Bienheureuse-Dina-Bélanger. L'église ne peut être démolie mais peut toujours être vendue.

L'immeuble n'a cependant pas de vocation à l'heure actuelle, étant fermée au culte depuis plus de deux ans. Mme Roy croit qu'il revient au propriétaire ou encore à la communauté de trouver une nouvelle utilité à l'immeuble. Elle a bon espoir en la créativité des acteurs sur le terrain.

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L'église du Très-Saint-Sacrement à Québec avait été fermé d'urgence il y a quelques années en raison de craintes pour l'intégrité de sa structure.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

La protection offerte par le ministère en vertu de ce classement, dans le cas particulier de l'église du Très-Saint-Sacrement, se limite à l'enveloppe extérieure et aux vitraux de l'artiste Marius Plamondon. La ministre croit ainsi laisser une certaine flexibilité pour réaménager l'intérieur.

Le groupe citoyen SOS Saint-Sacrement, derrière la mobilisation pour sauver l'église de la démolition, avait proposé de la convertir en espace communautaire sous l'égide d'une organisation à but non lucratif. Son fondateur, Louis Bélanger, continue de croire à une vocation communautaire ou culturelle.

Ça fait plusieurs années qu'on travaille sur plusieurs volets. Maintenant que [le classement est confirmé], on va pouvoir, si on veut, aller de l'avant, a-t-il commenté lundi.

Fermée depuis 2019

L'église du Très-Saint-Sacrement, située sur le chemin Sainte-Foy, est fermée au culte et désacralisée depuis 2019. Cette année-là, la paroisse avait dû condamner le bâtiment d'urgence après avoir décelé ce qu'elle disait être des problèmes de structure menaçant la sécurité des usagers. Deux ans plus tôt, des pierres du parement de l'église s'étaient effondrées.

Tentant de vendre l'église et le terrain, la Fabrique de la paroisse s'est fait couper l'herbe sous le pied lorsque la ministre de la Culture a déposé un avis d'intention de classement.

Lors du dépôt de cet avis en 2020, le diocèse de Québec avait manifesté son opposition à ce que l'église devienne patrimoniale. Nous sommes très étonnés, très surpris, et jusqu'à un certain point, sous le choc. Cette église-là a eu de graves problèmes structurels. Nous allons nous opposer de toutes nos forces à cette déclaration comme monument historique, avait déclaré Marc Pelchat, évêque auxiliaire à l'archidiocèse de Québec.

Outre le diocèse, l'historien John Porter était lui aussi contre le classement de l'église du Très-Saint-Sacrement. Il faut faire des choix, des choix responsables et non pas s'inscrire dans une dynamique qui n'est mue que par l'urgence, disait-il à propos de la décision de la ministre. M. Porter a préféré ne pas commenter le classement officiel, lundi.

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L'église du Très-Saint-Sacrement a été désacralisée en 2019.

Photo : Radio-Canada

La paroisse en colère

L'an dernier, le directeur général de la Fabrique de la paroisse Bienheureuse-Dina-Bélanger, André G. Bernier, estimait qu'un classement de l'église du Très-Saint-Sacrement coûterait une fortune.

En annonçant la semaine dernière la fermeture d'une autre église de sa paroisse, l'église Saint-Charles-Garnier, ce même M. Bernier a maintenu ses propos, dévoilant au passage les sommes dépensées pour entretenir l'église du Très-Saint-Sacrement. Depuis quatre ans, nous avons dépensé 1,8 million de dollars pour sa sécurisation et son entretien.

Lundi, l'homme cachait mal sa frustration. Il était certain, a-t-il dit, que le gros bon sens allait l'emporter. L'église est en mauvais état, a-t-il insisté, ajoutant que les 4 millions de dollars offerts par Québec ne pourront pas couvrir l'ensemble des travaux de restauration. La paroisse étudie maintenant ses recours auprès de ses avocats, a-t-il laissé tomber.

M. Bernier était flanqué lundi par Mario Duchesne, vicaire général au diocèse de Québec. Lui non plus ne s'explique pas le classement de l'église. Le fait que l'église soit reconnue patrimoniale va coûter cher à long terme.

« Le quartier Saint-Sacrement vient d'être hypothéqué de façon majeure pour des décennies, parce que c'est un projet qui va coûter énormément d'argent. »

— Une citation de  Mario Duchesne, vicaire général, diocèse de Québec

La paroisse Bienheureuse-Dina-Bélanger veut concentrer tous ses efforts et ses ressources au maintien de l'église Saint-Michel-de-Sillery.

La Ville mi-figue, mi-raisin

La Ville de Québec a pour sa part réagi à la nouvelle en deux temps, lundi. Si l'investissement de 4 millions de dollars est considéré comme une bonne nouvelle en soi, la Ville s'inquiète par ailleurs de la multiplication du nombre d’églises auxquelles il faudra trouver de nouvelles vocations dans les prochaines années, a-t-elle réagi par voie de communiqué.

L’avis de classement pour assurer la pérennité d’un bâtiment n’est pas un aboutissement en soi. Il faudra de l’audace, de l’ingéniosité et de la collaboration d’investisseurs privés en plus des pouvoirs publics pour leur donner une seconde vie, a commenté Mélissa Coulombe-Leduc, conseillère municipale et responsable du patrimoine au comité exécutif.

Mme Coulombe-Leduc espère un dénouement rapide, car pendant ce temps, c’est un cœur de quartier qui est dévitalisé. L'élue rappelle que la Ville sera au rendez-vous pour faciliter les discussions entre les différents partenaires, mais que ce n'est pas à elle à décider de la future vocation de l'immeuble.

Avec la collaboration de Marie-Pier Mercier

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