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La tension monte en Colombie pour le sprint final de la campagne présidentielle

 Gustavo Petro est favori en vue de la présidentielle colombienne.

Le candidat Gustavo Petro lors d'un rassemblement à Bogota dimanche.

Photo : Reuters / LUISA GONZALEZ

Agence France-Presse

À une semaine du premier tour, les ultimes réunions publiques de la campagne présidentielle ont eu lieu dimanche en Colombie dans un climat de grande nervosité et toujours plus polarisé.

Les nerfs à vif, résumait la presse du jour à propos de ce scrutin, qui s'annonce comme un des plus imprévisibles des dernières décennies en Colombie.

L'opposant et sénateur de gauche Gustavo Petro, un ex-guérillero et ancien maire de Bogota converti à la social-démocratie, continue de faire la course en tête dans les sondages (41 %), laissant croire pour la première fois à l'arrivée de la gauche au pouvoir dans un pays historiquement dirigé par les conservateurs.

À ce jour, les sondages laissent cependant à penser qu'un triomphe [de M. Petro] dès le premier tour ne sera pas possible, pronostique le quotidien El Tiempo.

Si rien d'extraordinaire n'arrive d'ici le 29 mai, il devrait donc affronter lors du deuxième tour, prévu le 19 juin, le candidat de droite Federico Gutierrez, un ancien maire de Medellin qui tourne autour de 27 % des intentions de vote mais qui est désormais sérieusement talonné par un candidat indépendant, l'outsider Rodolfo Hernandez, qui se voit déjà au second tour.

La candidate franco-colombienne Ingrid Betancourt s'est ralliée à ce dernier vendredi.

À la tête de la coalition du Pacte historique, M. Petro clôture sa campagne de terrain, débutée très tôt et menée partout dans le pays, par un grand rassemblement dans une place historique du centre de Bogota, où des milliers de personnes étaient déjà rassemblées en début d'après-midi.

Ce sera là son 100e discours électoral, l'occasion de relayer, au côté de sa charismatique colistière afro-colombienne à la vice-présidence Francia Marquez, sa promesse de changement et d'un gouvernement pour tous les Colombiens qui veut mettre fin à la haine politique au sein de la société, selon l'équipe du candidat.

Federico Gutierrez, dit Fico pour ses partisans, tient meeting sur ses terres de Medellin.

Federico Gutierrez parle dans un micro.

Federico Gutierrez, à la tête de l’Équipe pour la Colombie, bénéficie de l’appui du parti de l’ex-président Alvaro Uribe et de la droite traditionnelle.

Photo : Getty Images / Guillermo Legaria

Après avoir longtemps appelé à faire barrage aux communistes qui veulent exproprier et en finir avec les institutions, le leader de la coalition Équipe pour la Colombie appelle ses concitoyens à s'unir et promet de travailler pour toutes les familles colombiennes et de lutter contre l'insécurité.

Une semaine d'enfer s'annonce où les candidats vont brûler leurs dernières cartouches alors que la nervosité dans la campagne est généralisée, soulignait encore la presse dimanche.

Cette campagne aura été dure et sans grand débat idéologique. Si elle n'aura pas manqué de coups bas, d'intox, d'intimidations et de manipulations, on s'attendait à pire vu le passif colombien, relativise une source au sein d'une ONG internationale. Mais le pire est sans doute à venir.

Spectre d'assassinat

La campagne aura été marquée notamment par des menaces non seulement contre M. Petro, qui ne s'exprime plus en public que derrière une haie de boucliers blindés, mais également contre Fico.

Ces menaces ont ravivé le spectre d'un assassinat dans un pays encore marqué par des décennies de violences politiques durant lesquelles cinq candidats à la présidence ont été assassinés au XXe siècle.

Une autre polémique alimente depuis quelques jours la fébrilité ambiante avec les doutes autour de la fiabilité du processus électoral.

Après diverses déclarations sur le logiciel qui sera utilisé pour le décompte du scrutin et des incohérences dans le précomptage lors des législatives de mars dernier (remportées par la gauche), les rumeurs vont bon train sur une possible suspension ou démission du patron du Registre civil national, responsable de l'organisation des élections, voire sur un report in extremis du scrutin.

Samedi soir, M. Petro, criant au loup, a lancé une alerte et affirmé lors d'un rassemblement qu'ils ont l'intention de porter un coup aux élections [...] en suspendant les organes qui gèrent le système électoral en Colombie.

Rodolfo Hernandez.

Rodolfo Hernandez

Photo : Reuters

M. Petro a aussi appelé deux autres candidats à se réunir d'urgence dès lundi à ce sujet, dont au moins un, M. Hernandez, a déjà sèchement rejeté cet appel.

Les allégations de report ou de suspension des élections sont absolument fausses, a rétorqué le ministre de l'Intérieur, Daniel Palacios, demandant aux candidats de ne pas faire de désinformation.

Beaucoup de tensions

Le patron du Registre national, Alexander Vega, a affirmé dimanche être en mesure de garantir une élection présidentielle fiable et transparente, dénonçant les attaques fausses et injustifiées qui accréditent des rumeurs de fraude.

Cette histoire est dans l'air depuis quelques jours, commente une source diplomatique. Un report des élections est pratiquement inconcevable alors que la machine électorale est fiable et est prête pour dimanche prochain. Mais cela fait beaucoup de tensions, tout de même...

Ces tensions sont un signal d'alarme et sont aussi susceptibles de mettre à mal la confiance des citoyens, a également jugé dans la presse un expert du conflit colombien et intellectuel respecté, Gonzalo Sanchez.

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