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Hébergement aux Îles-de-la-Madeleine : les travailleurs avant les touristes

Des lieux d'hébergement touristique de l'archipel se convertissent pour accueillir des travailleurs venus de l'extérieur.

Un motel multicolore en rangée.

En plus d'avoir acheté un hôtel de 61 chambres, le CISSS des Îles loue 38 chambres de motel, dont 28 à l'année, et quelques maisons privées dans le but d'héberger ses travailleurs (archives).

Photo : Radio-Canada / Luc Manuel Soares

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Les pénuries de logements et de main-d’œuvre minent la capacité d'accueil touristique des Îles-de-la-Madeleine, au moment où la destination est plus populaire que jamais.

Depuis deux ans, plus de 130 unités d’hébergement ont été converties pour accueillir des travailleurs plutôt que des visiteurs.

Au centre-ville de Cap-aux-Meules, l’ancienne Auberge Madeli, le deuxième hôtel en importance des Îles-de-la-Madeleine, n'accueillera pas de touristes cet été.

Situé en face de l'hôpital, l'hôtel est pris d’assaut par des travailleurs de la construction. Le plancher des chambres est encombré de matériaux, des murs sont arrachés; l’hôtel est en voie d’être converti pour répondre aux besoins du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Îles.

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D'importants travaux pour convertir l'Auberge Madeli sont en cours. Le CISSS espère que la première phase des travaux sera terminée le 1er juillet pour héberger 30 travailleurs cet été.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Le CISSS des Îles a récemment acheté le bâtiment de 61 chambres. Il s’agit d’une première au Québec, car jamais un établissement de santé n’avait encore acheté un hôtel.

Le bâtiment sera réaménagé pour créer des espaces de bureau et pour loger des travailleurs de la santé. Pour la période estivale, 30 chambres seront conservées afin d’offrir un toit et un lit à ceux qui soignent les Madelinots.

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Les 61 chambres de l'Auberge Madeli ne seront plus accessibles aux touristes (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

La transaction de plus de 4 millions de dollars était nécessaire, selon la CISSS des Îles, car la pénurie de logements dans l'archipel nuit grandement au recrutement de la main-d’œuvre.

« À l’heure actuelle, il y a des gens qui seraient prêts à prendre des postes, mais ils n’ont juste pas d’option pour se loger. »

— Une citation de  Sophie Doucet, présidente-directrice générale du CISSS des Îles

Il y a un taux d’inoccupation de près de 0 % aux Îles-de-la-Madeleine, alors c’est extrêmement difficile, ajoute Mme Doucet. Il y a beaucoup de maisons qui sont louées l’été à des touristes et qui sont en location pour le reste de l’année, mais quelqu’un qui veut prendre un poste et venir s’établir a besoin d’un hébergement 12 mois par année, donc ça pose tout un défi.

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Selon une étude, un minimum de 200 nouvelles unités louées à l’année devront être construites d’ici cinq ans afin de résorber le déficit de logements sur le territoire madelinot (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Pénurie de logements et main-d'œuvre indépendante

L’acquisition de l’Auberge Madeli est toutefois loin de combler tous les besoins d'hébergement du CISSS des Îles.

Cet été, le réseau de santé madelinot aura besoin d'environ 90 chambres pour loger les travailleurs de la santé.

Au cours des dernières années, le CISSS des Îles a signé des contrats de location à long terme pour réserver 38 chambres de motel. Parmi elles, 28 sont louées à l’année au Motel Boudreau et à l’Auberge du Village et ne sont donc plus accessibles à la clientèle touristique.

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Le CISSS des Îles loue à l'année 19 des 20 chambres de l'Auberge du Village au centre-ville de Cap-aux-Meules.

Photo : Radio-Canada / Luc Manuel Soares

Le défi du logement est exacerbé par la pénurie de main-d’œuvre. Le CISSS ne peut désormais plus se passer des travailleurs d'agence qui résident à l’extérieur de l’archipel pour combler ses besoins.

Les coûts liés à la main-d’œuvre indépendante ont explosé dans le réseau de santé madelinot. Ils sont aujourd'hui 141 fois plus élevés qu'il y a cinq ans. La facture frôle maintenant les 6 millions de dollars.

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Les coûts liés à la main-d’œuvre indépendante ont été multipliés par 141 entre 2016-2017 et 2021-2022.

Photo : Radio-Canada / Luc Manuel Soares

Les agences s’attendent qu’on paie le déplacement en avion et lorsqu’ils sont ici, il faut les héberger, sans ça les travailleurs ne viendront pas, explique la directrice des ressources humaines au CISSS des Îles, Ann Martell.

« C’est une situation qui est extrêmement problématique. On a un problème majeur de main-d’œuvre indépendante. »

— Une citation de  Sophie Doucet, PDG du CISSS des Îles

Des roulottes et un pavillon désormais réservés aux travailleurs

À quelques kilomètres de l'ancienne Auberge Madeli, plusieurs roulottes identiques ont fait leur apparition au début du printemps derrière un dépanneur de l’Étang-du-Nord.

La halte dotée de 29 espaces pour véhicules récréatifs est désormais réservée aux roulottes acquises par l'usine de transformation de fruits de mer La Renaissance des Îles pour loger des travailleurs mexicains.

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Après la saison de pêche, les roulottes installées à la halte routière de la Station Déli seront offertes aux employeurs des Îles à un tarif de 900 $ par mois pour l'hébergement de leurs employés saisonniers.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

J’ai décidé de me convertir vers l'accueil des travailleurs pour l’été pour tenter l’expérience, explique le propriétaire de la halte Station Déli, Élie Chevrier. Je trouvais que c’était quand même important de participer à cette mission.

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Cette année, environ 200 travailleurs mexicains travaillent dans les usines de transformation de fruits de mer des Îles-de-la-Madeleine, dont 154 pour l'entreprise La Renaissance des Îles.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Dès juillet, ces mêmes roulottes seront louées par la Chambre de commerce des Îles-de-la-Madeleine afin d’offrir un toit aux nombreux travailleurs saisonniers recrutés par l'industrie touristique.

C’est une pratique très fréquente et connue aux Îles d’aller recruter des travailleurs à l’extérieur du territoire pendant l’été et de leur offrir un travail et un hébergement, mais maintenant la question de l’hébergement pose problème, explique le président de la Chambre de commerce des Îles-de-la-Madeleine, Antonin Valiquette.

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Les dix chambres qui se trouvent dans le pavillon du parc de Gros-Cap sont réservées aux travailleurs cette année et non à la clientèle touristique.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Le Parc de Gros-Cap a aussi emboîté le pas en réservant les dix chambres de son pavillon aux travailleurs saisonniers.

On n’a pas le choix de faire venir des employés de l’extérieur, explique le directeur du Parc de Gros-Cap, Alexis Lemieux. On s’est dit que ça serait bien d’avoir seulement des travailleurs dans le pavillon et ça aiderait aussi les autres entreprises aux Îles qui ont de gros enjeux de logement pour leurs employés.

Un mal nécessaire selon Tourisme Îles de la Madeleine

Le président de Tourisme Îles de la Madeleine refuse de céder à la panique devant la perte de plus de 130 chambres d'hébergement touristique au profit des travailleurs.

Ça prend des travailleurs pour servir pour accueillir les visiteurs et la population, affirme le président de Tourisme Îles de la Madeleine, Jacky Poirier. Il faut commencer par avoir de la main-d’œuvre et ensuite on va pouvoir accueillir de nouveau autant de personnes.

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Jacky Poirier est président de Tourisme Îles de la Madeleine.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

L’an dernier, le président a affirmé que la relation entre touristes et Madelinots souffrait d’un « débalancement », notamment en raison de la pénurie de main-d’œuvre et des restrictions sanitaires.

« Ce qu’on préconise, c’est d’avoir un très bon service à la clientèle, une expérience agréable, une expérience le fun pour les visiteurs et les résidents, alors si pour ça il faut diminuer un peu notre capacité d’accueil durant deux mois, c’est le meilleur des deux mondes. »

— Une citation de  Jacky Poirier, président de Tourisme Îles de la Madeleine

Depuis quelques années, la capacité d'hébergement touristique des Îles-de-la-Madeleine est d'ailleurs saturée de la mi-juillet à la mi-août.

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Il faut souvent réserver un an d'avance pour trouver un endroit où dormir aux Îles-de-la-Madeleine en juillet et août (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

L'an passé, le milieu madelinot a pris la décision de plafonner pour trois ans le nombre de visiteurs durant la haute saison en limitant les allers-retours du traversier, afin de ne pas dépasser l’affluence touristique sans précédent de 2019, soit 67 900 visiteurs entre mai et octobre.

On ne manque pas de chambres d’hôtel, sauf du 15 juillet au 15 août, mentionne M. Poirier. Ce qu’on désire depuis déjà un certain temps, c’est d’aplanir la courbe, de ne pas continuer la croissance entre le 15 juillet et le 15 août.

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Tourisme Îles de la Madeleine espère travailler à allonger la saison touristique au-delà de la saison estivale (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Pour l’instant, le président de l’association touristique régionale soutient que la conversion de lieux d'hébergement touristique ne se traduit pas par une baisse de visiteurs.

Ce qu’on remarque, c’est qu’au mois de mai, au mois de juin et de septembre il y a plus de réservations qu’il y en avait dans les autres années. Alors on pense que ça allonge la saison touristique, affirme Jacky Poirier.

Le milieu en mode solution

Malgré tout, personne ne veut rester les bras croisés devant la situation du logement aux Îles-de-la-Madeleine.

Le milieu municipal a déjà déboursé plus d'un million de dollars pour stimuler la création de nouvelles habitations.

Le CISSS des Îles songe même à se lancer dans l'immobilier.

On a commencé à réfléchir à une solution où on construirait des logements, ou des maisons de ville, on ne sait pas encore quelle forme ça prendrait, mais ça serait pour les employés du CISSS des Îles, explique la PDG Sophie Doucet.

La Chambre de commerce des Îles caresse un rêve similaire afin que l'hébergement des travailleurs saisonniers ne soit plus un casse-tête, le projet des roulottes est comme un projet-pilote.

Est-ce que ça pourrait mener vers un projet avec des infrastructures fixes, par exemple un parc de minimaisons, un parc avec des habitations de type chalet? Peut-être!, lance le directeur Antonin Valiquette.

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Antonin Valiquette est le directeur de la Chambre de commerce des Îles.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Aux Îles, on a toujours été débrouillards, on a toujours eu la réputation de pouvoir se débrouiller et d’être innovateurs, ajoute le président de Tourisme Îles de la Madeleine, Jacky Poirier.

Et la pénurie de logements n'est pas une raison pour que les Madelinots dérogent à cette tradition.

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