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Toutes les forces russes lancées sur le Donbass

Une fumée

La prise de Sievierodonetsk permettrait à la Russie de prendre le contrôle de la région de Louhansk.

Photo : afp via getty images / ARIS MESSINIS

Agence France-Presse

Le président polonais Andrzej Duda a apporté dimanche à Kiev un soutien farouche à la candidature de l'Ukraine à l'Union européenne, s'opposant frontalement au scepticisme de Paris et de Berlin, au moment où la Russie a lancé toutes ses forces dans la bataille du Donbass, dans l'est du pays.

Premier chef d'État à parler devant le Parlement ukrainien depuis l'invasion russe, le 24 février, le président polonais, dont le discours a été interrompu par plusieurs ovations, a promis qu'il ne relâchera pas ses efforts tant que l'Ukraine ne sera pas membre de l'Union européenne (UE).

Il faut respecter les peuples qui versent leur sang pour appartenir à l'Europe, a-t-il ajouté, soutenant son homologue ukrainien à la veille d'un discours très attendu de Volodymyr Zelensky aux élites politiques et économiques mondiales réunies à Davos.

« L'adoption d'une décision sur le statut de candidate de l'Ukraine à l'UE au Conseil de l'Europe, le 24 juin, est d'une extrême importance, avant tout psychologique et politique. »

— Une citation de  Andrzej Duda, président polonais

M. Duda a dit regretter que des voix se soient élevées récemment en Europe pour demander que l'Ukraine accepte certaines demandes de Poutine, le maître du Kremlin.

Après Boutcha, Borodianka, Marioupol, il ne peut plus y avoir de business as usual avec la Russie, a-t-il lancé, faisant allusion à deux localités proches de Kiev où ont été découverts des centaines de cadavres de civils après leur occupation par les Russes ainsi qu'à la grande ville portuaire du sud-est écrasée sous les bombardements au prix d'au moins 20 000 morts, selon l'Ukraine.

Le président polonais Andrzej Duda à Kiev.

Le président polonais Andrzej Duda a été ovationné à plusieurs reprises au parlement de Kiev.

Photo : via reuters / UKRAINIAN PRESIDENTIAL PRESS SER

Le président polonais visait son homologue français Emmanuel Macron, qui a proposé début mai d'intégrer Kiev dans une communauté politique européenne, et a appelé à éviter l'humiliation de la Russie dans la sortie de ce conflit. Il visait aussi le chancelier allemand Olaf Scholz, qui a dit jeudi son opposition à l'octroi à l'Ukraine d'un raccourci dans l'adhésion à l'UE.

Le ministre français délégué aux Affaires européennes, Clément Beaune, a encore défendu ces positions dimanche, soulignant que l'adhésion de l'Ukraine à l'UE prendrait sans doute 15 ou 20 ans. En revanche, la communauté politique européenne proposée par Paris peut offrir un projet politique et concret à des pays qui [...] veulent se rapprocher de nous, a assuré le ministre.

Exprimant l'amertume de Kiev par rapport à ces positions, le président Volodymyr Zelensky a martelé samedi qu'il n'y avait pas de solution de rechange à la candidature de son pays à l'UE et qu'un compromis serait une compromission de l'Europe avec la Russie.

Son chef de la diplomatie, Dmytro Kouleba, avait dénoncé jeudi un traitement de seconde zone de la part de certaines capitales européennes.

Dans les régions de Louhansk et de Donetsk

Sur le terrain, trois mois après le début de son invasion et après avoir échoué à prendre Kiev et Kharkiv au nord, la Russie a redéployé ses forces, qui concentrent leurs efforts sur l'est de l'Ukraine, déjà en partie aux mains de séparatistes prorusses depuis 2014 et où les combats et les bombardements sont intenses.

Toutes les forces russes sont concentrées dans les régions de Louhansk et de Donetsk dans le Donbass, a écrit dimanche Serguiï Gaïdaï, le gouverneur de la région de Louhansk, sur Telegram.

 Un char d'assaut russe détruit.

Un résident regarde un char d'assaut russe détruit à côté d'une résidence dans le village de Mala Rogan, près de Kharkiv.

Photo : afp via getty images / SERGEY BOBOK

Ce sont les unités qui se sont retirées de la région de Kharkiv au nord, celles qui assuraient le siège de Marioupol au sud-est, les milices des républiques séparatistes de Donetsk et de Louhansk, les redoutées forces tchétchènes ainsi que des troupes mobilisées en renfort depuis la Sibérie et l'Extrême-Orient russe, à des milliers de kilomètres de là, a-t-il énuméré.

En matière d'armements aussi, tout est concentré ici, a-t-il ajouté, y compris les fameux systèmes antiaériens et antimissiles S-300 et S-400, équivalents des Patriot américains.

À Severodonetsk, une ville de la région de Lougansk encore sous contrôle de Kiev, ils utilisent la tactique de la terre brûlée, ils détruisent délibérément la ville avec des bombardements aériens, des lance-roquettes multiples, des mortiers ou des chars qui tirent sur les immeubles, a-t-il ajouté.

Selon un point de presse de l'armée ukrainienne sur Facebook, au moins sept civils ont été tués et huit blessés dans des bombardements dans la région de Donetsk, où 45 localités ont été touchées. Le bilan pour la région de Louhansk est en cours de clarification, selon la même source.

L'état-major ukrainien avait déjà relevé dans son point matinal dimanche que l'armée russe continuait ses frappes de missiles et aériennes sur tout le territoire et en avait même accru l'intensité.

Selon la présidence ukrainienne, des bombardements russes avaient visé les villes de Mykolaïv, de Kharkiv et de Zaporijjia dans la nuit de samedi à dimanche.

La loi martiale prolongée de trois mois

Sans surprise, la loi martiale et la mobilisation générale en Ukraine ont été prolongées dimanche de trois mois, jusqu'au 23 août.

Le président de l'Ukraine, Volodymyr Zelensky, lors d'une conférence de presse.

Le président de l'Ukraine, Volodymyr Zelensky, lors d'une conférence de presse

Photo : Getty Images / John Moore

Le président ukrainien prépare par ailleurs son intervention en visioconférence devant le Forum économique de Davos, en Suisse, qui commence lundi après deux ans d'interruption à cause de la COVID-19.

M. Zelensky sera lundi le premier chef d'État à y faire un discours. Nombre de responsables politiques ukrainiens feront le voyage en personne. En revanche, les Russes ont été exclus.

Il devrait profiter de cette nouvelle tribune pour exhorter le monde à fournir davantage d'aide, tant financière que militaire. Le président ukrainien pourrait également renouveler la demande de Kiev pour adhérer à l'UE.

À la veille de ce rendez-vous d'envergure, la Russie a assuré dimanche être prête à reprendre des pourparlers de paix avec l'Ukraine, assurant que leur suspension était due à Kiev.

Nous sommes prêts à continuer le dialogue, a affirmé Vladimir Medinski, conseiller du Kremlin chargé des négociations avec Kiev, dans un entretien avec la télévision bélarusse.

Des contacts avaient été noués en mars au Bélarus après que les forces russes avaient échoué à prendre rapidement la capitale ukrainienne comme prévu puis s'étaient poursuivis en Turquie, sans succès, avant que la Russie n'y coupe court en lançant sa nouvelle offensive sur le Donbass.

Deux chars des troupes prorusses dans une rue de Marioupol où tous les bâtiments sont détruits.

Les troupes russes et prorusses sont partout dans les rues de Marioupol.

Photo : Reuters / ALEXANDER ERMOCHENKO

Loin des batailles diplomatiques, la ville martyre de Marioupol (sud-est), récemment conquise par les militaires russes et par leurs alliés séparatistes, offrait un paysage apocalyptique avec des carcasses d'immeubles calcinés dans de nombreux quartiers.

Trois mois de combats ont mis en fuite des centaines de milliers d'habitants et fait un nombre inconnu, mais sans doute énorme, de morts dans cette cité portuaire qui comptait plus d'un demi-million d'habitants avant la bataille.

Des journalistes de l'AFP ont constaté l'ampleur des dégâts il y a quatre jours lors d'un voyage de presse organisé par le ministère russe de la Défense.

On n'entend plus les incessantes canonnades des semaines précédentes, car sur le site sidérurgique d'Azovstal, les derniers soldats ukrainiens se rendent. L'armée russe n'a cependant pas permis aux médias d'approcher l'immense aciérie, devenue le symbole de la farouche résistance ukrainienne.

Les autorités prorusses ont promis de faire de Marioupol une station balnéaire, un projet difficile à imaginer dans cet enchevêtrement de tôles, de débris et de barres d'immeubles éventrées par les missiles et par les obus.

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