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Lapsus de George W. Bush : quand l’invasion de l’Ukraine rappelle celle de l’Irak

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Un convoi de chars russes sur la route de Marioupol

Photo : Reuters / CHINGIS KONDAROV

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Une invasion « injustifiée et brutale » : c'est ainsi que George W. Bush a voulu décrire la situation actuelle en Ukraine, mercredi, lors d’un discours. Mais l'ancien président américain a par erreur prononcé le mot « Irak », un lapsus révélateur pour certains et qui a alimenté davantage les comparaisons entre les deux conflits. Car ces deux invasions partagent bien des similitudes selon des analystes, et, croient-ils, devraient rappeler que les démocraties peuvent elles aussi engendrer des désastres géopolitiques.

Quand ils ont annoncé que la guerre avait commencé et que la Russie avait envahi l‘Ukraine, avec le son des sirènes, les tanks et les soldats à la télévision… ce sentiment de guerre est revenu d’un coup, comme si c’était hier, même si pour moi, cela s’est produit il y a 20 ans. J’étais tellement triste pour [les Ukrainiens], raconte Shayma Alaldabagh, une immigrante irakienne établie à Oakville, à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Toronto.

Pour la mère de famille, l’invasion de l’Ukraine par la Russie rappelle les douloureux souvenirs de l’invasion de son pays par les Américains en 2003.

Le 20 mars de cette année-là, alors que George W. Bush était président, les États-Unis ont envahi l’Irak pour renverser son dictateur, Saddam Hussein, prétextant la présence d’armes de destruction massive dans le pays.

Celles-ci n’ont jamais été trouvées.

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Des civils irakiens et des soldats américains abattent une statue de Saddam Hussein au centre-ville de Bagdad, sur cette photo d'archives du 9 avril 2003. Les États-Unis ont envahi l'Irak sur de fausses déclarations selon lesquelles Hussein cachait des armes de destruction massive.

Photo : Associated Press / Jerome Delay

Enceinte et âgée de 26 ans à l’époque, Mme Alaldabagh se rappelle comme si c’était hier la peur qui a pris sa famille à la gorge dès l’arrivée des soldats américains dans sa ville, Bagdad.

« Pour nous, les Américains étaient des envahisseurs. »

— Une citation de  Shayma Alaldabagh

Torture, viols, exécutions sommaires : la dentiste qui a immigré au Canada en 2013 raconte les atrocités que son peuple a vécues durant l'occupation américaine.

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Shayma Alaldabagh a vécu l'invasion de l'Irak par les États-Unis. Elle vit maintenant en Ontario avec sa famille.

Photo : Radio-Canada / Robert Krbavac

Ce qui s’est produit en Irak il y a 20 ans est la même chose que ce qui est en train de se passer en Ukraine, dit-elle en précisant que deux de ses proches ont été tués par des soldats américains, sans raison.

Justifications et désinformation

L’installation des troupes russes à la frontière ukrainienne dans les semaines qui ont précédé l’invasion du pays a aussi ravivé les souvenirs de la guerre en Irak chez le professeur adjoint et directeur du programme de relations internationales à l’Université de Toronto Timothy Sayle.

Dans les deux cas, en 2003 et en 2022, le monde entier a observé une escalade des tensions. Il y avait un sentiment d’inévitabilité, comme s’il y avait un courant qui était impossible à renverser, explique-t-il.

Même si les deux conflits présentent des différences notables, comme le type de régime politique des pays impliqués, l’historien croit que certaines similarités méritent d’être soulignées.

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La ville de Lozova, en Ukraine, a été fortement frappée par les bombardements russes.

Photo : Getty Images / AFP/DIMITAR DILKOFF

Dans les deux cas, les États qui ont été envahis n’avaient pas attaqué les pays qui les ont envahis. Il est donc devenu extrêmement important pour leurs dirigeants de développer une justification à leurs actions. Dans le cas des États-Unis, une démocratie, comme dans celui de la Russie, nous avons vu que l’opinion publique a été modelée par les dirigeants d’une manière qui ne reflétait pas la réalité, explique-t-il.

On met beaucoup l’accent sur le rôle de la Russie comme étant un régime qui ment presque de façon caricaturale, mais cela ne veut pas dire que dans un contexte démocratique, les régimes ne peuvent pas mentir ou relayer un récit où l’information est chambranlante, voire très orientée afin d’appuyer leur thèse pour entrer en guerre, ajoute Simon Thibault, professeur au Département de science politique à l’Université de Montréal.

Des conséquences à long terme

Installée dans son salon, Shayma Alaldabagh fait défiler des photos de sa famille sur son téléphone. Sur l’une d’entre elles, la mère de famille tient un drapeau irakien à bout de bras lors d’une manifestation contre le gouvernement à Bagdad qui a eu lieu en 2019.

Je suis retournée en Irak parce que je voulais prendre part à cette révolution, raconte-t-elle.

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Shayma Alaldabagh, à gauche, affirme que l'invasion de l'Irak par les États-Unis a engendré deux décennies de violence dans son pays natal.

Photo : Fournie par Shayma Alaldabagh

Selon elle, l'invasion de l'Irak par les États-Unis a engendré deux décennies de chaos et de violence dans son pays natal. Elle craint maintenant pour l'avenir de l'Ukraine.

Les conséquences [de l’invasion de l’Ukraine] vont être encore pires. Nous vivons avec les conséquences de l'invasion américaine depuis 20 ans et la situation ne fait qu’empirer, déplore-t-elle.

Une inquiétude que partage Timothy Sayle.

Une des principales similarités [entre les deux conflits] est qu’une fois que la guerre est déclenchée, elle peut mener à des résultats complètement opposés aux objectifs initiaux des dirigeants, dit-il.

[La guerre en Ukraine] n’est qu’un exemple de plus, au cas où nous n’ayons pas appris notre leçon en 2003, qui prouve que de déclencher une guerre quand il ne s’agit pas d’autodéfense ou simplement dans le but d’atteindre un objectif précis est une tentation à laquelle les démocraties peuvent succomber. Aujourd’hui, nous avons un autre exemple des terribles conséquences que cela peut engendrer, conclut-il.

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