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Analyse

Doug Ford favori des Franco-Ontariens : que penser de ces résultats surprenants?

Ipsos révèle qu'il est le chef le plus populaire chez les francophones, ce qui est décevant pour les libéraux.

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Le premier ministre sortant a remercié les Franco-Ontariens pour leur appui lorsqu'il a pris connaissance des résultats du sondage.

Photo : La Presse canadienne / Tara Walton

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Mon téléphone ne dérougit pas depuis la publication du sondage IpsosRadio-Canada qui révèle que Doug Ford est le chef le plus populaire auprès des Franco-Ontariens.

De la surprise; du doute, aussi. Comment est-ce possible? Les francophones ont-ils été frappés d’amnésie? Ont-ils oublié la crise linguistique qui a secoué l’Ontario, il y a quatre ans?

Comment le Parti progressiste-conservateur, le même qui a interdit l'usage du français dans les écoles en 1912, qui a tenté de fermer l’Hôpital Montfort à la fin des années 1990, est-il à égalité statistique avec le Parti libéral dans les intentions de vote des francophones?

Même le Toronto Sun, qui porte très peu attention à la francophonie, le qualifie de sondage-choc.

L'équipe Ford est enchantée. C'est la preuve, nous confie-t-on en coulisse, que les efforts de Caroline Mulroney pour renverser la vapeur – la volte-face sur l’Université de l’Ontario français, la modernisation de la Loi sur les services en français – ont porté fruit.

Les plus de 600 000 Franco-Ontariens sont répartis dans la province et n’ont pas beaucoup de poids électoral, mais historiquement, c’est un électorat fidèle et important pour les libéraux dans la région d’Ottawa. Pas surprenant que ce soit le parti le mieux placé pour défendre les intérêts des francophones, selon les répondants.

Par contre, seulement 14,6 % d'entre eux croient que le chef Steven Del Duca ferait le meilleur premier ministre, un résultat qui pique au vif les libéraux. Comme c’est le cas dans la population en général, les francophones connaissent visiblement peu M. Del Duca.

Le fait que l’ancien ministre, qui est impliqué au sein du Parti libéral depuis l’âge de 15 ans et qui aspire depuis longtemps à devenir premier ministre, n’a pas cru bon d’apprendre le français après toutes ces années joue peut-être en sa défaveur.

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Steven Del Duca en 2012 après sa victoire dans l'élection partielle de l'ancienne circonscription de Vaughan, en compagnie du premier ministre libéral de l'époque, Dalton McGuinty

Photo : Radio-Canada / Michelle Siu

Ses prédécesseurs Kathleen Wynne, Dalton McGuinty, David Peterson et Stewart Smith voyaient la chose autrement et pouvaient parler directement aux francophones.

Si l’attitude des Franco-Ontariens envers Doug Ford a bel et bien évolué, comme le suggère le sondage, il y a lieu de se demander quel sera le résultat dans l’Est ontarien, par exemple dans Glengarry–Prescott–Russell, où 60 % des électeurs sont francophones.

Circonscription libérale depuis 1999, elle est tombée aux mains des progressistes-conservateurs aux dernières élections grâce à la percée d'Amanda Simard. Cette dernière l’a emporté avec plus de 4500 voix. Elle a ensuite rapidement claqué la porte du parti de Doug Ford après les compressions faites dans les services en français et s’est depuis jointe aux libéraux.

Comme l’a souligné l’animateur de TVO Steve Paikin cette semaine en réaction au sondage Ipsos–Radio-Canada, il est difficile de dire si la circonscription sera bleue ou rouge après le 2 juin, mais les résultats sont extrêmement décevants pour les libéraux.

Mme Simard, qui est devenue le symbole de la résistance francophone de l'Ontario, ainsi que les députés francophones sortants du NPD doutent des résultats, qui ne reflètent pas ce qu’ils entendent aux portes, selon eux. On le saura le 2 juin.

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Amanda Simard sur le plateau de l'émission «Tout le monde en parle», dans la foulée de la crise linguistique de 2018

Photo : Avanti Groupe

Une première

À notre connaissance, c’est la première fois qu’un sondage sur les intentions de vote des francophones est effectué en Ontario. L’une des conclusions les plus intéressantes est que, contrairement aux anglophones du Québec, les Franco-Ontariens ne sont visiblement pas le monolithe que bien des gens s’imaginent.

Leur affinité envers Doug Ford montre que les libéraux n’ont pas le monopole de leur appui. Après tout, il est vrai qu’il n’y a pas si longtemps, des francophones conservateurs comme Royal Galipeau et Noble Villeneuve ont été élus dans l’Est ontarien. Et dans le nord de la province, c'est le NPD qui a l'aval de bien des francophones.

Certaines tendances dans l’électorat en général, comme le fait que le Parti progressiste-conservateur a l'avantage auprès des hommes, sont aussi vraies chez les francophones.

Autre constat intéressant : près de la moitié des répondants ont choisi le coût de la vie ou l’économie comme enjeu prioritaire. Les services en français arrivent bien plus bas. Cela avantage les progressistes-conservateurs.

Le jeudi noir est peut-être un lointain souvenir pour ces francophones qui croient, à tort ou à raison, que Doug Ford est le mieux placé pour remettre de l’argent dans [leurs] poches.

Dans le deuxième volet de notre coup de sonde Ipsos–Radio-Canada, qui sera publié mardi, les francophones notent tout de même que le français est en déclin en Ontario. Ils s’en disent préoccupés.

Une occasion pour Andrea Horwath dans le Nord et surtout pour Steven Del Duca dans l'Est. Ils ont formulé une série de promesses pour assurer la pérennité de la langue française dans leurs plateformes respectives, mais encore faut-il que les électeurs soient à l’écoute.

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