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Chronique

Soirée dansante à Santa Teresa

« C’est mon premier concert depuis la f… pandémie au Québec. Laissez-moi vous dire une chose : I’m back, baby! »

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Hubert Lenoir était la tête d'affiche du festival Santa Teresa.

Photo : Content Content

Une grande clameur a fait écho à ce cri du cœur de Hubert Lenoir, vendredi soir, devant la scène extérieure principale du festival Santa Teresa. Pour l’artiste, c’était un soulagement. Pour une majorité de spectateurs, il s’agissait du début de la saison des festivals comme avant le coronavirus.

Dès 18 h, sous un plein soleil et avec un mercure de 26 centigrades, on voyait déjà des festivaliers faire la farniente dans le vieux Sainte-Thérèse, bien assis dans l’une ou l’autre des chaises des établissements de houblon, ou allongés sur la pelouse naissante devant l’église.

Des bribes de paroles de chansons et des notes de musique flottaient dans l’air en raison des tests de son des premiers groupes à se produire à l’extérieur. Petites familles, jeunes couples et aucun masque en vue. L’atmosphère était décontractée au possible. Très 2019, tiens.

Seul signe que la pandémie a quand même laissé des traces sur l’industrie culturelle, le nombre de spectateurs présents lors de la venue de Lydia Képinski et de ses musiciens à 19 h 15 sur la « grosse scène » de l’événement. On a déjà vu de plus importantes foules dans le passé, mais ceux qui étaient déjà là ne l’ont pas regretté une seconde.

L’ouragan Lydia

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Lydia Képinski a livré une prestation sans la guitare qu'elle maniait si souvent dans le passé.

Photo : WILLIAMRENAUD INC

Si les musicien(e)s de Képinski se sont présentés sur scène, la chanteuse, elle, a amorcé le spectacle à la hauteur des spectateurs, lors de l’interprétation de L’imposture, avant de s’installer graduellement sur les planches. Un départ canon, dirait-on en langage de course automobile.

J’avais vu deux fois Képinski sur scène en 2017, à l’aube de son disque Premier juin (2018), mais je n’avais pas encore écouté les nouvelles compositions de l’album Depuis, paru il y a quelques semaines. Je m’attendais donc à revoir une jeune femme longiligne, presque d’allure fragile, aux lunettes fines, guitare à la main. Le choc…

Dans son autre mouture, Lydia Képinski n’était certes pas timide, mais la version 2.0 vue vendredi soir n’est rien de moins qu’une dynamo. Cette dernière a pris la scène d’assaut en faisant aller sa chevelure de tous bords tous côté, comme les « headbangers » dans les concerts métal. Ça allait bien avec sa tenue toute noire.

Disparue les lunettes et finie la guitare… Remarquez qu’avec les quatre superbes musiciens qui l’accompagnaient, il n’avait rien à ajouter. Les nappes de claviers de Depuis et les rythmiques de Deux jours ont permis à l’artiste de s’approprier l’espace, avant de ralentir le tempo avec Chlorine, vaguement vaporeuse. On est tellement heureux d’être là. C’est incroyable, a-t-elle ajouté, visiblement charmée de l’accueil délirant de la foule qui ne cessait de danser. Puis, ne sachant plus quoi dire, elle a lancé : Je pense que je suis plus éloquente dans mes chansons.

On pourrait dire la même chose de la prestation de scène. Durant Vaslaw, Képinski est passée à la vitesse supérieure, sa pop-électro transformant le parterre en masses de chair trépidantes qui ne cessaient de sautiller. Elle a enchaîné avec 360 jours durant laquelle elle est allée chanter au sommet de la structure de la zone V.I.P. avant de s’épivarder sur une balançoire et de revenir vers la scène à travers la foule. On n’a pas vu ça souvent depuis deux ans.

Une prestation dynamitée d’une artiste qui épouse désormais une facture plus pop, mais sans verser dans la facilité rayon musique, comme certains passages touffus l’ont démontré.

Danse, danse, danse

Après avoir été propulsée en orbite par Képinski, la foule – désormais plus nombreuse – est demeurée près du sol, très près du sol parfois, avec le collectif Choses sauvages et ses grooves irrésistibles. Dans les faits, les spectateurs ont franchement dansé, mais pas de la même manière.

Choses sauvages frappe sous la ceinture, dans le bas-ventre en fait, avec des musiques qui incitent quiconque de normalement constitué de se dandiner le bassin. L’enveloppe des plus récentes chansons du groupe (Choses sauvages II) se réclame autant de la new wave que de la musique électronique. Cela dit, on savoure avec autant de plaisir une récente composition comme Homme-Machine, trépidante, qu’une plus ancienne, Ariane, avec ses effluves lascifs.

À l’avant-plan, Félix Bélisle peut être chanteur, musicien ou animateur de foule, tant certaines compositions instrumentales du collectif s’étirent à n’en plus finir, mais sa présence est le ciment qui lie la foule et le groupe.

Cela dit, si Choses sauvages est une formidable machine à danser, elle n’est pas nécessairement une machine à tubes – quoique Chambre d’écho, ça frappe -, mais après avoir vu Képinski mettre le feu, les gars ont parfaitement maintenu les braises bien chaudes pour Hubert Lenoir.

Le village de Hubert

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Hubert Lenoir a joué jusqu'aux alentours de 23 h.

Photo : Content Content

Lenoir, on le sait, ne fait jamais rien comme les autres. Ni ses musiciens, d’ailleurs. L’artiste est monté sur scène vêtu d’une robe et coiffé d’un chapeau d’hiver. Derrière lui, ses musiciens et ses choristes étaient vêtus ou coiffés d’uniformes de signaleurs routiers, d’ouvriers de la construction et même de prisonniers de bagne. Une version 2022 des Village People?

Pas vraiment, rayon musique, avec l’ouverture sur Golden Days, véritable délire bordélique et chaotique. Quelque chose comme Bran Van 3000 aux Foufs ou au Spectrum dans les années 1990.

Investi, comme toujours, Lenoir a essentiellement pigé au sein de son plus récent disque, PICTURA DE IPSE : musique directe.

Il a qualifié Secret comme étant l’une des meilleures chansons que j’ai écrites de ma vie , après avoir évoqué un amour impossible, enchaînant avec Si on s’y mettait, de Jean-Pierre Ferland. Ambiance instantanée de Fête de la Saint-Jean un mois à l’avance.

Paris Transit, avec une belle part du terrain de jeu à ses choristes, et MTL style libre nous ont fait voyager sur les deux rives de l’Atlantique. Quant à Sucre + Sel, elle est sûrement l’une des chansons les plus personnelles de l’artiste avec son refrain : Sucre et sel/dans les règles de l’art/à moitié garçon, à moitié fille, à moitié mort.

Fidèle à ses habitudes, Lenoir n’a pas hésité à plonger dans la foule qui l’a porté à bout de bras, amplifiant la frénésie de cette dernière qui a reçu une puissante claque sonore avec 418 wOo et uber Lenoir, c’est confirmé : cacophonie et solos de saxophones éperdus au menu.

Ému, comme ça lui arrive souvent quand l’accueil de la foule est indéfectible, Hubert Lenoir a remercié son public.

Mon nouveau disque était plus difficile d’approche, mais, somehow, vous êtes encore là. On peut changer, faire de nouvelles choses et prendre des risques, a-t-il dit avant de faire déjanter ses admirateurs avec Fille de personne.

Il a étiré la sauce jusqu’à la limite de 23 h, mais il est quand même revenu s’offrir un moment a capella avec ses musiciens et la foule.

Bilan? Je me suis dit toute la soirée qu’il fallait que je prenne quelques minutes pour aller voir Martha Wainwright et Avril Jensen dans l’église, à 100 mètres de là. Impossible. Hubert Lenoir, Choses sauvages et Lydia Képinski en ont décidé autrement. Je n’ai jamais pu m’arracher du devant de la grosse scène extérieure.

Qu’en sera-t-il samedi soir? Avec l’annonce faite vendredi que Loud, rien de moins, remplacera Pressa en soirée (20 h 30) afin d’interpréter pour une première fois sur scène les nouvelles chansons de son disque Aucune promesse paru il y a moins de 24 heures, on prévoit encore plus d’affluence.

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