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Autoroutes, GO Train : le casse-tête du transport dans le Grand Toronto

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Le transport est l’un des enjeux de la campagne électorale ontarienne pour le scrutin du 2 juin.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Se déplacer sans se ruiner et sans y passer un temps fou préoccupe beaucoup d’Ontariens dans la plus grande région métropolitaine du Canada. Étroitement lié au coût du logement et au coût de la vie, c’est l’un des enjeux de la campagne électorale provinciale, qui prendra fin le 2 juin. Petit tour au pays du 905, la vaste banlieue de Toronto.

Newmarket, une ville tranquille de 85 000 habitants, située à une cinquantaine de kilomètres au nord de Toronto. Les voitures défilent sur la rue principale, qui est bordée de maisons historiques, de pubs et de restaurants éclairés d’une lumière dorée. C’est la fin de la journée. Les résidents rentrent du travail.

À quelques centaines de mètres de là, un quartier résidentiel verdoyant, aux grandes maisons espacées, a séduit il y a 18 ans Martine Simard Dupuy et sa famille.

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Martine Simard Dupuy et son mari, Michael Sasarman

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Née à Saskatoon, la mère à temps plein de quatre enfants a œuvré une bonne partie de sa vie dans la coopération internationale, en Afrique, en Europe et dans les Antilles. Son mari, rencontré à Ottawa, est aujourd’hui consultant dans les hautes technologies, en intelligence artificielle.

Il travaille à Toronto, mais la pandémie est passée par là. Il peut maintenant travailler de la maison et fuir les embouteillages le plus possible. Il se rend tout de même au centre-ville environ deux fois par semaine, pour des réunions.

Aller à Toronto me prend trois heures aller-retour au minimum, sans compter le temps de la réunion, explique Michael Sasarman. En fin de journée et le vendredi, c’est pire pour le retour; c’est deux heures. Pour 50 kilomètres.

Il y a 18 ans, lorsque la famille s’est installée à Newmarket pour trouver une maison plus abordable, il était encore possible de se rendre à la station Union en 30 minutes. Ce serait inconcevable aujourd’hui, dit Martine Simard Dupuy, sauf si on partait à 2 h ou 3 h du matin.

Sur la terrasse arrière de leur élégante résidence qui donne vue sur un boisé privé, Martine discute du budget transport avec son fils aîné, Constantin, 23 ans, embauché récemment comme consultant en acquisitions dans le centre financier de Toronto. Le trajet en GO Train pour s’y rendre coûte environ 10 $. L'aller-retour : 20 $. Si tu y vas cinq fois par semaine, quatre semaines par mois, c’est 400 $, dit Martine. Ouais, c’est immense! lance le jeune homme. C’est une part importante de mon salaire.

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Constantin Sasarman

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Mais en voiture, il faut payer l’essence pour les 100 kilomètres aller-retour, à 2 $ le litre, ainsi que le stationnement à 25 $. Tout bien pesé, Constantin préfère prendre le train. Au moins, il est certain de l’heure d’arrivée et il peut s’occuper pendant l’heure que dure le trajet. Alors que sur la route… J’ai pris une fois la voiture le matin et j’ai juré de ne pas le refaire, parce que ça a pris plus d’une heure et demie.

Les autoroutes reliant le 905 à Toronto sont presque invariablement congestionnées aux heures de pointe. Il faut le prévoir avant de se déplacer, dit Martine. Et les familles s’installent toujours plus loin du cœur économique, à cause de la hausse phénoménale du prix des maisons. Un cercle vicieux : la densification de la population dans les villes de banlieue vient grossir le nombre de déplacements entre les couronnes et le centre-ville.

« Le développement économique de la province va en croissance, la population aussi, mais le désavantage, c’est que la qualité du transport n’est pas à la hauteur de la demande de la population. »

— Une citation de  Martine Simard Dupuy

Que ce soit en voiture ou en transport en commun, se déplacer à l’intérieur de la plus grande région métropolitaine du Canada, avec ses 6,4 millions d’habitants, est devenu un casse-tête quotidien pour bien des Ontariens.

Le reportage de Myriam Fimbry est diffusé à l’émission Désautels le dimanche à 10 h et en rediffusion le lundi à 3 h sur ICI Première.

Les libéraux : des trajets à 1 $

Dès le début de la campagne électorale, le chef du parti libéral de l’Ontario, Steven Del Duca, a promis de baisser le prix du transport en commun. Si son parti gagne les élections, chaque trajet coûterait un dollar, partout dans la province, et ce, jusqu’en 2024.

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Alison Gohel, candidate libérale

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Vous pensez que c’est une bonne idée? demande la candidate libérale Alison Gohel à des voyageurs à la descente du train. En veston rouge, cartons à la main, la jeune quadragénaire, fiscaliste et mère de deux enfants, fait campagne à Oakville, une ville tranquille située au bord du lac Ontario, à 37 kilomètres de Toronto. La circonscription est détenue par les progressistes-conservateurs depuis 2018, après avoir été libérale pendant 15 ans, à l’image de la province de l’Ontario. Les libéraux voudraient la reconquérir.

Oui, mais on nous promet des choses chaque fois… se fait-elle répondre par une passagère. Cette dernière fait référence au verre de bière à 1 $, promis par Doug Ford lors de la campagne électorale de 2018. Les libéraux ne se privent pas de le rappeler. Le Buck-a-Ride (trajet à 1 $) promis cette année par les libéraux est un clin d’œil au Buck-a-Beer (bière à 1 $), promesse non tenue des progressistes-conservateurs.

Pour une famille nombreuse comme celle que nous avons rencontrée à Newmarket, cette mesure serait très avantageuse. Si on s’en va tous les six voir une partie de baseball, au lieu de payer 120 $ pour le trajet de train, on va payer 12 $! Beaucoup plus de gens vont prendre le GO Train ou l’autobus, croit Michael Sasarman. Mais encore faut-il que ce soit bien desservi, ajoute Martine, qui trouve que le transport en commun n’est pas assez développé à l’extérieur de Toronto et que les trains ne passent pas assez souvent en dehors des heures de pointe.

Le transport en commun souffre aussi d’une baisse de fréquentation après deux ans de pandémie. La promesse des libéraux répond à deux objectifs : diminuer le coût de la vie, qui connaît une hausse fulgurante, tout en encourageant les déplacements par ce mode de transport, pour des raisons environnementales.

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Une autoroute dans la région de Toronto

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Nous, on voudrait réduire de 400 000 le nombre de voitures qui circulent sur les routes. Ça va réduire la pollution, l’air va devenir plus propre; c’est mieux pour l’environnement que de construire une nouvelle autoroute dans la ceinture verte, qui va coûter 10 milliards et ne servira à rien! lance d’une seule traite Alison Gohel. Cette dernière fait allusion au projet d’autoroute 413, que promettent ses adversaires du parti de Doug Ford, mais qui est décrié par tous les autres partis.

L’argument de l’environnement ne sera peut-être pas déterminant pour des électeurs plus préoccupés par la hausse du coût de la vie. Constantin Sasarman, qui voudrait économiser pour ne plus vivre chez ses parents l’an prochain, le dit bien sincèrement : il votera plutôt avec son portefeuille. Pour être assez réaliste, c’est l’argent qui guide mes décisions à ce point de ma vie. Pas par choix, mais par nécessité.

La préoccupation du coût de la vie

Même en s’éloignant un peu du centre-ville, difficile de trouver un appartement d’une chambre à moins de 1600 $ et deux chambres à moins de 2000 $, selon Françoise Magunira, du Centre francophone du Grand Toronto, à Mississauga. Même avec un emploi, on peut se retrouver à consacrer plus de 60 % de son revenu rien qu’à se loger, dit-elle. C’est sans compter les autres dépenses comme l’électricité, l’essence ou l’épicerie.

Le coût de la vie étrangle encore plus les petits salariés ou sans-emploi qui sont responsables de faire vivre une famille. Les banques alimentaires en fournissent un bon indicateur. Par exemple, toujours dans la ville de Mississauga, voisine de Toronto, les demandes d’aide pour le panier d’épicerie ont bondi, passant de 19 000 à 30 000 personnes en l’espace de deux ans; une conséquence de la pandémie et de l’inflation.

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Kimberley Soulière, dans un centre de distribution alimentaire. Une personne sur six vit sous le seuil de la pauvreté à Mississauga, la sixième plus grande ville du Canada avec plus de 800 000 habitants.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

C’est joli, ici; on a des espaces verts et des quartiers très aisés. À l’œil nu, on ne voit pas le besoin, mais en arrière-plan, les gens doivent faire des choix très difficiles avec leur budget mensuel, indique Kimberley Soulière, directrice du développement à la banque alimentaire de Mississauga. Cet entrepôt approvisionne une cinquantaine d’organismes sur le territoire.

« Même avec deux emplois, c’est très difficile de payer le loyer et les autres dépenses fixes. Si les gens ont à se déplacer pour le travail, ils doivent se déplacer, peu importe le coût. Et maintenant que le prix de l’essence augmente aussi rapidement, cet argent-là est retiré du budget pour les épiceries. »

— Une citation de  Kimberley Soulière, directrice du développement à la banque alimentaire de Mississauga

NPD : réduire la prime d’assurance automobile

Le coût de l’assurance automobile fournit une autre bonne raison de se plaindre. C’est en Ontario qu’elle est la plus chère au Canada : les primes s’élèvent en moyenne à 1700 $ par an, soit deux fois plus que la moyenne annuelle au Québec.

De plus, l’automobiliste paie un montant parfois plus cher que son voisin, car le coût de la prime est calculé selon le code postal de sa résidence. Le NPD dénonce ce qu’il considère comme de la discrimination. Il promet de réduire de 40 % les primes d'assurance automobile.

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Sara Singh fait du porte-à-porte.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

À Brampton-Centre, une armée de bénévoles part chaque soir sur le terrain pour faire du porte-à-porte. Sara Singh, 37 ans, est la députée sortante et brigue un deuxième mandat. En 2018, le NPD a fait l’histoire en gagnant trois circonscriptions dans le 905, dit-elle fièrement. On va doubler ça, ou plus.

Elle frappe aux portes et passe instantanément de l’anglais au panjabi, selon la personne qui lui ouvre. Son père est originaire de l’Inde et sa mère de Guyane. Ils ont immigré au Canada à l’adolescence.

Sara Singh aborde un jeune homme qui joue au basketball dans la rue, en fin d’après-midi. Il travaille pour une entreprise de plomberie et vit chez sa mère, faute de pouvoir habiter ailleurs. Il l’aide aussi à payer l’hypothèque. Personnellement, j’utilise la voiture de ma compagnie, donc je ne paie pas la prime d’assurance, mais ma mère, oui. Comme elle n’a pas de travail en ce moment, c’est dur pour elle de payer l’assurance, dit Nick.

Il ne sait pas encore pour qui il va voter. Il avoue ne pas être bien renseigné sur les candidats pour le moment et qu’il fera ses recherches à la dernière minute.

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Vick et Sagar

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

L’inflation est le principal enjeu pour Vick et Sagar. Ils s’arrêtent quelques minutes pour parler avec, en fond sonore, les cris des enfants qui jouent dans le quartier. Ils disent être arrivés au Canada il y a 15 et 10 ans. Sagar votera pour la première fois cette année, mais il n’a pas encore fait son choix. Je suis encore en train d’y penser; je parle avec les amis, les voisins, je suis les nouvelles, dit-il, résumant les tâches du parfait électeur.

Ça, c’est une chose qu’on voit beaucoup dans cette élection. Beaucoup de gens veulent prendre le temps pour penser à quel parti ils vont donner le support, observe Sara Singh.

Progressistes-conservateurs : place à l’auto

De son côté, le premier ministre sortant, chef du parti progressiste-conservateur, Doug Ford, promet de grands travaux. En particulier la construction de l’autoroute 413, au nord de Toronto, un projet rejeté par les libéraux et les néo-démocrates.

Il promet aussi de supprimer les frais d’immatriculation, les péages pour certaines autoroutes, et de réduire la taxe sur l’essence. Il s’agit en gros de faciliter la vie des automobilistes, n’en déplaise aux électeurs plus soucieux de la cause environnementale.

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Paul Demers

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

La réalité, c’est que les autos ne vont pas disparaître; elles ne disparaîtront jamais. Donc, il faut accommoder quand même; tu ne peux pas plaire à tout le monde! s’exclame Paul Demers, un militant de longue date du parti progressiste-conservateur.

La jeune cinquantaine, casquette vissée sur la tête, il livre des pancartes électorales pour soutenir la campagne de sa conjointe, Christine Hogarth. C’est la députée sortante et candidate dans Etobicoke-Lakeshore, un territoire qui fait partie de la ville de Toronto.

Près du lac Ontario, les tours à condos de 30 à 40 étages poussent comme des champignons, dit-il. La population grandit à un rythme accéléré, par milliers, ce qui cause des problèmes de circulation. L’autoroute 401 est devenue infréquentable à l’heure de pointe.

« La 401, des fois, c’est un stationnement. Je l’évite autant que possible. Mais pour aller à Sudbury, je n’ai pas le choix de la prendre. La 413 qu’ils parlent de construire va aider à la décongestionner un peu. »

— Une citation de  Paul Demers

Etobicoke-Lakeshore est une circonscription baromètre lors des élections provinciales. Depuis 1990, le parti qui gagne ici est le même que celui qui accède au pouvoir à Queenspark. C’est un peu lourd sur nos épaules, plaisante Paul Demers, avant d’ajouter : On ne tient rien pour acquis.

La pandémie est passée par là, avec des décisions difficiles qui n’ont pas plu à tout le monde; pensons à la fermeture des commerces. Les gens nous criaient après, ce n’était pas le fun pour Christine, raconte Paul Demers. Des militants ont claqué la porte du parti et ne voulaient plus rien savoir de Doug Ford. Mais il y en a aussi qui sont revenus.

Un autre irritant pour la base conservatrice du parti, c’est le contrôle des finances publiques, devenu secondaire pendant la pandémie, après avoir été un cheval de bataille en 2018. Le changement de cap du chef Doug Ford se confirme dans sa plateforme électorale et dans le dernier budget, lequel prévoyait un déficit de 20 milliards de dollars.

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