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Malades chroniques sans traitement, les victimes « silencieuses » du conflit en Ukraine

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« Les personnes atteintes de maladies chroniques sont des victimes silencieuses et cachées », dit une porte-parole de l'OMS.

Photo : AP / Felipe Dana

En date du 20 mai, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l'Organisation des Nations unies (ONU) recensait 8189 victimes civiles, dont 3838 morts. Un chiffre sous-estimé, selon l’agence, qui tente de confirmer tous les cas de décès qui lui sont signalés et qui ne comprennent pas les victimes militaires du côté russe comme du côté ukrainien.

Un autre fléau pourrait s’avérer tout aussi dévastateur, selon la Dre Margaret Harris, porte-parole de l’OMS actuellement déployée en Ukraine. Elle et son équipe travaillent sur place non seulement à répondre aux besoins en matière de santé, mais aussi à évaluer exactement quels sont les besoins.

« Les personnes atteintes de maladies chroniques sont des victimes silencieuses et cachées. »

— Une citation de  Dre Margaret Harris, porte-parole de l’OMS déployée en Ukraine

Selon elle, l’un des plus grands besoins en services de santé est qu’un grand nombre de personnes souffrent de maladies non transmissibles. Ce sont des maladies comme l'hypertension, l'hypertension artérielle, le diabète, les maladies pulmonaires, et nous avons aussi des gens qui ont des maladies infectieuses chroniques comme le VIH et la tuberculose, explique la médecin. Ces maladies nécessitent des soins et des traitements à long terme.

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La Dre Margaret Harris est porte-parole de l'OMS.

Photo : Radio-Canada

Des traitements qui s’épuisent vite lorsqu’on en a besoin de façon régulière, ajoute-t-elle. L'un des grands défis en ce moment est que les gens sont en déplacement ou découvrent que leurs services de santé ont été interrompus ou détruits, complète la Dre Harris.

Selon une enquête générale sur la population (en anglais) (Nouvelle fenêtre) menée par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), en date du 3 mai, 13,6 millions de personnes, soit plus de 30 % de la population ukrainienne, avaient été déplacées de force à cause de la guerre. Ce chiffre comprend 8 millions de personnes déplacées et environ 5,6 millions de réfugiés, dont environ la moitié sont des enfants, ayant fui l'Ukraine vers les pays voisins.

Des entreprises canadiennes s’associent pour envoyer de l’aide

En écoutant les nouvelles en mars dernier, Michael Wright a voulu agir. Le reportage indiquait que l’Ukraine disposait d’assez d’insuline pour en fournir à sa population pendant trois mois seulement, explique le PDG de NuGen.

Son entreprise, basée à Toronto, fabrique des injecteurs sans aiguille qui, combinés à des cartouches contenant le médicament, sont réutilisables et permettent jusqu’à 5000 injections chacun.

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Michael Wright est le PDG de NuGen Medical Devices.

Photo : Radio-Canada

Nous avons décidé de fournir gratuitement 50 de nos injecteurs ainsi que 5000 seringues sans aiguille préremplies avec de l’insuline, explique le PDG. Comme NuGen ne fabrique pas le précieux médicament, il a fallu être créatif.

« Nous avons réussi à obtenir de l’insuline à bas prix, mais nous devons quand même l’acheter. »

— Une citation de  Michael Wright, PDG, NuGen Medical Devices

Pour amasser les fonds, NuGen s’est tournée vers la firme Kin Communications, basée à Vancouver, pour coordonner l’initiative. Une campagne de sociofinancement a été lancée et tente d’obtenir dans l’immédiat 250 000 $. À plus long terme, elle espère amasser 5 M$.

En date du 20 mai, avec près de 60 000 $ déjà récoltés, les premières commandes d’insuline ont pu être passées et récupérées sur leur lieu de production, à Amsterdam. C’est là que le médicament est introduit dans les injecteurs et les seringues et que les trousses sont préparées et assemblées.

Elles seront ensuite récupérées par l’organisme Revived Soldiers Ukraine (RSU), qui assurera leur livraison en Ukraine, là où le besoin est le plus criant, grâce aux drones d'intervention médicale d’une autre entreprise canadienne, Draganfly.

Des drones pour sauver des vies

Selon sa présidente, Iryna Vashchuk Discipio, RSU est le premier organisme à but non lucratif à employer des drones d’intervention médicale en Ukraine. Les premiers membres de son équipe (qui compte au total une quarantaine de personnes) ont été formés au pilotage au début du mois de mai.

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Le drone de Draganfly, qui transporte des produits médicaux.

Photo : RSU

Draganfly a déjà fait don de trois drones à RSU : un pour livrer des médicaments et deux pour effectuer des missions de recherche et de sauvetage. Quinze autres sont en cours de livraison et Draganfly espère en fabriquer 200 d’ici la fin de l’été, grâce à la campagne DroneAid, qui permet à chaque contributeur de choisir la mission de RSU qu’il souhaite financer.

La grande chose à propos des drones est que leur coût est insignifiant en contrepartie de ce qu’ils apportent , avance Cameron Chell, PDG de Draganfly

Si vous livrez des produits pharmaceutiques, des antibiotiques ou de l'insuline dans une zone particulière et que le drone qui les transporte est abattu ou a un problème mécanique, la solution consiste simplement à envoyer un autre drone, poursuit-il.

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Cameron Chell est le PDG de Draganfly.

Photo : Radio-Canada

Par comparaison avec la perte d’un véhicule ou d’une ambulance et de l’équipe qui se trouve à son bord, la perte d’un drone est d'importance minime, relativise M. Chell.

« Ça permet d’apporter beaucoup de fournitures dans une zone particulière qui pourrait avoir subi beaucoup de destruction ou être assiégée. »

— Une citation de  Cameron Chell, PDG de Draganfly

Le drone d'intervention médicale de Draganfly a une envergure d'environ un mètre et peut transporter jusqu’à 15 kg. Il peut être équipé d’un boîtier de contrôle de température, qui s’avère essentiel pour transporter certains produits devant être conservés à basse température, comme l’insuline. Enfin, l'appareil peut voyager dans un rayon allant jusqu’à 20 km ou faire un aller-retour dans un rayon de 10 km.

Cela va nous aider à fournir de l'aide aux zones qui en ont le plus besoin en Ukraine, lance la présidente de RSU, à savoir les villes, où beaucoup de gens n’ont pas pu fuir, et les zones occupées.

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Iryna Vashchuk Discipio, présidente de Revived Soldiers Ukraine

Photo : Gracieuseté : Revived Soldiers Ukraine

« Les seules personnes qui sont restées sont celles qui n'avaient pas d'argent pour quitter la ville. Les gens qui ont de l'argent, ils sont déjà en Europe, aux États-Unis, etc. Il s’agit ici de personnes qui ne peuvent pas se déplacer et fuir, de personnes qui en ce moment comptent vraiment sur l’aide des organismes. »

— Une citation de  Iryna Vashchuk Discipio, présidente de Revived Soldiers Ukraine

Et pour les gens ayant des besoins précis, comme l’insuline, même si l’accès est possible, il est très coûteux, rapporte Mme Discipio.

Selon la Fédération internationale du diabète, 2,3 millions d’adultes ukrainiens vivraient avec cette maladie. Pour certains d’entre eux, l’accès au bon traitement est une question de vie ou de mort, souligne la Dre Margaret Harris.

Selon elle, l’aide humanitaire, lorsqu'elle cible correctement les besoins, est plus que bienvenue et même critique dans la situation que connaît actuellement l’Ukraine. Nous avons documenté plus de 200 attaques contre les soins de santé et nous savons que c'est en fait beaucoup plus. Les hôpitaux et les pharmacies ont tout simplement été fermés.

« Pour nous tous, ce dont nous avons vraiment besoin est de voir la fin du conflit. Le seul remède à la situation est la paix. »

— Une citation de  Dre Margaret Harris, porte-parole de l’OMS déployée en Ukraine

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