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Dans le centre de l’Alberta, les médecins attendent désespérément des renforts

Le gouvernement provincial a promis 1,8 milliard de dollars pour agrandir l’Hôpital régional de Red Deer d’ici 2031.

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Le chirurgien orthopédique Keith Wolstenholme (gauche) et le cardiologue Gustavo Nogareda (droite), explique que les conditions de travail à Red Deer découragent les médecins de s'y installer.

Photo : Radio-Canada

Malgré des promesses d’investissements massifs, la pénurie de personnel médical dans le centre de l’Alberta ne cesse de s’aggraver, selon des médecins. Comme dans plusieurs régions de la province, les professionnels de la santé dénoncent des temps d'attente de plus en plus longs et des interruptions de service de plus en plus fréquentes.

La vaste région située entre Calgary et Edmonton est également confrontée à un manque criant d’infrastructures médicales depuis des années. Ce déficit a des conséquences bien réelles sur les patients, comme a pu le constater Lorena Visita, qui a frôlé la mort il y a six ans.

En avril 2016, la résidente de Red Deer a été victime d’une crise cardiaque.

Peu de temps après son arrivée à l’hôpital, elle a perdu connaissance. Son cœur venait de s’arrêter de battre.

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Lorena Visita prie pour que les résidents de Red Deer atteints de problèmes cardiaques aient enfin accès à des soins équivalents à ceux des grandes villes.

Photo : Radio-Canada / François Joly

Pendant une vingtaine de minutes, médecins et infirmières ont tenté de la réanimer. À plusieurs reprises, son cœur repart, puis s’arrête à nouveau. Après avoir reçu 19 décharges de défibrillateur, son état a fini par se stabiliser.

Elle était cependant loin d’être sauvée. L’hôpital de Red Deer n’a pas l’équipement nécessaire pour procéder à des angioplasties, une procédure qui consiste à insérer un mince tube dans un vaisseau sanguin afin de débloquer une artère dans le cœur.

La mère de deux jeunes enfants a donc dû être héliportée jusqu’à l’Hôpital Royal Alexandra d’Edmonton, à 150 kilomètres au nord, où l’artère obstruée a finalement été débloquée.

« Mes enfants étaient très jeunes, à l’époque. [...] Qu’est-ce qui leur serait arrivé? Qu’est-ce qui serait arrivé à mon mari? »

— Une citation de  Lorena Visita, résidente de Red Deer

Lorena a été très chanceuse de s’en tirer sans séquelles graves, explique son cardiologue, le docteur Gustavo Nogareda. Les données dont on dispose montrent que le risque de décéder d’une crise cardiaque diminuerait de 25 % si on pouvait [mener des angioplasties à Red Deer], explique-t-il. La proportion est encore plus élevée dans le cas des accidents vasculaires cérébraux.

« Chaque jour, on mobilise des ressources humaines et des véhicules, on brûle de l’essence, on parcourt des centaines de kilomètres. Tout ça pour donner des soins en retard. »

— Une citation de  Gustavo Nogaredo, cardiologue à Red Deer

Rapatrier les capacités opératoires à Red Deer permettrait de sauver des millions de dollars, selon lui.

Manque d’équipement, manque de personnel

L’Hôpital régional de Red Deer sert une population de près d’un demi-million de personnes. Élus locaux, médecins et résidents réclament son agrandissement depuis des années. En 2015, un rapport commandé par la province montrait qu’il manquait près de 96 lits pour répondre à la demande.

Un protocole spécial permettant de transférer des patients vers d’autres établissements est en vigueur depuis le 29 avril, à Red Deer.

Red Deer et le centre de l’Alberta ont reçu beaucoup moins d’investissements en infrastructure par habitant que le reste de la province, explique le chirurgien orthopédique Keith Wolstenholme. Indirectement, ça a mené à une crise de ressources humaines, déplore-t-il.

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Il manque près d'une centaine de lits à l'Hôpital régional de Red Deer, selon un rapport publié en 2015.

Photo : Google Maps

Il manque d’infirmières et plusieurs spécialités médicales fonctionnent avec des effectifs extrêmement limités. Comme dans plusieurs régions de la province, les anesthésiologistes sont extrêmement rares.

Ils doivent faire un quart de nuit tous les 5 ou 6 jours ici alors qu’ils en font un tous les 15 à 20 jours à Calgary ou Edmonton. Vous devinez facilement où ils vont choisir de s’installer, explique Keith Wolstenholme.

Selon plusieurs médecins, les 11 salles d’opération sont très souvent monopolisées par des urgences, ce qui rend les chirurgies électives très difficiles à planifier.

« C’est très difficile en tant que médecin. Les gens viennent me voir dans l’espoir que je puisse les aider. Quand je leur annonce que la liste d’attente est extrêmement longue ou que certains soins ne sont pas accessibles, ça me brise le cœur. »

— Une citation de  Keith Wolstenholme, chirurgien orthopédique

Promesses brisées

De sa cour arrière, Grant Howell a une vue imprenable sur l’hôpital de Red Deer. Son ami Harold Rand et lui se rencontrent chaque semaine pour parler des événements marquants de l'actualité. Les déboires du réseau de la santé sont souvent au centre des discussions des deux septuagénaires.

« En tant que citoyen, je suis inquiet pour ma communauté. Les problèmes à l’hôpital durent depuis beaucoup trop longtemps. Il faut faire quelque chose. »

— Une citation de  Grant Howell, résident de Red Deer
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Grant Howell (à gauche) et Harold Rand rappellent que les résidents du centre de l'Alberta paient les mêmes impôts que ceux de Calgary ou Edmonton, mais n'ont pas accès aux mêmes services.

Photo : Radio-Canada / François Joly

Harold Rand est dans l’attente d’une chirurgie de remplacement du genou. Devant les délais d’attente, il envisage sérieusement d’aller se faire opérer au privé, une décision qui pourrait lui coûter 28 000 $.

« Ma famille a toujours été en faveur du système public, alors de me faire opérer au privé, ça me brise le coeur. »

— Une citation de  Harold Rand, résident de Sylvan Lake

Tous deux sont sceptiques face aux engagements du gouvernement provincial, qui a promis 1,8 milliard de dollars pour l’agrandissement de l’hôpital. Ils rappellent que des annonces similaires ont été faites dans le passé sans se concrétiser.

La porte-parole de Services de santé Alberta (AHS), Kerry Williamson, indique que les hospitalisations liées à la COVID-19 continuent de mettre de la pression sur l’hôpital de Red Deer. Elle indique que des processus d’embauche sont en cours pour recruter des médecins et des assistants cliniques.

Pour sa part, Keith Wolstenholme craint que l'hémorragie se poursuive d’ici la fin des travaux d’agrandissement. Il demande à la province de mettre en place une stratégie de recrutement à long terme pour s’y préparer.

Il voudrait aussi que des bonus additionnels soient accordés aux médecins qui acceptent de s’installer dans des secteurs mal desservis, en plus d’accroître le nombre de médecins et d’infirmières formés en région.

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