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L’environnement éclipsé de la course à la chefferie conservatrice

« Sans plan vert crédible, les conservateurs sont condamnés à l’opposition », déplorent des militants du Parti conservateur du Canada (PCC).

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L'environnement est éclipsé des débats dans la course à la chefferie du Parti conservateur du Canada.

Photo : Reuters / Peter Andrews

Les oiseaux chantent dans les roseaux à la ferme de Michel Dignard, à Embrun, près d’Ottawa. L’agriculteur se prépare à une longue journée de semences.

Il fait le plein de diesel, surveille ses réserves de propane et vérifie son approvisionnement en gaz naturel. L’agriculture est encore très dépendante des énergies fossiles.

La taxe carbone, ça nous nuit plus que n'importe quelle autre taxe. Ça me choque parce qu’il n’y a pas d’autre option, se lamente l’agriculteur.

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L'agriculteur Michel Dignard devant sa ferme à Embrun, dans l'Est de l'Ontario

Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Michel Dignard estime que sa facture énergétique va presque tripler en 12 ans en raison de l’augmentation de la taxe carbone, qui doit atteindre 170 $ la tonne d’ici 2030. Le principal coupable : son séchoir à grains.

« J’utilise mon séchoir trois mois par année, et ça me coûte 8000 $. Quand la taxe carbone va atteindre son sommet, je calcule que ma facture sera de 15 000 $. Comment je fais pour faire des profits? »

— Une citation de  Michel Dignard, agriculteur

Selon lui, les gens qui vivent en région rurale souffrent de façon disproportionnée de la taxe carbone, notamment parce qu’ils ne peuvent pas se rabattre sur le transport en commun.

C’est encore plus vrai pour les agriculteurs, dit-il, qui peuvent difficilement modifier leur mode de production pour passer aux énergies renouvelables.

L’agriculteur vote conservateur. Il a un penchant pour Pierre Poilievre comme candidat à la chefferie. Michel Dignard se préoccupe d’environnement, mais ce n’est pas au sommet de sa liste. Je vais dire que c’est au milieu, à peu près.

Beaucoup de membres du Parti conservateur du Canada pensent comme lui. Et l’ex-chef Erin O’Toole l’a appris à ses dépens.

Non-reconnaissance des changements climatiques

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L'ex-chef du PCC Erin O'Toole annonçant les nouvelles cibles de réduction des gaz à effet de serre basées sur celles de Stephen Harper et non celles des libéraux.

Photo : (Adrian Wyld/The Canadian Press)

Erin O’Toole a présenté son plan vert aux médias sans d’abord consulter son caucus. Il a tenté un virage vert qui a été mal accueilli au parti bleu.

Le chef clamait l’an dernier que les changements climatiques sont une menace pour notre société. Au même moment, la majorité des délégués au congrès votaient contre une motion qui reconnaissait l’existence des changements climatiques.

Le Parti conservateur ne pense pas qu'il va remporter des élections sur l'environnement. C’est un enjeu défensif, et non offensif, estime Yan Plante, ex-stratège conservateur et ancien conseiller de Stephen Harper.

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Yan Plante, ex-stratège conservateur

Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

C’est une question de pragmatisme électoral, selon lui.

« Quand les gens se demandent s'ils auront assez d'argent à la fin du mois ou s’ils seront capables de faire le plein d’essence cette semaine, je pense que l’avenir de la planète passe au second rang, malheureusement. »

— Une citation de  Yan Plante, ancien conseiller de Stephen Harper

La philosophie conservatrice, dit-il, consiste à avoir une esquisse de plan à offrir à la population, comme dans la vitrine d’un magasin, dit-il.

Si on ne parle pas d’environnement, on va passer plusieurs jours de campagne à se défendre contre ça. Si on en parle un peu, au moins, on pourra se concentrer sur le reste de notre message.

Cependant, tous les conservateurs ne pensent pas de la même façon. Certains membres du parti s’organisent pour que l’environnement soit davantage pris au sérieux.

Après trois mois de course à la direction du Parti conservateur du Canada et deux débats, la question de l'environnement brille par son absence. Si elle ne rallie pas la base du parti, des membres sont convaincus que sans programme vert, former le prochain gouvernement est presque mission impossible. Le reportage de Christian Noël.

Conservateurs pour une croissance propre

Sarah Biggs cache mal sa frustration. Comment les conservateurs peuvent-ils gagner sans un plan climatique? lance-t-elle, les mains en l’air et les yeux au ciel.

La conseillère politique albertaine est mère de deux enfants, conservatrice et environnementaliste. Elle milite pour le groupe Conservateurs pour une croissance propre.

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Sarah Biggs, stratège conservatrice de Calgary

Photo : Radio-Canada / Louise Moquin

Elle croit qu’après trois défaites électorales consécutives, il est temps que le parti change de stratégie. Il faut mieux rejoindre les jeunes et les électeurs urbains qui nous échappent, dit-elle.

Si le Parti conservateur présente une plateforme viable et crédible, il va être capable d’aller chercher la partie des votes dont il a besoin pour gagner et former le gouvernement.

« Je crois fortement que, si rien n’est fait et si l’environnement continue d’être complètement ignoré, les conservateurs vont être dans l’opposition pour un bon bout de temps. »

— Une citation de  Sarah Biggs, militante conservatrice

Parfois, Sarah a l’impression que le sujet tombe dans l’oreille d’un sourd au sein du parti. On essaie de faire comprendre que le prochain boom financier pourrait être un boom vert, dit-elle, et on ne veut pas manquer le bateau.

D’ailleurs, le groupe Conservateurs pour une croissance propre a offert ses services à tous les candidats à la chefferie pour les aider à concevoir un plan environnemental. D’après nos informations, seule l’équipe de Jean Charest s’est prévalue de ce service.

L’environnement oublié

Les aspirants chefs conservateurs ont peu parlé d’environnement durant la course. En quatre heures de débats, à peine sept minutes ont été consacrées au changement climatique. Et le principal message des candidats tourne autour de l'abolition de la taxe carbone.

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Candidats, de gauche à droite : Leslyn Lewis, Roman Baber, Jean Charest, Scott Aitchison, Patrick Brown et Pierre Poilievre, au débat pour la direction du Parti conservateur du Canada en anglais à Edmonton, en Alberta, le mercredi 11 mai 2022.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Pourtant, le groupe Conservateurs pour une croissance propre rappelle que l’idée d’imposer une taxe carbone et de laisser le libre marché suivre son cours n’est en principe pas contraire à l’idéologie conservatrice. Même Stephen Harper a jonglé avec l’idée alors qu’il était au pouvoir.

Cependant, le Parti conservateur s’est un peu peinturé dans un coin, croit Yan Plante. Ça vient d'une époque où on a démonisé la taxe carbone pour accoler une étiquette à l'adversaire libéral. Et maintenant, on est pris avec ça, et c'est dur après tant d'années de dire que, finalement, c'est une bonne idée.

Aujourd’hui, l’idée d’abolir la taxe carbone est devenue le pain et le beurre d’une bonne partie de la base conservatrice, qui vit surtout en région rurale.

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Travailleur agricole dans une ferme de l'Est de l'Ontario

Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Climat et inflation

L’agriculteur Michel Dignard vit au rythme des saisons. Il est un des premiers à être touché directement par les changements climatiques.

La température est moins prévisible, remarque-t-il, et c’est plus difficile de planifier les semences ou les récoltes.

« Il y a des fois où on mange la claque! Il peut faire 15 degrés, le lendemain ça descend à zéro. La pluie, la neige. Gel, dégel. Ce n’est pas bon pour les champs. »

— Une citation de  Michel Dignard, agriculteur

C’est ça, pour moi, les changements climatiques. Mais y a-t-il un parti politique qui peut vraiment faire quelque chose? demande-t-il.

Quand il monte dans son tracteur-semoir et qu’il parcourt ses 100 acres de terres pour semer son maïs et son soya, il constate l’effet des changements climatiques sur son quotidien.

Ses préoccupations premières demeurent toutefois l’inflation et la hausse continue des prix de l’énergie, qui mettent en péril son gagne-pain.

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